Le Bain Turc, Jean-Auguste-Dominique Ingres

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Le Bain Turc, par Jean-Auguste-Dominique Ingres, huile sur toile marouflée sur bois, datée de 1862, présentée au Salon d’Automne de 1905, 1,08m de diamètre, conservée au Musée du Louvre de Paris.


Histoire de l’œuvre

Cette œuvre a été commandée en 1848 à l’artiste par le Prince Napoléon, cousin de Napoléon III (Plon-Plon de son petit nom). Ébauchée vers 1852, l’œuvre est terminée et livrée à la fin de 1859 mais elle choqua tellement la femme du Prince, Marie-Clotilde de Savoie, fille de Victor-Emmanuel, qu’elle fut renvoyée au peintre pour être remaniée et recomposée.

Ingres acheva finalement ce tableau à la fin de sa carrière en 1863 mais le signa de 1862. Alors âgé de 82 ans, il le mentionna aussi dans sa signature : AETATIS LXXXII (« à l’âge de quatre-vingt-deux ans »). Ce n’est qu’au fameux Salon d’Automne de 1905, au moment de la Grande Rétrospective sur Ingres et Delacroix au Grand Palais que cette peinture fut dévoilée au public. Elle put ensuite inspirer fortement les artistes du début du XXe siècle comme Picasso.

Un Orient fantasmé

L’orientalisme se développe en France et en Europe dès le XVIIe siècle grâce à la traduction des Milles et Une Nuits et aux campagnes d’Egypte de Napoléon 1er (1798). Cette mode se prolonge tout au long du XIXe siècle dans le domaine littéraire avec des auteurs tels que Byron et Victor Hugo et dans le domaine des Beaux-Arts. Au milieu du siècle, ce goût pour l’Orient prend une nouvelle impulsion avec les voyages d’artistes comme Delacroix au Maroc et en Algérie.

N’ayant jamais été en Orient, Ingres s’inspire pour cette toile des Lettres d’une ambassadrice anglaise en Turquie au XVIIIe siècle de Lady Montaigu, la femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Istanbul. Parmi ces lettres, l’une d’entre elles nous raconte la visite de la Lady dans un bain pour femmes d’Istanbul. Ainsi, la vision d’Ingres est celle d’un fantasme, un Orient rêvé où les corps des femmes orientales sont les exemples mêmes de la beauté et de la sensualité féminine.

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Les corps de ces femmes sont ici enchevêtrés, imbriqués dans des poses lascives et dansantes, à l’image de la baigneuse dans le fond à gauche. Elles se coiffent, discutent et se prélassent tout en buvant du thé et écoutant la musicienne de dos au premier plan jouer du tchégour (sorte de luth). Par la nudité et les caresses que ces femmes se prodiguent entre elles, Ingres nous propose ici l’œuvre la plus érotique de son corpus. Le format circulaire, appelé tondo, participe de cette douceur sensuelle qui se dégage du tableau.

L’apogée de l’art ingresque

Le thème favori d’Ingres, à savoir l’exaltation de la sensualité féminine à travers le nu, atteint ici son ultime synthèse. Pour composer son tableau, l’artiste va puiser dans son corpus d’œuvres déjà réalisées. Ainsi, on peut retrouver une variation de la Baigneuse de Valpinçon de 1808 au centre du tableau, la danseuse du fond détourne légèrement la pose de l’Angélique de 1819 et une odalisque reprend la position de Mme Moitessier dans son second portrait. A la fin de sa carrière, Ingres puise en effet dans ses propres œuvres et non plus dans les époques historiques.

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Immense portraitiste, il est sensible à l’attitude et à l’expression du visage ; son art du dessin et de la couleur lui permet de révéler le caractère individuel de chaque modèle. Son œuvre a été travaillée à partir de nombreuses études très précises qu’il a assemblées et composées entre elles. Contrairement à ses œuvres précédentes où l’impression d’accumulation domine, il arrive ici à résumer la tension entre réalisme et idéal en préférant la sensation à la narration, supprimant alors la discontinuité des figures. Il a aussi donné une lumière froide et tamisée à sa toile, ce qui atténue le modelé des figures et contribue à laisser prédominer la ligne.

Œuvre ultime d’Ingres, elle représente l’aboutissement d’années de maturité. Dévoilée après la mort de l’artiste, elle n’aura de cesse d’influencer les recherches des artistes du début du XXe siècle comme Picasso et ses Demoiselles d’Avignon.


Pour aller plus loin : 

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2 commentaires sur “Le Bain Turc, Jean-Auguste-Dominique Ingres

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