Quelles expositions voir à Tours en ce moment ?

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L’homme qui court, Paris, 1953 © Sabine Weiss

La culture n’est pas qu’à Paris, et nous allons vous le prouver à travers cette sélection d’expositions à voir à Tours. Outre Martin de Tours, le rayonnement de la Cité, vous pouvez découvrir les œuvres photographiques de Sabine Weiss, les réalisations de Laurence Dréano, les montages de Marie C. Jones, l’architecture de la reconstruction en Touraine après la Seconde Guerre mondiale, ou encore les œuvres du FRAC Poitou-Charentes choisies par les étudiants de la fac d’histoire de l’art.

Le Jeu de Paume, en collaboration avec le Château de Tours, présente en ce moment une exposition consacrée à Sabine Weiss, dernière représentante de l’école humaniste française. À titre exceptionnel elle a accepté d’ouvrir ses archives personnelles afin de réaliser cette rétrospective de son œuvre. L’exposition se termine dans quelques jours !

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Françoise Sagan chez elle, lors de la sortie de son premier roman Bonjour tristesse, Paris, 1954 © Sabine Weiss
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Mariage gitan, Tarascon, 1953 © Sabine Weiss

Née en 1924, Sabine Weiss se dirige très jeune vers la photographie. En 1946, elle quitte Genève pour Paris et devient l’assistante de Willy Maywald, photographe allemand installé à Paris et spécialisé dans la mode et les portraits. Au moment de son mariage avec le peintre américain Hugh Weiss en 1950, elle se lance comme photographe indépendante et fréquente le milieu des artistes d’après-guerre. Ceci l’amène à photographier de nombreux peintres et sculpteurs, mais aussi des musiciens, écrivains et comédiens. Vers 1952, Sabine Weiss rejoint l’agence Rapho et son travail personnel est reconnu aux États-Unis. Elle est représentée dans l’exposition « The Family of Man » organisée par Edward Steichen en 1955 et elle travaille de façon durable pour des revues comme The New York Times Magazine, Life, Newsweek, Vogue, Point de vue, Images du monde, Paris Match, Esquire et Holiday. Jusqu’aux années 2000, Sabine Weiss n’a cessé de travailler pour la presse illustrée française et internationale, mais aussi pour de nombreuses institutions et marques, enchaînant travaux de reportages, mode, publicité, portraits de personnalités et sujets de société.

Dans son livre Intimes convictions, publié aux éditions Contrejour en 1989, elle explique comment elle a été amenée à travailler dans les domaines photographiques les plus variés : « J’entrais en 1953 à l’agence Rapho grâce à Robert Doisneau que j’avais rencontré à Vogue le jour où je montrai mon travail à Michel De Brunhoff. Doisneau, dont je ne connaissais pas encore la gentillesse, dit ce jour-là tant de choses élogieuses à mon sujet que Brunhoff me proposa de collaborer à la revue. J’ai toujours trouvé cocasse d’entrer à Vogue pour y photographier le monde élégant grâce à des photos de gamins de rue. »

-> Sabine Weiss, Une vie de photographe. Derniers jours ! Exposition à voir jusqu’au 30 octobre 2016.

Une autre exposition, consacrée à Laurence Dréano, est aussi à voir au Château de Tours. Plusieurs types d’œuvres sont présentées, et notamment ses grandes sculptures anthropomorphes aux formes très arrondies.

-> Laurence Dréano – IdéaliZ’emoi – Amourez-vous ? Jusqu’au 20 novembre 2016.

Le château de Tours ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h, tarif réduit 1,50€.


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Le cloître de la Psalette

Accolé à la cathédrale de Tours et géré par le Centre des Monuments Nationaux, le cloître de la Psalette est à voir pour son architecture montrant clairement la transition entre l’architecture gothique et Renaissance. Le scriptorium, grand espace vide, est occupé en ce moment par une exposition de photographies de Marie C. Jones.

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Les tours de la cathédrale, Marie C. Jones

Artiste franco-américaine, elle a fait ses études à l’Université François Rabelais de Tours avant de s’installer aux États-Unis. Sa pratique combine une technique traditionnelle (la photographie) avec une approche expérimentale (les manipulations digitales). Ses montages photographiques sont réalisés en manipulant luminosité, contraste, couleurs, transparence et opacité, profondeur et illusion sur la 3ème dimension. L’observation des œuvres est rendue difficile par les reflets des fenêtres du scriptorium, mais ces reflets peuvent être considérés comme une participation à l’œuvre, qui s’imprègne ainsi de son environnement.

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Le cloître de la Psalette et son escalier, Marie C. Jones

Ici, là bas. L’architecture des rêves. Cloître de la Psalette. Jusqu’au 13 novembre 2016. Ouvert du mercredi au dimanche, gratuit pour les -25 ans.


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L’hôtel Gouin, rare exemple d’architecture urbaine Première Renaissance en val de Loire, a été magnifiquement restauré il y a deux ans. Propriété du département, il abritait autrefois les collections de la Société Archéologique de Touraine (qui dorment désormais au fond de plusieurs réserves). Il abrite une exposition consacrée aux reconstructions post bombardements en Touraine et dans la vallée de la Loire. Le choix du lieu est d’ailleurs très intéressant puisque l’hôtel était au cœur de la zone bombardée. Il n’en restait que la façade, et le choix a été fait de rebâtir l’hôtel derrière cette façade.

