Le Musée National de la Marine

Discret bien que toujours très bien placé, le Musée National de la Marine vous invite à découvrir un panel de connaissances, de techniques et de modes qui couvre près de quatre siècles. A Paris et réparti dans les quatre principaux arsenaux historiques, ce musée laisse découvrir des œuvres qui témoignent à la fois de l’histoire maritime de la France et de l’évolution des techniques tant navales qu’artistiques.

Bien placé

Le Musée National de la Marine a la particularité d’être une entité composée de cinq centres, le plus imposant est celui de Paris, au cœur du Palais de Chaillot, les quatre autres sont dans le château de Brest, dans la forteresse de Port Louis à l’entrée de la rade de Lorient, dans l’hôtel du gouverneur de la Marine de Rochefort et à l’entrée de l’arsenal de Toulon. Ces endroits ont été, et pour certains le sont encore, des points d’une importance stratégique majeure dans le développement de la France et pour sa défense. Tous sont des lieux chargés d’une histoire formidable et sont les témoins de la vie et du travail de milliers d’hommes et de femmes qui ont aidé à la création de la Marine. Les bâtiments qui accueillent ce musée ont le point commun d’être tous aisément repérables dans un environnement qui semble fait pour les mettre en valeur.

Les modes

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Détail de la Visite de la Reine Victoria au Tréport d’Eugène Isabey, MNM.

Qui aurait pensé voir des crinolines au musée de la Marine ? Ce musée ne se contente pas d’offrir un panorama de l’évolution des uniformes. Grâce aux visites de la Reine Victoria à Cherbourg et au Tréport ainsi qu’aux commandes officielles, des somptueux tableaux  ont été produits, dont un d’Eugène Isabey. Sur cette toile aux dimensions plus que respectables, dans une ambiance de bataille navale provoquée par la fumée des coups de canon tirés pour saluer l’Empereur et la Reine, on peut rencontrer un aréopage d’officiers entourant la reine tandis qu’à l’arrière du bâtiment deux suivantes de Sa Majesté font l’honneur de leur présence à l’officier de quart et ses deux timoniers.

La mode masculine est cependant la mieux illustrée sur la plupart des tableaux puisque l’on peut suivre l’évolution des uniformes des officiers de marine du XVIIè au XXè siècles. Il est à noter que les vues des ports de France par Joseph Vernet donnent une image des plus précises de la vie dans les ports sous Louis XV, et montrent les modes des régions où l’artiste a pu poser son chevalet pour répondre à cette commande royale particulièrement ambitieuse : peindre tous les ports de France.

Une histoire de bateaux, d’œuvres, de marins et de peintres.

Ce musée nous raconte une histoire que l’on n’écoute que rarement en France : l’histoire des marins, de leurs bateaux et de leurs réalisations. Dans ce pays où  la mer est souvent reléguée au rôle de piscine à ciel ouvert, le Musée National de la Marine montre comment les marins d’hier et d’aujourd’hui ont su répondre aux exigences de cette mer et de leurs missions. On apprend ainsi comment entretenir la carène d’une frégate dans une rade foraine, comment l’obélisque de Louxor a quitté l’Égypte pour rejoindre la place de la Concorde, comment l’on a pu construire des vaisseaux de ligne et comment s’organise la Marine moderne. Si les éléments historiques sont les plus visibles, puisque l’on est accueilli par une formidable maquette du vaisseau l’Océan de 110 canons, le musée sait mettre en valeur les marines actuelles, tant nationale que marchande. On peut ainsi voir l’évolution des navires de guerre et marchands du XXè siècle. On peut se renseigner sur les découvertes faites lors des voyages d’exploration de Bougainville à Charcot et admirer les navires qui ont porté ces hommes dans des voyages dont le retour n’était pas garanti.

