Martin de Tours, le rayonnement de la Cité : du sommet de la basilique au Musée des Beaux-Arts, saint Martin jusqu’à l’overdose ?

Cette année nous fêtons le 1700e anniversaire de saint Martin (qui serait né en 316). La ville de Tours, dans laquelle il était évêque et où il a été inhumé, s’est en grande partie développée grâce au pèlerinage majeur sur son tombeau pendant tout le Moyen-Âge. Le maire de Tours compte sur cet événement pour faire renaître le pèlerinage martinien (en espérant que cette grandeur retrouvée permettra à sa ville de redevenir une métropole qui « rayonne à l’international« , eh ouais rien que ça !). Nous ne pouvons cependant pas nous plaindre sur le choix de faire de saint Martin l’ambassadeur de la ville, on aurait pu tomber sur des figures moins « internationales » (coup de bol, Jeanne d’Arc était déjà prise par Orléans).

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Février 2014, saint Martin quitte son dôme pour être restauré

Saint Martin, dont le fait le plus célèbre est le partage de son manteau avec un mendiant, est né en Hongrie et a voyagé en Europe avant d’atterrir dans un ermitage du Poitou. C’est contre son gré qu’il deviendra évêque de Tours (une foule en liesse qui réclame un étranger pour les mener vers le Salut, ça ne se voit plus de nos jours). Bref, la mairie a décidé de mettre le paquet : travaux d’accessibilité de la tour Charlemagne (tour du transept nord de la basilique romane, qui avait été conservée lors de la démolition de l’église à la Révolution), restauration de la statue et du dôme de la basilique de Laloux, spectacle historique à Marmoutier (monastère fondé par Martin à 3km de Tours), illumination de la façade de la cathédrale Saint-Gatien avec un spectacle nocturne très axé sur la vie de saint Martin, exposition au musée des Beaux-Arts…

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Samedi 15 octobre 2016, saint Martin juste après son retour sur le dôme de la basilique

Ce week-end, saint Martin était particulièrement présent à Tours, car sa statue, qui dominait le dôme de la basilique, a été remise en place. Réalisée par le sculpteur Jean-Baptiste Hugues (Prix de Rome en 1875) pour la nouvelle basilique construite par l’architecte tourangeau Victor Laloux (auteur de la gare d’Orsay à Paris), elle n’avait jamais été descendue depuis. Après une restauration de sa statue (redorée et repatinée) et du dôme (on avait remarqué quelques « dysfonctionnements structurels »), Martin a donc pu regagner son perchoir, duquel il domine toute la ville. Le samedi matin était consacré aux bénédictions d’usage, au discours du maire et à la réinstallation des reliques dans la statue, puis il a décollé vers midi, sous les applaudissements d’un public venu en nombre (c’est pas tous les jours qu’on peut voir voler un saint de 2,4 tonnes !).

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Charité de saint Martin, tableau du XVIIe siècle provenant de l’église Saint-Martin de Saint-Martin-le-Beau (oui ça fait beaucoup de saint Martin).

Un peu moins sensationnel (juste un peu), le Musée des Beaux-Arts de Tours abrite une exposition consacrée au saint, à ses représentations et à son influence locale et internationale : « Martin de Tours, le rayonnement de la Cité ». Les cartels sont traduits en anglais (le minimum attendu dans une exposition censée montrer le rayonnement de la ville à l’international). On regrettera l’interdiction habituelle de prendre des photos, interdiction assez étonnante puisque la quasi totalité des œuvres présentées proviennent de collections publiques. Les miracles du saint sont présentés sur quantité de supports différents, sur un parcours mêlant vision chronologique et thématique. Le premier tableau présenté dans l’exposition est une Charité de saint Martin provenant de l’église de Saint-Martin-le-Beau (voir photo ci-contre). Le cartel ne précise pas, et c’est dommage, que l’église a brûlé l’année dernière et que ce tableau a pu être sauvé in-extremis.

L’exposition commence par un retour aux origines de la légende martinienne : La Vita Sancti Martini de Sulpice Sévère. Un exemplaire d’un Martinellus réalisé avant 835-837 nous est présenté. Il s’agit d’un recueil de textes relatifs à saint Martin, réalisé dans le scriptorium de la collégiale Saint-Martin une trentaine d’années après la mort d’Alcuin. Ce dernier avait réformé l’abbaye lors de la renaissance carolingienne, et fait de son scriptorium l’un des plus importants de l’empire. Le musée nous vante un « dispositif numérique permettant d’élargir le propos scientifique en feuilletant un manuscrit », mais pas de chance la tablette ne marche pas (une semaine après le lancement de l’exposition, elle n’aura pas tenu longtemps…).

