La collection Chtchoukine à la Fondation Vuitton, une enfilade de chefs d’œuvres

Cachée derrière des arbres, l’architecture colorée faite de motifs de damier de la Fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne est tout de suite reconnaissable. Grand musée (tout au moins par sa taille), l’espace d’exposition accueillant aussi bien œuvres d’arts que concerts, a réussi, après deux ans de négociations avec le Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et le musée Pouchkine de Moscou, à monter une exposition centrée sur un des plus grands collectionneurs russes du début du XXe siècle : Serguei Chtchoukine.

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Monet 1885 un des tableaux de la série des falaises d’Etretat

L’une des premières choses qu’on retient de l’exposition est sans aucun doute le temps d’attente ; une première fois (habituelle) afin de pénétrer dans la Fondation Louis Vuitton, puis une deuxième fois pour attendre de pouvoir descendre au rez-de-chaussée ; la biographie de M. Chtchoukine s’étale alors devant nos yeux, longue de tout un couloir : l’homme d’affaire russe passionné d’art moderne a eu une vie plutôt mouvementée. Passée cette seconde file plutôt rapide, on doit descendre, pour commencer à attendre devant les premières salles de l’exposition, répartie sur quatre étages, avec en tout 14 salles, chacune présentant un thème particulier. Et on comprend rapidement en voyant le nombre de personnes attendant que si la régulation ne se faisait pas par les files d’attentes (même si bon quand on en fait 4 on a une pensée pour Disney), gérer les visiteurs deviendrait rapidement juste impossible. Et pour cause, cette exposition centrée sur l’art moderne français et le collectionneur attire beaucoup de monde.

Une fois la troisième file d’attente passée (à lire la liste des artiste affichée sur le mur d’entrée de la première partie), on entre dans la première salle, pour découvrir une série de portraits. La lumière est douce, ne se reflète sur aucun tableau, tous aussi divers les uns que les autres. On voit ainsi une peinture sur soie chinoise du XVIIe siècle (seule de toute l’exposition) aux côtés d’un tableau de Picasso dans sa période bleue, non loin d’un portrait de Cézanne, encadrant tous deux une œuvre de Van Gogh. Chaque tableau présenté dans cette exposition est une œuvre de maître, et pourtant. Tous sont individualisés, on n’est pas noyé sous la masse, alors qu’il y a beaucoup de choses à voir. Et surtout, même si il y a beaucoup de monde l’espace est grand, et permet de délayer un tant soit peu. On admire autant qu’on veut alors qu’on est beaucoup, mais on ne se retrouve pas dans des rangs de quatre personnes à se mettre sur la pointe des pieds pour pouvoir apercevoir un Gauguin. On a devant nous des chefs d’œuvres, et pourtant on peut les voir sans trop se bousculer.

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Monet, Le déjeuner sur l’herbe, 1865, Moscou, Musée des Beaux-Arts Pouchkine

La seconde salle est totalement différente de tout le reste de l’exposition, et très bien faite. Autant la première par le biais des portraits voulait présenter le fait que Chtchoukine travaillait avant tout avec des êtres humains, autant celle-ci projette un film, un acteur russe jouant le collectionneur, un acteur français pour incarner Matisse, le tout en musique, en alternant anglais français et russe. En présentant rapidement les personnages (comme le fait que Matisse ne parlait pas un mot de russe alors que son mécène parlait très bien français, mais en bégayant) on a aussi un aperçu rapide de l’admiration de Chtchoukine envers Matisse : celui-ci le qualifie de mécène idéal.

