Le mouvement à l’honneur : Benjamin Millepied à la Petite Galerie

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Lundi soir, nous étions conviés au vernissage de l’exposition Le Corps en Mouvement – La danse au musée à la Petite Galerie du musée du Louvre. C’est donc en avant-première que nous allons vous la faire découvrir !

La scénographie

Comme pour beaucoup de monde, c’est surtout la participation de Benjamin Millepied, ancien directeur de l’Opéra de Paris (et mari de Nathalie Portman xoxo) qui nous a attiré vers cette exposition. Et sa touche ne passe pas inaperçue ! On peut réellement parler de scénographie ici, même si celle-ci possède un certain nombre de défauts, notamment dus à l’étroitesse de la Petite Galerie.

Tout d’abord, nous sommes accueillis par une vidéo du XXè siècle assez obscure (« Entr’Act «  de René Clair, jugez vous-mêmes ici) mais qui nous met en condition. Le parcours de l’exposition nous guide à travers 4 thèmes autour du mouvement qui structurent 4 espaces : animer la matière, codifier le geste, séquencer le mouvement et le corps dansant. Bien que les deux premiers thèmes soient bien distincts puisque dans deux pièces séparées, les deux autres se retrouvent quasiment l’un sur l’autre dans la rotonde finale.

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Cavalier grec attaqué par un serpent, modèle original en plâtre, Antoine-Louis Barye, vers 1840, Musée du Louvre, Paris.

Dans les deux premiers espaces se trouvent alors concentré un grand nombre d’objets dans des vitrines ou à même les cimaises. Barye, Mercure, Rubens ou encore Le Brun se côtoient pour exposer les thèmes abordés. Cet amas d’œuvres, quasiment au « touche-touche » de vitrines ne permet pas vraiment d’apprécier l’individualité de chacune. A cause de l’étroitesse des salles, il suffit au visiteur de se tourner sur lui-même pour visualiser toutes les œuvres, à condition qu’il n’y ait pas de monde autour ! Sinon vous êtes obligés de faire la queue…

En avançant vers le fond de l’exposition, nous passons par un espace resserré où nous est présentée une vidéo très hypnotique (méfiez-vous, on vous aura prévenu !) : « Danse serpentine » des frères Lumières, avec la danseuse Loïe Fuller (vidéo ici). Des panneaux verticaux de biais scandent de part et d’autre le couloir, peut-être pour signifier le passage des vestiaires à la salle de danse…

img_3167Car c’est bien une salle de danse qui s’ouvre devant nous. Depuis le début de l’exposition, une barre de danse a remplacé le traditionnel cordon de sécurité et elle prend tout son sens ici. Sur tout le côté droit de la salle sont alors installés des miroirs incurvés, augmentant l’effet de mouvement et d’agitation du visiteur. Cependant, malgré la volonté de partir en demi-pointes nous mirer, les peintures et les dessins du prochain thème nous attendent sur la gauche.

Et là, c’est la bousculade pour arriver devant chacune des œuvres. A droite les Mouvements de danse de Rodin et une Danseuse de Degas, à gauche des peintures de Géricault et du Quattrocento italien, en contrebas les cartels correspondant aux dessins de Rodin pour finir sur La Promenade, Vénus de Boulevard de M. F. Larionov. On attend gentiment notre tour pour lire les cartels et le recul est quasiment impossible… Bref, pas très pratique ! Passée cette épreuve, une myriade de miroirs s’offre à nous et vient sublimer la Colonne des danseuses de Delphes, nouvellement restaurée.

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Colonnes des danseuses de Delphes, tirage en plâtre, original dédié en 330-320 à Delphes, moulage de 1896-1900, Gypsothèque du Musée du Louvre, Versailles.

Il ne nous reste plus qu’à quitter la salle par l’étroit corridor menant à la cour Marly. Nous admirons au passage la décomposition du mouvement de la danse sur des panneaux rétroéclairés. Vu par en-dessous, comme si nous étions le sol, cette dernière œuvre nous offre une nouvelle vision du mouvement. Un cartel aurait été très apprécié mais c’est en vain que nous l’avons cherché (mais t’es pas là, mais t’es où ?). C’est ainsi que le dernier élan de la ballerine, clôtura notre parcours.

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Chronophotographie d’une danseuse

L’accessibilité du message

Passons maintenant à l’aspect plus critique de l’exposition, notamment à l’expression de son message. Comme toute exposition, nous nous attendions à apprendre quelque chose, à découvrir quelques conceptions du mouvement tout ça tout ça… Dans l’ensemble, le mouvement est détaillé dans ses quatre facettes les plus claires et les plus compréhensibles de tous. Mais concrètement, parler de polyptyque puis de photographie et de cinéma pour évoquer la décomposition du geste, il suffit d’avoir quelques connaissances en art pour comprendre de quoi il s’agit. En plus de cette explication très légère, il aurait été bon d’ajouter quelques points ou détails supplémentaires.

