Papier-peint, du patrimoine à la création

Ce mardi, avait lieu au Mobilier National la dernière conférence du cycle Les habits de la décoration : textile et papier peint des Rencontres des Gobelins. Étaient conviés des professionnels pour discuter autour de leur entreprise mais surtout de leur savoir-faire.

Du patrimoine à la création : la manufacture Prelle par Guillaume Verzier

28n-logo-2007Guillaume Verzier est le directeur de la manufacture Prelle, entreprise familiale depuis plus de deux siècles. Cette maison vit aujourd’hui principalement des commandes de privés mais il y a aussi des commandes d’ordre public qui représentent environ 5%.

L’entreprise a été sollicitée lors de la rénovation du Grand Foyer de l’Opéra Garnier. Il leur a été commandé les rideaux, mais tout en respectant les techniques anciennes. La première étape pour ce type de commande est la recherche. Ils avaient à disposition une esquisse de Garnier et des archives comme des livres de commission. De nombreux lieux leur ont été ouverts comme la documentation de la Bibliothèque Nationale de France, le Mobilier National, le Musée des Tissus de Lyon etc.  Il y a eu de nombreux questionnements notamment sur le décor. Les lambrequins, par exemple, avaient été tissés par Jacques Prelle mais rebrodés par un autre atelier lyonnais. Comme second exemple de soucis, il est possible de citer celui des médaillons. Leur aspect originel est inconnu car aucune source n’a été trouvée. Fonctionnaient-ils par cinq paires ou étaient-ce dix différents ? Le mystère reste entier mais il a fallu trancher et les cinq paires ont été choisies. Il a fallu alors un long moment pour trouver l’inspiration Garnier avec l’architecte, le dessinateur… Un des gros problèmes reste les « normes feu ». Avec les nouvelles lois, il est impossible d’utiliser de la soie ou des fils métalliques car cela ne répond pas aux critères. Des fibres synthétiques sont alors utilisées mais le rendu n’est, bien sûr, pas le même et la vérité historique est non respectée.

Un autre travail français a été le Grand Foyer de l’Opéra Comique de Paris. Jérôme Deschamps voulait retrouver le décor textile d’origine mais il ne restait plus qu’une aquarelle de 25cm de haut environ. De nombreuses heures sur place ont été nécessaires pour s’imprégner du lieu, des moulures, des peintures… Après moult esquisses, et un choix fastidieux, une maquette en blanc est proposée. Il s’agit de rideaux blancs et d’un tirage papier en condition réelle. Ensuite le lambrequin est tissé. Pour ce cas, une autorisation de contournement de la norme feu a été donnée. Ainsi, le tissage a pu se faire avec des matériaux comme à l’époque, c’est-à-dire de la soie tramée d’or (fils métalliques).

dp-601-01
© Metropolitan Museum of Art, New York

Les commandes de la manufacture Prelle ne se cantonnent pas au territoire français. Le Metropolitan Museum of Art de New York l’a sollicitée pour la restauration d’un fauteuil à la reine qui a appartenu au grand cabinet intérieur d’hiver de Marie-Antoinette à Versailles. Le travail s’est principalement réalisé par photographies mais il y a eu des allers-retours à New York. La préparation antérieure à la réalisation se fait par ordinateur mais plus à la gouache, ce qui permet un gain de temps. Pour cette commande, il a fallu mettre au point les couleurs car celles présentes sur les documents étaient passées. Trente-sept coloris différents ont été nécessaires et il a fallu les rééquilibrer. Le tissage a été réalisé sur trente mois.

