Roméo et Juliette, un mythe à la Comédie française

‘O Romeo, Romeo, wherefore art thou Romeo? Deny thy father and refuse thy name; Or if thou wilt not, be but sworn my love And I’ll no longer be a Capulet.

Romeo and Juliet, William Shakespeare act II scene 2

Roméo et Juliette. A moins que vous ne viviez dans une grotte depuis quelques années, vous avez tous entendu parler au moins une fois de cette pièce, tant elle est présente dans notre culture. Le mythe des deux amoureux contrariés, les ‘star-crossed lovers’ (amants aux étoiles contraires). On a pu la retrouver un peu partout, sous de diverses formes. Elle a inspiré l’écriture du musical West Side Story, a été reprise par Baz Lurhman en 1996 avec son Romeo + Juliet. Assez régulièrement quand on parle d’une histoire d’amour contrariée, on pense à Roméo et Juliette, que ce soit en chanson ou au détour d’une réplique de film. Plus qu’une simple pièce, les personnages principaux, sont devenus des mythes, érigés en symboles de l’Amour idéal et pur. Cependant si la pièce Roméo et Juliette est connue, cela ne veut pas pour autant dire que la pièce est lue, ou vue jouée. Ainsi, la plupart d’entre nous en ont une idée sans toutefois pouvoir exactement dire ce qu’il se passe. Cette saison 2016-2017, la Comédie Française nous propose une version de Roméo et Juliette, plus moderne, mais n’altérant pas le texte d’origine, qui, je le rappelle a été écrit en 1597 (la traduction a été faite par François Victor Hugo au XIXème siècle) ; il s’agit d’ailleurs non seulement d’une des premières tragédies de Shakespeare qui avait jusque-là écrit des poésies, mais également d’une œuvre rédigée très tôt dans sa carrière.

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© Vincent Pontet, coll. Comédie Française, scène du balcon

L’intrigue :

Roméo est issu de la famille des Montaigu, et désespérément amoureux de Rosaline. Afin de la voir il se rend au bal organisé par les Capulet, les ennemis ancestraux de sa famille. Là, il tombe sous le charme de Juliette, et réciproquement, ce qui déplaît fortement aux membres de la famille de Juliette qui s’en rendent compte, d’autant plus qu’elle est déjà promise à Paris, un autre jeune homme.

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© British Council, bal où Roméo et Juliette se rencontrent

 Un humour tout shakespearien

En premier lieu, il y a une chose qu’on oublie beaucoup chez Shakespeare et qui fait pourtant partie de ses caractéristiques : ses tragédies, même les plus meurtrières comme Hamlet contiennent toutes au moins un moment, même court, de légèreté. Pas forcément mal placé comme on pourrait le penser – le célèbre dramaturge avait d’ailleurs à son époque été décrié pour cela – mais pouvant accentuer le drame. Nous en faire sortir, ne serait-ce que quelques secondes, afin de nous faire ressentir encore plus profondément les scènes qui vont suivre.

De ce fait, la mise en scène de la Comédie Française par Eric Ruf nous ramène beaucoup à cet aspect, presque trop. Ainsi la première partie est parsemée de sous-entendus sexuels plus ou moins lourds énoncés par deux protagonistes : la nourrice et Mercutio. Et on rit de ce ton enjoué, des mimiques des acteurs, parfois presque surjouant, de ce comique de geste. Ainsi, grand nombre de grimaces sont faites, et ce même lors de la seconde partie pourtant bien plus lourde. Souvent, la salle riait, parfois à des moments assez… Incongrus. On retrouve à la fois la violence des pièces de Shakespeare avec les scènes de combats entre personnages et les allusions fréquentes à la mort, mais aussi son humour et sa légèreté.

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© British Council, discussion entre Juliette et sa mère

 Une mise en scène moderne

Ensuite, il faut parler de la mise en scène en elle-même : ce n’est plus la Vérone du XVIeme siècle que nous avons devant les yeux (d’autant plus que les décors montrent des murs ravagés par le temps, ou les luttes des deux familles selon notre lecture personnelle) des costumes, des appareils semblant tout droit sortis du XXème siècle, dans les environs de sa seconde moitié. Le rideau s’ouvre ainsi sur une scène de personnes dansantes, portées par la voix du patriarche Capulet. Et c’est ainsi, que se veut la pièce, plus enlevée, elle n’est plus engoncée dans cette image de mythe triste : plusieurs éléments essaient de le briser. Que ce soit par l’humour déjà mentionné ou par le chant, la danse. La pièce est vivante.

Juliette (jouée par Suliane Brahim) n’est plus une jeune fille semblant bien trop mature pour son âge, elle redevient l’adolescente de 13 ans rêvant à l’amour, et pensant l’avoir trouvé. Roméo (incarné par Jérémy Lopez), est lui un jeune homme de 18 ans au cœur changeant comme se plait à le souligner Frère Laurent, un des deux prêtres de la pièce, impulsif mais aussi superstitieux. Les deux personnages principaux sortent ainsi de l’image qui leur avait été attribuée, pour en prendre un autre, un peu plus réelle et complexe. On voit bien plus la fulgurance des évènements (le temps écoulé est censé être de trois jours du début à la fin) que les sentiments forts, même si on les devine : Shakespeare voulait après tout mettre en scène l’humain, et réfléchir sur lui.

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© British Council, première rencontre entre Roméo et Juliette

Des costumes mettant en valeur les acteurs

Les costumes, sont eux aussi pour le moins beaux à voir : réalisés par Christian Lacroix, chaque vêtement féminin est un enchevêtrement de broderies et de dentelles, faites de façon à cerner tout de suite le statut social mais également le caractère du personnage ; encore rehaussé par la lumière claire aveuglante toujours présente tout au long de la pièce, ne laissant aucune possibilité pour se cacher. Chaque personnage est mis en valeur à sa manière, aucun n’est laissé de côté, d’une manière ou d’une autre.

Notre avis : cette mise en scène de Roméo et Juliette est bonne, au sens ou tout en gardant un texte pourtant vieux et parfois ayant peu de choses à voir avec notre époque, elle trouve le moyen de nous transporter ailleurs, à Vérone, et surtout de démystifier une pièce emblématique. On rit, on pleure durant 2h 45 en comptant l’entracte. Avec plus de gaieté toutefois, insufflée par l’énergie de Juliette, ainsi que d’autres personnages. Cette pièce est une tragédie, oui, mais surtout lors de la seconde partie, la première se voulant dansante et enjouée, jusqu’au premier des drames, qui va faire se déclencher la fin des amants.

Roméo et Juliette de William Shakespeare mis en scène par Eric Ruf, du 30 septembre 2016 au premier février 2017 à la Comédie française.

Achat de places et fiche de la pièce

Bande annonce de la pièce

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