Saint Martin
Saint Martin, Schongauer, Louvre, vers 1475 (© RMN-Grand Palais – Photo M. Bellot).

La salle suivante est consacrée aux miracles et à la Charité dans l’iconographie martinienne. D’abord scènes indépendantes, à partir du XIIIe siècle se développent des cycles narratifs dont le principal exemple est une broderie prêtée par le Musées des Tissus de Lyon. Nous est également présenté le tondo du Pérugin conservé au Louvre et dont on pense qu’il s’agit de saint Martin (il n’est reconnaissable qu’à sa grande cape et à son épée). Le Sacramentaire de Fulda, de la 2e moitié du Xe siècle, possède quant à lui l’une des plus anciennes Charité répertoriées.

Saint Martin apparaît très vite comme une personnification de la charité en tant que vertu théologale. Son iconographie se diffuse à partir des gravures du XVe siècle. La gravure de saint Martin par Schongauer (Louvre, vers 1475) a servi de modèle à plusieurs artistes.

Le pèlerinage, qui permis à la ville de rayonner à l’international, est notamment abordé à travers les enseignes de pèlerinages conservées au Musée de Cluny. Ces enseignes en plomb étaient de véritables objets souvenirs qu’on achetait aux portes de l’abbaye et qu’on gardait précieusement avec soi.

Enfin, la deuxième partie de l’exposition est consacrée à l’influence de saint Martin sur la ville de Tours : construction de la première collégiale par Perpet en 471, reconstructions au fil des siècles (plusieurs pierres sculptées provenant des dépôts de la Société archéologique de Tours sont présentées), destruction à la Révolution, renaissance du sentiment martinien dans les années 1830… Une dernière salle sert à la présentation du film « La collégiale Saint-Martin de Tours : histoire d’une renaissance virtuelle »montrant les travaux du CESR (Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance) sur la modélisation 3D de la collégiale et sur la musique de Jean Ockeghem.

Installée dans la cour d’honneur du musée, une étrange construction diffuse une musique inspirée des compositions de Jean Ockeghem, plus haut dignitaire de la collégiale Saint-Martin à la fin du XVe siècle. Appelée cubiculum musicae, elle est le fruit des recherches du CESR sur la musique qui pouvait être entendue dans la collégiale Saint-Martin.

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Le cubiculum tel qu’il est réellement
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Le cubiculum tel que présenté dans le dossier de presse

Si vous n’en avez toujours pas assez de saint Martin, vous pouvez sortir du Musée et aller juste à côté, dans la cathédrale Saint-Gatien. Accolée au transept sud, une chapelle abrite le tombeau des enfants de Charles VIII et Anne de Bretagne par Jérôme Pacherot et l’atelier de Michel Colombe. Ce tombeau, réalisé vers 1500, se trouvait à l’origine dans la collégiale Saint-Martin. Lors de sa démolition à la Révolution, le tombeau est conservé et installé dans la cathédrale. Derrière lui, une peinture murale du XIVe siècle représente la Charité de saint Martin (l’exposition du Musée manquait de peintures murales, autant compléter les possibilités de supports !).

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Cathédrale de Tours, tombeau des enfants de Charles VIII et Anne de Bretagne et Charité de saint Martin sur le mur.

Vous pouvez vous amuser à chercher les représentations de saint Martin dans les vitraux du XIIIe siècle du chœur, ou bien vous pouvez aussi aller vers le plus visible : l’immense tableau réalisé par Jean Victor Schnetz. Peint à Rome par le futur directeur de la Villa Médicis, le tableau est présenté au Salon de 1824 et acheté par l’État pour la cathédrale de Tours. On ignore si ce sont ses dimensions (3,73×2,95m) ou le refus de l’archevêché de le prêter pour trois mois qui ont rendu impossible sa présence dans l’exposition du Musée des Beaux-Arts.

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Cathédrale de Tours, Charité de saint Martin, Jean-Victor Schnetz, 1824.
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Saint Martin inspire toujours les artistes : Vitrail du transept nord inauguré en 2013, Gérard Collin-Thiébaut artiste et Pierre-Alain Parot maître-verrier.

L’année n’étant pas encore finie, plein d’autres animations sont prévues autour de saint Martin (si ça vous intéresse, surveillez le programme). À suivre très prochainement, un article vous présentant quelques autres expositions à découvrir à Tours.


Martin de Tours, le rayonnement de la Cité, à voir jusqu’au 8 janvier 2017 au Musée des Beaux-Arts de Tours. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h à 12h45 et de 14h à 18h. Entrée gratuite pour les étudiants en histoire de l’art.

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