Les débuts des industries d’ameublement, papier peint et textile.

Les Rencontres des Gobelins proposent cette saison trois cycles de conférences dont un sur le textile et le papier peint dans la décoration d’intérieur. Ce mardi 15 novembre, avait lieu le début de cette trilogie de rencontre avec Maxime Georges Métraux, doctorant à l’université Paris Sorbonne et Aziza Gril-Mariotte, chercheuse et maître de conférence en Histoire de l’Art à l’Université de Haute Alsace.

De l’atelier des Papillons à la manufacture de Réveillon : création et production du papier peint à Paris au XVIIIe siècle. Par Maxime Georges Métraux.

Au XVIIIe siècle, le papier peint était réservé à une élite fortunée. Il s’est progressivement démocratisé et il a été possible d’en retrouver un petit peu dans chaque maison. Plusieurs noms lui ont été donnés lors de la seconde moitié du XVIIIe siècle, aussi bien papier de tenture que papier enluminé. Dans les familles qui produisent des estampes, les membres se spécialisent et au minimum un choisit la voie du papier peint.

Il est difficile de trouver l’origine du papier peint, il est possible que cela soit à la fin du XVIe siècle en Angleterre ou encore en Chine mais ses habitants n’en ont pas la même utilisation. Cependant, des ouvriers chinois sont présents à Paris au début du XVIIIe siècle. La technique de la gravure sur bois debout est, quant à elle, inventée dans un monastère turc.

Le papier peint fait ses débuts à Paris en 1688 avec Jean II Papillon. Le papier dominoté est imprimé grâce à une matrice en bois et est utilisé pour les boites, livres et autres objets. C’est à la fin du XVIIe siècle qu’il va recouvrir les murs. Lorsque l’on achète du papier peint à cette époque, le prix concerne le papier même ainsi que la pose. Lorsqu’une famille aisée fait changer son papier peint, elle le fait en une seule fois tandis que pour les plus modestes cela se fait en deux ou trois fois. La pose diffère selon les ateliers, chacun ayant sa propre technique. Des rouleaux supplémentaires sont achetés en même temps, cela permet de changer lorsqu’il est taché ou abîmé. Cela peut se faire de deux manières : l’enlever complètement et en remettre ou le découper et coller directement sur la partie abîmée. Le prix du papier peint varie selon la qualité mais il diminue au fil des années, lorsque les modes passent. 

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Portrait de Jean-Michel Papillon.

Jean-Michel Papillon, son fils, veut une gravure plus délicate et va porter en horreur le papier dominoté car il le trouve trop grossier. Il va donner une série d’illustrations sur la manière de fabriquer le papier peint à l’Encyclopédie. Cet homme va créer son propre mythe, proposer d’agrandir le format au A2 et va imiter le textile comme le brocard. On retrouve beaucoup de rocailles et grotesques dans ses compositions. Cette dernière suit une logique de distribution avec la symétrie et le remplissage. Cela se rapporte beaucoup au textile mais, surtout, il va glisser des petits papillons dans ses motifs. Le papier peint est alors utilisé aussi bien pour les murs que pour le plafond et les graveurs qui travaillent à sa fabrication font partie d’ateliers d’indiennes, créant un contact entre les deux mondes.

Les femmes peuvent aussi travailler mais elles occupent alors des postes de gérance et veillent au maintient des affaires juridiques. Cependant, il est connu aujourd’hui six estampes produites par la femme de Jean-Michel Papillon.

Beaucoup de problèmes juridiques ont lieu tout au long du XVIIIe siècle dans l’industrie du papier peint et Didier Aubert, élève de Jean-Michel Papillon, va en avoir un intenté par une veuve qui a racheté l’affaire Papillon car le maître avait donné l’enseigne Au Papillon.

Didier Aubert fait du papier peint pour divers supports et le fait qu’il soit attaché à Papillon a une importance commerciale. Aujourd’hui, nous avons peu de témoignages de sa production mais nous pouvons voir une filiation stylistique avec son maître.

Le papier dominoté est utilisé de diverses manières et notamment pour les boîtes qui sont parfois construites avec des cartes à jouer rigidifiées par de la colle (c’est une mesure d’économie car le papier de carte à jouer coûte moins cher que du papier blanc et était utilisé de manière courante).

Réveillon, quant à lui, met beaucoup d’arabesques dans ses compositions, mode de la

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Papier à motif de fleurs n◦61 © Les Arts Décoratifs, Paris.

seconde moitié du XVIIIe siècle. Il est souvent difficile de connaitre les origines des motifs car les graveurs passaient d’atelier en atelier en apportant et mélangeant leurs idées et savoir-faire. Le 28 avril 1789, des combats éclatent à la manufacture Réveillon, c’est la rébellion des ouvriers du faubourg Saint-Antoine et le propriétaire part en Angleterre. Réveillon fait progresser le droit en matière de dépôt légal car il se plaint de se faire copier même si une marque est posée sur le bord du papier. Les concurrents se copient mutuellement pour être à la mode et chacun a du mal à garder sa propre marque de fabrique.

