Pages indiennes du musée Guimet : Akbar et Shah Jahan

Jusqu’au 13 février 2017, l’exposition « Ascètes, sultans et maharajahs, Pages indiennes du musée national des arts asiatiques – Guimet » permet de découvrir des enluminures de la collection du musée, qui sont généralement stockées en réserve afin d’éviter leur détérioration à la lumière. Parmi les 70 œuvres présentées, on trouve une page du Late Shah Jahan Album, représentant Akbar et Shah Jahan, réalisée vers 1640-1650. La page est réalisée en gouache et or sur papier. Elle est conservée dans les collections du MNAAG depuis son achat en 1973.p1810499

p1810505La page est centrée sur les deux figures de Shah Jahan et son grand-père Akbar. Elle est encadrée de marges également peintes. La scène principale, qui prend place sur un fond d’or, montre l’empereur moghol Shah Jahan, qui régna de 1628 à 1658, en conversation avec Akbar, mort en 1605. L’empereur est représenté tendant les mains vers son grand-père, en signe de piété filiale et d’acceptation du pouvoir qui lui est transmis. Cette scène n’a certainement jamais eu lieu, il s’agit d’une rencontre symbolique ayant pour but d’affirmer la légitimité de sa prise de pouvoir. La peinture est d’une extrême précision, on distingue très clairement les broderies des vêtements, les colliers et bagues, les traits de visage des personnages. L’or a été posé après la réalisation du dessin et la peinture, seuls les trois arbustes sont peints directement sur l’or. De nombreux éléments indiquent la royauté des deux personnages : l’épée d’Akbar, dont la précision du rendu permet de témoigner de la richesse de l’orfèvrerie moghole, le fauconnier avec son faucon, et le page ou garde à l’entrée de la terrasse.

La marge, relativement large, est peuplée de sept figures, dont deux putti ou anges qui apportent le globe et la couronne à l’empereur. Les trois personnages à gauche font partie du cortège impérial, ils portent les armes et l’étendard de brocart. Deux autres serviteurs occupent le bas de la page.

p1810502L’empire moghol est caractérisé par une certaine ouverture au monde, particulièrement sensible durant les règnes d’Akbar et de son fils Jahangir (1569-1627). Les deux anges en haut de la page témoignent de cette inspiration des civilisations extérieures à l’empire, et des subsistances de la tentative d’Akbar de fonder une nouvelle religion synthétique dont il aurait été le centre. La peinture moghole, d’une très grande qualité, est réalisée par un atelier royal. Les peintres utilisent des couleurs vives ainsi que de l’or, qu’ils appliquent en grandes plages ou sur des motifs très précis. Le vocabulaire floral doré est très proche des motifs qu’on retrouve en pietra dura sur les murs du Taj Mahal, mausolée que Shah Jahan fait construire à Agra en la mémoire de son épouse préférée Mumtaz Mahal, morte en mettant au monde son quatorzième enfant. Ce style floral se retrouve également sur les tapis ou les boîtes à bétel.

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Portrait de l’empereur Jahangir, Musée du Louvre, Arts de l’Islam © RMN-Grand Palais / Mathieu Rabeau

L’usage politique de la peinture avait déjà été très en vogue sous Akbar et Jahangir. Le Louvre conserve une enluminure sur laquelle Jahangir est représenté tenant dans ses mains le portrait de son père Akbar. Signée Hashim et Nadir al-Zaman et datée des années 1600-1615, on y retrouve les symboles du pouvoir transmis de façon héréditaire et légitime. Or, la prise de pouvoir de Jahangir fut moins apaisée que ce que l’enluminure veut montrer.

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