Jade, des empereurs à l’Art Déco

L’exposition Jade, des empereurs à l’Art Déco, se tient au musée Guimet depuis le 19 octobre 2016 et fermera ses portes le 16 janvier 2017. En présentant une grande variété de jades, elle nous permet de nous interroger sur l’histoire de ce matériau, sur la place qu’il a eu dans la construction même de la société chinoise, mais également sur l’évolution de son importance : en quelques millénaires, les objets de jade sont passés du statut d’objets sacrés permettant une interaction avec le monde céleste, à celui d’ornements de collections privées, ou non, parfois européennes.

Une explication de la matière et de son importance dès le Néolithique

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Blocs de jade à l’entrée exposés pour être touchés.
L’exposition commence par introduire le jade sous l’aspect des techniques : on y voit les outils utilisés pour lui donner une forme, pour le polir, on apprend qu’il s’agit d’un ensemble de minéraux, jadéite trémolite et kosmochlor. De même, il est expliqué que le jade est une pierre très dure, et difficile à travailler, et ce même si elle est utilisée depuis 8000 ans. On le retrouve dès le néolithique chinois, avec notamment les disques-bi et vases sans fond cong ; objets rituels utilisés comme alliance dans les cérémonies d’hommage terre/ciel. De plus, on retrouve aussi très tôt dans l’Histoire chinoise l’idée que le jade propose une médiation avec les dieux, d’où sa symbolique fortement liée à celle du souverain. Le rôle de celui-ci était en effet de proposer un lien entre les mondes terrestre et céleste, de ce fait il portait des tablettes de jade lors des cérémonies, et selon les croyances grâce à cette pierre l’empereur pouvait apporter paix et richesse. De plus, posséder du jade était envisagé comme détenir un morceau de l’univers. Outre la couleur verte connue du jade, on apprend également que toute une palette de nuances autres est trouvable : ainsi on peut voir du jade blanc, orange, violet, bleu…

Les créations de jade de cette époque ont des formes plutôt épurées et fines, comme on peut le voir notamment sur le dragon-cochon ; outre leur utilisation par le souverain vivant on les retrouve notamment en contexte funéraire, dans une optique de protection du défunt.

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Jade aux inscriptions faisant écho au monde céleste
Ces formes ont par la suite beaucoup plu à l’empereur Qianlong au XVIIIe siècle de notre ère : il monte toute une collection de jades néolithiques, et va jusque graver les plus beaux objets de ses sceaux ou poèmes. Ce faisant, il montrait un respect des créations du passé. De plus il insuffle de nouveau un style dit archaïsant au jade, en mettant de nouveau au goût de la cour des motifs de dragon-tigre ou de méandres.

Le jade se démocratise peu à peu dans les cours impériales

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Vitrine des objets de Qianlong dont un ‘livre de jade’

Peu à peu, le jade se démocratise et arrive dans les grandes cours chinoises, notamment sous le règne de l’empereur Qianlong, grand amateur de cette matière, ainsi que dans les cabinets des lettrés ; les objets de jade servent alors de verseuses, encriers, repose -plumes… On n’est plus vraiment dans la fonction divine du jade auparavant prédominante ; même s’il reste réservé à une élite. De plus, cette culture lettrée née sous les Song (960 – 1279 de notre ère) exalte les valeurs de pureté, d’intégrité et de persévérance, ce qui fait que les motifs gravés sur les jades sont des inspirations de manuels de peinture reprenant ces thèmes.

Sous le règne de l’empereur Qianlong, l’empire chinois arrive à sa plus grande extension (accédant ainsi à de nouveaux gisements de jade), et afin à la fois de célébrer le jade et l’empire nouvellement agrandi, l’empereur fait graver des paysages sur des jades. Il utilisa également cette matière afin de faire graver sur ce qui a par la suite été appelé les livres de jade, sa vision du bouddhisme, religion qu’il a fait se développer. On trouve également sous son règne un sceau en jade gravé exaltant le thème confucéen du gouvernement.
En se prenant autant d’affection pour le jade, l’empereur Qianlong le mit également à la mode à la cour, qui préférait cependant des motifs très ajourés lorsque lui aimait les formes épurées et simples.

Le jade exporté à l’étranger

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Objets de jade réalisés par Cartier
Se démocratisant de plus en plus, le jade passe également aux mains des collectionneurs étrangers. Tout d’abord des objets sont acquis par l’Orient islamique, puis on commence à le voir apparaître parmi les cours européennes dès le XVIIe siècle, et à faire partie des collections royales, notamment la collection de Louis XIV, dont a fait partie une tasse en jade blanc ayant appartenu à Mazarin. Puis, lors de la période Art Déco, le jade est utilisé notamment par la maison Cartier, et sublimé à l’aide de rubis et autres pierres précieuses ; ces objets reprennent les thèmes animaux et floraux des jades traditionnels chinois, tout en proposant une version plus européenne, par les matériaux ajoutés. Les paravents, notamment ceux de Coromandel, avaient beaucoup de succès en Europe comme en témoigne l’admiration de Chanel pour ceux-ci, décorés de jade et de motifs archaïques.

Ainsi, au fil des millénaires, la technique de réalisation des objets de jade s’est améliorée, on a pu proposer de plus en plus d’ornements ; le jade, symbole de pouvoir céleste est ainsi devenu un symbole de richesse sous le règne de Qianlong, puis de beauté pour les collectionneurs européens. L’exposition est très riche et documentée, les espaces relativement grands ce qui permet d’accueillir un certain nombre de visiteurs.
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