Aujourd’hui, on peut retrouver des imprimés de papier peint du XVIIIe siècle dans le commerce car cela redevient à la mode. Cependant il rythme plus les murs que les habille. De plus, il existe encore des dominotiers à Paris dont certains ateliers peuvent être visités.


Les toiles de Jouy, de nouveaux décors figuratifs dans le coton imprimé et le papier peint au XVIIIe siècle. Par Aziza Gril-Mariotte.

La toile de Jouy est à destination de la bourgeoisie et est influencée par l’estampe.

Le dessin est imprimé sur le coton par une matrice en cuivre où il y a un mordant épaissi qui est un procédé chimique pour fixer la couleur. Le cuivre permet d’avoir des traits fins. Les rentrures sont des ajouts de couleurs par des planches de bois. Pour le rouge, de la garance est utilisée et pour le bleu de l’indigo. Ces centres d’impressions étaient en Hollande et en Suisse puis en France après la levée de la prohibition en 1759. Les premiers motifs imprimés étaient des fleurs.

Les anglais sont les premiers a avoir mis au point cette technique d’impression et des toiles datées sont conservées au Victoria & Albert Museum. Puis les motifs sont plutôt pastoraux avec des animaux et un esprit bucolique.

La toile de Jouy n’est pas utilisée dans le vêtement aux XVIIIe et XIXe siècles. Les plaques de cuivre uniquement aux motifs floraux peuvent cependant être utilisées pour les décors des robes à la française.

Oberkampf veut développer des nouveaux genres de l’indiennage et installe un petite atelier à Jouy. En 1771, Oberkampf part à Londres pour acheter des toiles de coton brut et visite aussi des manufactures comme celle de Robert Jones à Oldford. Il veut ensuite ramener des ouvriers et graveurs en leur donnant de bons contrats et une bonne paye. Il apprécie l’Angleterre et y fait faire des toiles et ramène des plaques de cuivre gravées. Il essaye de comprendre et reproduire cet esthétisme anglais.

Les campagnes et chasses anglaises inspirent le premier dessinateur des toiles de Jouy qui est anonyme. Avant les années 1790, il n’y a pas vraiment d’archives. Une sorte d’anglomanie se lance.

Les dessins qui animent ces toiles entretiennent des liens étroits avec la gravure et la peinture. Jean-Baptiste Huet a d’ailleurs collaboré et a créé La liberté américaine en 1784.

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L’Hommage de l’Amérique à la France © Les Arts Décoratifs, Paris.

Oberkampf veut faire un nouveau genre pour une clientèle aisée. Certains thèmes sont réutilisés durant des décennies comme L’hommage de l’Amérique à la France réalisé en 1781 par un anonyme et qui est imprimé jusqu’à la fin du XIXe siècle. Par contre, d’autres peuvent voir leur production vite arrêtée comme La fête de la Fédération réalisée en 1791 mais arrêtée en 1793 car Louis XVI est présent. La politique joue un rôle dans ces illustrations.

La manufacture de Jouy ne réalise qu’un petit pourcentage de ces étoffes aussi appelées meubles à personnages ou camayeux à personnages. Il est possible de distinguer deux manières de vendre dans la manufacture. La première était de réaliser la toile puis de la vendre à des commerçants et la seconde est l’impression à façon, c’est-à-dire qu’une maison demandait à imprimer pour son compte.

Il y a de nombreux échanges entre Réveillon et Oberkampf car naît un intérêt dans la combinaison du papier peint et de la toile. Le problème est qu’au XVIIIe siècle, on change l’ameublement deux fois par an, pour l’été et pour l’hiver. L’étoffe peut être fixée sur un cadre mais le papier peint reste en place. Il y a alors une coordination des motifs qui doit être faite. Le papier peint ne devient indépendant des toiles imprimées qu’après la Révolution Française.

La manufacture est vendue en 1821 et ferme en 1843, dépassée par les centres industriels de Rouen et d’Alsace. Le fait que les manufactures fassent appel à des ateliers de graveurs entraîne l’apparition de la signature pour distinguer leurs travaux. 

Au XIXe siècle, les sources d’inspiration sont diverses. Cela peut aussi bien être des monuments de Paris que des vues d’Italie. Mais la grande source d’inspiration reste le dessin.

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Lampe par Mat&Jewski © Mat&Jewski

Les meubles à personnages sont vers 1820 une production populaire et redeviennent à la mode à la fin du XIXe siècle. Certains sont imprimés au cylindre comme à Mulhouse. Ces cylindres apparaissent dans les années 1850 en dans les manufactures normandes. Vers 1880 c’est le Genre Jouy puis vers 1900 il y a des créations avec des enfants dans le style de. Au début du XXe siècle est utilisée la technique de l’impression sur cadre plat (à la lyonnaise).

Aujourd’hui, ce sont des réimpressions de réimpressions. Des artistes continuent de s’en
inspirer comme Hervé Mat et Jewski ou Pascale Risbourg. La technique d’impression est numérique, il existe des ateliers utilisant les techniques anciennes mais le coût à l’achat sera plus élevé.

 

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