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Vue du choix muséographique de l’exposition, façon panneaux de chantier.

La reconstruction de plusieurs villes est mise en parallèle. À Gien on décidera de s’inspirer de l’architecture locale en briques, à Orléans c’est un parti d’inspiration classique (avec la reconstruction de la place du Martroi) qui sera décidé, à Maillé, village martyr, on crée un style influencé par la pierre locale, et à Tours, après un premier projet de Camille Lefèvre dès 1941 proposant une reconstruction quasi à l’identique des bâtiments du XVIIIe place Anatole France, on préférera le projet plus simple de Jean Dorian et Pierre Patout.

Le 25 juin 1944, à Maillé, village du sud de la Touraine, des troupes allemandes massacrent 124 habitants en représailles d’une embuscade menée par des résistants. 40 hommes, 42 femmes et 44 enfants de moins de 14 ans sont tués. Les maisons du village sont systématiquement brûlées. Contrairement à Oradour-sur-Glane, où 642 habitants avaient été massacrés un peu plus de deux mois plus tôt, le village sera entièrement reconstruit.

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La mairie de Maillé en construction, avec l’application du placage de pierres locales sur la structure en béton.

Le 9 décembre 1945 la commune de Maillé reçoit un don de près de 2,9 millions de francs provenant d’une collecte organisée par l’Afrique Équatoriale Française. Cette somme permettra de reconstruire l’école rapidement. Dès 1948 les élèves peuvent faire leur rentrée dans la nouvelle école. L’architecte urbaniste William Roger Coulant crée « un village modèle pour effacer le souvenir du massacre ». Pour un bourg de 600 habitants cette reconstruction traduit la projection idéalisée d’un village rural sans commune mesure avec sa taille réelle. La pierre de tuffeau est appliquée sur une structure en béton, afin de « restituer l’architecture rurale typique de la Touraine ».

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Saint-Pierre-des-Corps pendant la guerre. La ville sera en grande partie reconstruite.

1940-1960 : Vingt ans de reconstruction en Touraine – Histoire d’une invention des styles. Hôtel Gouïn. Jusqu’au 20 novembre 2016. Ouvert du jeudi au dimanche, entrée gratuite.


Chaque année, et ce depuis 10 ans, le Musée des Beaux-Arts de Tours s’associe au Fonds Régional d’Art Contemporain de Poitou-Charentes (oui on sait, Tours est bien en région Centre) et à l’Université François Rabelais afin de proposer aux étudiants de Licence 2 en histoire de l’art ayant choisi l’option Pratique(s) de l’exposition de monter eux-même leur exposition. Les œuvres sélectionnées dialoguent avec celles du musée et proposent au visiteur de changer sa perception du monde, de s’extraire de la réalité grâce à l’expression artistique.

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Nous sommes heureux, Claude Lévêque, 1997, collection du FRAC Poitou-Charente.

Nous sommes heureux est une oeuvre de Claude Lévêque réalisée en 1997. La phrase, en néon rouge, a été écrite par sa mère Gilberte Lévêque. Elle s’avère être d’un grand cynisme car pour l’artiste, dans la société actuelle, « l’homme ne peut que porter le fardeau de sa condition humaine et non s’en affranchir ». L’évocation d’un monde heureux peut cependant être un soutien à notre condition. En cela l’art peut nous aider à approcher cet état de bonheur. Une autre oeuvre de Claude Lévêque pouvait être vue au Louvre l’année dernière (« Sous le plus grand chapiteau du monde« ), qui fait aussi appel aux néons.

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Slim Fast, Sylvie Fleury, 1993, collection du FRAC Poitou-Charentes.

Placée dans la même salle, Slim Fast de Sylvie Fleury (1993) dialoguait avec les néons de Claude Lévêque. Son oeuvre critique les diktats des canons de beauté féminins à travers un empilement de vingt boîtes de substituts alimentaires. Critique également de la société de consommation, l’oeuvre est tout de même emprunte d’une certaine légèreté due au choix des couleurs (qui reprennent les couleurs communicationnelles de la marque). Face au Nous sommes heureux de Claude Lévêque l’oeuvre prend tout de suite un aspect très cynique.

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KÖ, Hermann Pitz, 1990, collection du FRAC Poitou-Charente.

 

, réalisée par Hermann Pitz en 1990, se compose de vingt galets en résine posés sur le parquet du musée et éclairés par des projecteurs provenant d’un ancien salon de coiffure. Évocation aquatique, cette oeuvre est installée entre deux compositions d’Olivier Debré sur le thème de la Loire, et sous un mobile d’Alexander Calder participant de cette poésie éphémère et de l’évolution de la perception de ces œuvres selon la lumière (ou selon le vent pour le mobile de Calder, même si cet aspect de l’oeuvre ne peut pas être rendu à l’intérieur d’un musée).

Expérience n°10 – Extraction. Musée des Beaux-Arts de Tours. Jusqu’au 9 janvier 2017. Ouvert tous les jours sauf le mardi, entrée gratuite pour les étudiants en histoire de l’art.

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