Cette pièce aux quatre écrans présente également en parallèle des danseurs, en référence à la peinture commandée par Chtchoukine pour sa maison : fasciné par un groupe de danseurs dans un tableau de Matisse, il avait demandé à avoir une composition similaire… Avant de faire censurer quelque peu la nudité des personnages par un peintre russe. C’était choquant, pour l’époque. Mais ça n’a pas empêcher les jeunes peintres russes avant-gardistes de venir chez Chtchoukine, de prendre exemple sur la collection d’art moderne qu’il était en train de confectionner. Tout un mouvement qui voulait sortir l’art de sa tour d’ivoire, et le montrer au peuple. Ainsi, par le biais de ces vidéos, on comprend l’importance qu’a eu cette collection à son époque même, par un phénomène d’émulation intellectuelle, dans l’art russe du début du XXe siècle.

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Henri Matisse, L’Espagnole, 1909

Après ces deux salles d’introduction, on passe aux suivantes : les premières collections, les premiers tableaux acquis par Chtchoukine. Ainsi, on voit un paysage de Courbet, un tableau de Fabre, bien plus de scènes de genre. Et, toujours cet éclairage doux sur chaque œuvre, permettant à chacun de se focaliser sur chacune d’entre elle, à son rythme ; d’autant plus que les murs sont d’une couleur plutôt neutre, un gris quelque peu teinté de violet. Un système d’arcades et de renfoncements dans les murs aide également à individualiser toutes ces scènes de genre et tableaux, datant plutôt de la fin du XIXe siècle. Puis, une autre enfilade de tableaux, dans une salle immense : des paysages, de Monet, de Denis, tout un mur de couleurs violines et pastels faisant face à des peintures aux tons plus gris, et vers. Une part onirique faisant face à la réalité.

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Auguste Renoi, Portrait de femme en noir, 1876

On entre dans une autre salle, toute aussi remplie de chef d’œuvres de maîtres. Puis on monte d’un étage, pour refaire la queue, et arriver dans une salle uniquement occupée par des œuvres de Gauguin, la suivante plus hétéroclite : on trouve aussi bien du Renoir que du Cézanne. Puis, des artistes russe d’avant-garde commencent à se montrer dans la salle qui suit, exposant uniquement des nus : on s’y voit expliquer que la collection d’origine en contenait très peu, et surtout des féminins : des tabous existaient encore au début du XXe, qui empêchaient d’exposer absolument tout ce qu’on voulait.

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Henri Matisse, L’Atelier du Peintre (l’Atelier Rose), 1911

On reprend un escalator, pour arriver à l’avant dernier étage de l’exposition. Là, on voit une salle, entièrement dédiée à Matisse, le thème étant le salon rose, le palais Troubetskoi lieu où vivait Chtchoukine, grand admirateur de Matisse qui a possédé 38 de ses tableaux. Puis, on monte au dernier étage ; exposant principalement des Picasso et des artistes russes d’avant -garde, génération inspirée par toute la collection que Chtchoukine a montée et exposée chez lui.

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Alexandre Rodtchenko, Composition 66 Densité et Contrepoids, 1919

Notre avis : il vaut mieux prendre ses billets à l’avance par internet et ne pas y aller en week end. J’y suis allée en semaine, et le monde m’étonnait déjà ; mais les files d’attentes à répétition un samedi ou dimanche peuvent rapidement gâcher le plaisir. Et pourtant, cette exposition montre énormément de tableaux, tout en réussissant à ne pas donner une impression de masse, ce qui fait qu’on peut les apprécier chacun individuellement selon notre appétence pour tel ou tel thème ou période. Que vous soyez en 3A à l’Ecole du Louvre ou non, cette exposition a de quoi ravir tous les amateurs d’art moderne, tant par sa richesse que par la diversité des tableaux exposés.


Pour plus d’informations : BILLET-EXPOSITION-CHTCHOUKINE_3407422123041436289.jpg

Exposition Icônes de l’art moderne – La Collection Chthouchkine, à la Fondation Louis Vuitton, du 22 octobre 2016 au 20 février 2017

Lien pour réserver : http://www.fondationlouisvuitton.fr/expositions/icones-de-l-art-moderne-la-collection-chtchoukine.html

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