Les commandes officielles nous apportent une quantité impressionnante de tableaux dont le but premier était de glorifier les marins et les navires pour des actions qui, menées loin des côtes, n’étaient que trop peu visibles pour les terriens. Ces tableaux ayant pour objet de récompenser l’auteur d’un fait héroïque, tels les tableaux commandés pour représenter les actions lors de la guerre d’Indépendance des États-Unis qui devaient être offerts au commandant des forces sur les lieux du combat et au ministre de la Marine, ou de faire connaître les exploits militaires de la Marine au public qui restait trop éloigné de la chose navale sont souvent de grandes dimensions, d’une précision admirable, et mettent en valeur la bravoure des marins exposés au péril d’une tempête ou d’un combat.

Aiguillonnés par les commandes impériales, les peintres vont créer des merveilles pour les salons organisés par l’Empereur Napoléon Ier, on voit ainsi un magnifique tableau de la Bayonnaise abordant l’Embuscade, abordage qui se termina à l’avantage de la corvette française qui prit la frégate anglaise. Si les actions victorieuses

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Le Redoutable à Trafalgar d’Auguste Meyer.

sont des sujets aisés à mettre en œuvre, elles sont de plus en plus rares sous le Premier Empire de par la force de la Royal Navy et l’affaiblissement considérable de la Marine française suite aux déboires de la Révolution, les peintres prennent alors le parti de glorifier les résistances héroïques. Il est donc facile pour le visiteur du musée de la Marine de voir des œuvres représentant la bataille de Trafalgar. Le plus connu étant sûrement le tableau représentant le Redoutable aux prises avec le Victory, le vaisseau français était sur le point d’emporter à l’abordage le vaisseau amiral de Nelson lorsqu’il fut engagé par un second vaisseau anglais, cela n’empêcha pas un tireur sur la hune d’artimon du français de blesser mortellement l’amiral anglais avant que le Redoutable ne soit forcé de se rendre après une résistance héroïque. Auguste Mayer a représenté un autre moment de cette bataille, mais l’identité des vaisseaux représentés reste le sujet de controverses, on y voit un vaisseau français engagé par trois vaisseaux anglais dont un à trois ponts, le français est sensé être le Redoutable même s’il ressemble plutôt au vaisseau de l’amiral Villeneuve : le Bucentaure. Le fait que le trois-ponts anglais soit le Sandwich ajoute encore un peu de confusion puisque ce vaisseau n’était pas présent à Trafalgar.

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L’Artémis abattue en carène, MNM

Le Musée National de la Marine montre une collection d’œuvres datant du milieu du XVIIè siècle jusqu’au XXIè siècle, chacune des œuvres ayant eu une vie plus ou moins mouvementée, certaines interrogations quant à leur histoire peuvent survenir. Ainsi, outre le tableau du Redoutable ou Bucentaure, on peut admirer une maquette d’un vaisseau de soixante-quatre canons parfaitement réalisée et entretenue qui garde des secrets quant à sa véritable identité. L’amiral Pâris, conservateur du musée au milieu du XIXè siècle, affirme qu’elle représente le Protecteur lancé sous Louis XV, mais pour l’instant personne ne parvient à s’en assurer. Une autre maquette a eu une vie particulièrement mouvementée : la Néréïde, frégate de 52 bouches à feu. Cette maquette a vu sa vie d’œuvre basculer lorsque l’amiral Pâris a demandé à ce qu’elle soit employée à représenter l’Artémis sur laquelle il avait navigué et qui avait dû être abattue en carène après avoir touché une roche. La manœuvre, parmi les plus complexes de la marine à voile, a été parfaitement montrée sur ce diorama, il s’agissait de coucher le navire sur le côté pour faire sortir de l’eau la partie de la carène que l’on voulait réparer.

Accueilli et reconduit par l’énorme maquette de l’Océan, le visiteur aura pu faire un voyage dans quatre siècles de tableaux et de maquettes agrémenté çà et là par la découverte de canons gigantesques et d’objets quotidiens ramené par des marins connus ou non. Ce voyage devra tout de même s’effectuer avant le mois de mars prochain car le palais de Chaillot fermera ses portes pour plusieurs années pour une réfection complète de l’intérieur du bâtiment, les quatre autres centres du musée seront toujours ouverts et le Musée National de la Marine prévoit de reporter vers ses arsenaux l’activité qui ne pourra plus s’exercer à Paris.

Ecrit par Kenan Jaouen

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