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Statuettes antiques grecques, orientales et égyptiennes, Musée du Louvre, Paris.

Les propos sont en effet un peu trop simplistes, même pour une personne n’ayant jamais fait d’histoire de l’art. Pour servir son message, l’exposition nous propose une simple réunion de peintures, de dessins et de sculptures avec des idées de mouvements qui s’y rapportent. L’Hippomène et l’Atalante en bronze patiné parlent d’eux-mêmes, tout comme les différentes statues antiques grecques, orientales et égyptiennes dont on nous explique rapidement les gestes codifiés.

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Hippomène et Atalante, bronze patiné, XVIIIè siècle, Musée du Louvre, Paris.

Parmi chacun des thèmes abordés, nous ne retrouvons pas de fil logique conducteur. Il s’agit d’une superposition d’œuvres mises en rapport les unes avec les autres, sans approche chronologique. On retrouve, par ailleurs, l’esprit de la Galerie du Temps du Louvre Lens par rapport à la présentation d’œuvres de différentes époques et matières au sein de la même vitrine. Le visiteur ne peut alors pas réellement faire la part des choses entre les œuvres plus ou moins anciennes et leur provenance. Ce mélange et ce (dés)ordonnement est très certainement lié à la volonté des commissaires de privilégier la vision du mouvement au détriment de l’œuvre et de son unicité.

Les dispositifs de médiation

Rappelons tout d’abord le but de la Petite Galerie qui est de donner « les clés d’observation et d’explication des œuvres, pour faire de la visite au musée un moment de plaisir et de découverte ». Contrairement à l’exposition précédente Mythes fondateurs (17 oct. 2015-4 juil. 2016), nous n’avons pas eu l’impression que le jeune public était mis à l’honneur. Aucun dispositif de médiation pour les enfants, à l’image des supports éducatifs devant les œuvres ou des cartels ludiques. Seul de temps à autres, en fonction de l’œuvre, était présenté un schéma montrant les lignes de force et de mouvement de la figure ou du tableau.

Le contenu des cartels est très complet, sans faute (ce qui devient de plus en plus rare de nos jours) et sauront se faire apprécier des élèves de l’Ecole du Louvre car séparant nettement description et analyse. Ils sont également traduits entièrement en anglais, tout comme les explications de chaque thème, donc accessibles pour le public étranger. Le seul problème c’est l’emplacement de certains de ces cartels… Soit trop hauts, donc difficilement lisibles pour enfants et petites personnes (même à 1m60 on peut avoir du mal), soit trop bas et donc difficilement accessibles en cas de foule.

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Vidéo explicative sur la technique de la fonte à la cire perdue… (tmtc)

Les plus jeunes apprécieront néanmoins la vidéo et les schémas de la première salle expliquant la technique de la fonte à la cire perdue pour reproduire un modèle en terre cuite (oui élève de 1A, ceci te sera très utile !). Le corps en mouvement s’exprime en effet par la virtuosité de l’artiste et son style, mais surtout par la technique utilisée par celui-ci. En cela, cette vidéo, malheureusement seul dispositif de médiation par écran, s’insère bien dans le début de l’exposition.

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Proposition de parcours pour continuer l’exposition au sein des collections permanentes de la cour Marly.

In fine, à la sortie de la galerie, un parcours nous est proposé à travers les statues des cours Puget et Marly afin de compléter notre approche du mouvement par de plus grandes œuvres. Ainsi, le visiteur est amené à déambuler parmi les collections permanentes du musée et apprécier les Captifs de Martin Desjardins ou encore Zéphyr enlevant Psyché de H.-J. Rutxhiel. Le parcours pédagogique de la galerie tente donc d’amener le visiteur à étendre sa curiosité aux œuvres non exposées et aux collections permanentes, présentées par échantillonnage dans l’exposition.

Notre avis : vous pouvez y passer 15-20 minutes à la sortir d’un TDO par exemple car elle mérite d’être visitée. Le nom de Benjamin Millepied est très mis en avant dans la communication de l’exposition mais on ne retrouve pas réellement de touche personnelle liée à son expérience à l’Opéra. Ce choix d’œuvres nous donne l’impression d’une simple réunion d’objets évoquant de quelques façons le mouvement. Cette exposition, majoritairement basée sur les collections du Louvre, pourrait peut-être donner l’occasion à l’organisation d’une plus grande exposition et plus approfondie quant aux différentes significations du corps en mouvement.

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Plus d’informations :

Exposition Le Corps en Mouvement – La Danse au musée, du 6 octobre 2016 au 3 juillet 2017, Petite Galerie du musée du Louvre. Vous pouvez consulter le super site web http://petitegalerie.louvre.fr/ afin d’avoir plus d’informations sur les visites guidées et accéder à d’autres ressources très pédagogiques et interactives .

Liens vers les vidéos exposées :

  • Frères Lumières : https://www.youtube.com/watch?v=fIrnFrDXjlk
  • René Clair : https://www.youtube.com/watch?v=rGvauaVlz3o
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