Fantin-Latour, réalisme intime et lyrique

C’est suivant un parcours chronologique, que le musée du Luxembourg nous propose de découvrir l’artiste Fantin-Latour jusqu’au 12 février 2016. L’exposition commence ainsi par ses œuvres de jeunesse pour s’achever sur les œuvres précédant sa mort.

Le choix chronologique

Ce parti pris chronologique n’est certes pas très original tout comme la scénographie d’ailleurs mais il a le mérite de faire surgir une véritable évolution dans l’appréhension de la peinture et le style de l’artiste. En effet, le spectateur remarque progressivement la disparition des compositions de fleurs après son mariage laissant place à la multiplication des portraits. Par la suite, l’artiste découvre l’estampe et voue une passion pour la musique. Cette période du crépuscule de sa vie donne naissances à de magnifiques lithographies représentant des allégories d’opéra ou de morceaux de ses compositeurs préférés. Ainsi, la fin de la vie de l’artiste est marquée par une libération de son style et de ses sujets : des nus, des œuvres reflétant ses goûts… C’est un travail bien plus personnel. Il tutoie tout autant les œuvres de Wagner que les fleurs de son salon. Mais toujours il garde une forme de symbolique, de lyrisme et de poésie. Nous pouvons donc constater une évolution dans son Œuvre grâce à l’accrochage judicieux du Luxembourg.

Le style Fantin-Latour

Vaporeux, énigmatique et sombre. Tels sont les premiers mots qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on observe les premières œuvres. Comme la plupart des expositions, on commence par découvrir son milieu familial, ses premiers dessins, les prémices de ses futurs chefs-d’oeuvre. On découvre ainsi son côté intime et les essais de style transparaissent. Puis le portrait laisse place à la nature morte, domaine dans lequel il excelle. Le tableau offert à sa future femme, ses premières expériences végétales. On remarque déjà le réalisme accru dans l’abricot de La table garnie (1866) tout en laissant une dose de maladresse.
Les Lys du Japon sont impressionnants mais simples par rapport à ce que l’on découvrira dans les pièces suivantes.

Fantin-Latour est un artiste multiple appréciant la photographie. Dans une présentation rappelant l’exposition Splendeur et Misère qui s’est tenue l’an dernier au Musée d’Orsay, nous retrouvons sa collection de photographies parfois accompagnée de quelques dessins les reprenant. Beaucoup de nus, plutôt féminins que masculins. L’artiste s’intéresse au corps humain comme tout peintre et voit dans ce nouvel art une manière d’avoir une vérité anatomique de plusieurs personnes à tout moment de la journée.

Une nature morte presque vivante

Reconnu pour son réalisme poussé semblant parfois bercé par l’impressionnisme, la nature morte florale reste le domaine dans lequel il excelle le plus. Deux salles y sont consacrées. La première montre les premières fleurs. Assorties à des fruits ou simples sujets, elles donnent l’impression d’être un bouquet vivant qui n’a pas fané malgré les décennies. On peut sentir l’onctuosité de l’abricot ou la fraîcheur d’une fraise. Son observation poussée donne cette virtuosité. Au fil des années, celle-ci s’accrut donnant une apothéose. Une salle y est consacrée et c’est celle où les visiteurs s’attardent le plus. Botanistes en herbe s’y retrouvent et essayent de reconnaître les espèces. Le choix des couleurs est minutieux. Fond sombre pour détacher la délicatesse des pétales, légèreté dans le trait qui est tout de même net et précis et parfois des petites touches disparates. Le tout reste cependant dans un équilibre parfaitement juste. L’impression que ces fleurs viennent d’être cueillies est réelle, on pourrait presque sentir leur odeur et l’humidité de la rosée du matin.

Sa famille, ses amis, son Oeuvre

De Fantin-Latour, on connait son Coin de table (1872) qui est conservé au musée d’Orsay et qui est célèbre pour les portraits de Verlaine et Rimbaud. En effet, c’est toujours dans une volonté intimiste que Fantin peint aussi bien ses sœurs, sa femme, que les grands artistes du siècle.

Il effectue aussi des portraits seuls, surtout de sa famille et de ses amis. On remarque que dans un tableau représentant sa fiancée et sa sœur, peint avec des touches sombres et flous presque de manière impressionniste, qu’au milieu de ces masses suggérées, un visage féminin, déterminé, aux traits marqués et au regard vif, apparaît : c’est celui de Charlotte Dubourg la sœur de sa femme. Cette professeure d’allemand, célibataire endurcie et frivole qui fait chavirer les cœur de tout Paris. Elle exerça une fascination tout au long de la vie du peintre qui la représente toujours en avant et sublime.

Il pouvait recevoir des commandes mais il n’appréciait pas réellement cela. « On peint des gens comme des pots de fleur ». Comme dans ses natures mortes, il aime le détail et laisse transparaître ses sentiments et lyrisme. On voit cela dans le décor mais aussi dans les costumes. La fourrure et le velours sont minutieusement peints, le corset transparaît à travers les silhouettes. La psychologie se voit à travers leurs visages et leurs postures. Toutes leurs histoires semblent revivre, leur vie moins éphémère que celle des végétaux semble complexe et représentée dans un réalisme cru.

Grâce à cette exposition, la richesse d’un peintre peu connu du grand public est dévoilée. De plus elle nous montre aussi un Fantin graveur. Le fait que les estampes soient mises à l’honneur avec notamment une pierre lithographique en vitrine est assez rare pour être notable.  Le Luxembourg nous montre donc  que l’Œuvre de Fantin-Latour n’est pas que le reflet d’un temps.  Elle est aussi le reflet d’une subjectivité et s’une sensibilité du peintre qui bien que gaucher était loin d’être gauche !

Informations : L’exposition est ouverte jusqu’au 12 février 2017. L’entrée est payante, même avec la carte de l’Ecole du Louvre, mais le musée propose du lundi au vendredi à partir de 17h deux entrées jeunes pour le prix d’une !

Article écrit par Sarah Favre et Anne-Elise Guilbert-Tetart.

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