Le papier peint à la main : création et art de vivre sur mesure par Diane Der Agopian

Diane Der Agopian est la directrice du showroom parisien De Gournay qui se situe au 15 rue des Saint-Pères (VIe arrondissement).

capture-decran-2017-01-25-a-00-14-37La Maison de Gournay a été créée par Claud Cecil Gurney. Cet expert comptable s’est intéressé au papier-peint de sa maison de famille et, sensible au fait que ce savoir-faire puisse disparaître, a décidé d’aider sa sauvegarde. Il est parti en Chine à la recherche d’artisans capables de faire des chinoiseries. Il s’agit d’une maison familiale présente en Russie, France, Chine et Etats-Unis d’Amérique mais dont le siège social se trouve au Royaume-Uni. Les ateliers de production se trouvent en Chine et regroupent cent-cinquante artistes. Il y a deux directeurs artistiques, un à Londres et un autre à Paris. Ils créent tous deux des nouveaux motifs inspirés de documents de siècles précédents. Mais il y a aussi des échanges avec les clients qui sont divers et variés. Cela peut être des particuliers mais aussi des hôtels, maisons de luxe… Certains motifs sont exclusifs et réservés à des clients.

keira-knightley-a-propos-de-coco-mademoiselle
Publicité Coco Mademoiselle de Chanel et papier-peint réalisé par la Maison de Gournay

Toute la production est peinte à la main. Il faut environ cent heures de travail par panneau. Chaque panneau mesure 91,5cm de large et leur hauteur dépend de la pièce. Le papier-peint est composé de soie teintée au bain, de soie peinte (cinq couches de peinture sont nécessaires) ou de feuilles d’or (douze carats et posée sur soie). Mais il peut aussi être composé de papier de riz qui peut être vieilli en étant passé dans un bain jaune puis peint et repeint. La soie fine est rigidifiée pour que l’artiste peigne et parfois brode. Puis c’est posé sur du papier pour être mis en rouleau.

Une nouvelle technique par de la pâte gonflante est utilisée et permet de nouvelles gammes comme l’imitation du cuir de Cordoue. Différentes collections sont réalisées mais la plupart tournent autour des chinoiseries du XVIIIe siècle. Toutes ces réalisations sont faites sur-mesure et peintes au pinceau.

La pose du papier-peint est réalisée par une autre entreprise qui est spécialisée dans le domaine.

La maison de Gournay est aussi spécialisée dans le tissus dont le damas, l’organza et la soie sauvage. De nombreux créateurs de couture ont repris leurs motifs pour leurs collections, c’est le cas de Jenny Packham.

Ils ont aussi un atelier de porcelaines qui reprend la fabrication des époques antérieures. Le décor est peint à la main sur glaçure.

Mariage papier-textile : du Total Look au Global Look par Isabelle Husson.

Isabelle Husson est une historienne de l’Art mais aussi une architecte d’intérieur. Elle travaille à la Galerie Marchand-Mercier à Paris (IVe arrondissement).

Le total look est lorsque toute la décoration d’une pièce a le même motif. Que cela soit le lit, les murs, les chaises… Le global look est plus épuré, plus proportionné et avec moins de décors. Ce sont deux grandes tendances de la décoration d’intérieur.

Tout est Capture d’écran 2017-01-25 à 00.22.02.pngfait sur-mesure et de manière manuelle. Les clients sont des privés, des boutiques de luxe… Le travail est réalisé par deux petites manufactures qui emploient peu de personnes. L’une est américaine, il s’agit d’Adelphi Paper Hanging et l’autre est française, il s’agit d’Offard qui est tenue par François-Xavier Richard. Cette manufacture n’utilise pas de planches de bois mais des planches en résine. Quant à la manufacture américaine, elle existe depuis de nombreuses années et reproduit le papier-peint des maisons de la côte Est du pays. Lors des vagues de migration, les européens apportaient leur propre papier-peint puis des manufactures se sont développées sur le contient pour répondre à leurs besoins. Le papier utilisé est cellulosique pour qu’il puisse se détendre à la pose.

Il existe diverses techniques de papier-peint. Le papier velouté est un papier qui a des parcelles de colle pour que la poudre de laine ou de soie vienne s’y coller pour ainsi former le motif. Quant à la tantisse, c’est la même technique mais c’est réalisé avec la tonte des motifs des velours de Gênes. Le papier gaufré imite le cuir de Cordoue.

Elle travaille beaucoup pour des reconstitutions historiques mais aussi pour l’aménagement de boutiques de maisons de luxe comme pour la ligne contemporaine féminine (6) de la Maison Martin Margiela. Le papier-peint ne couvre pas toute la surface de la boutique, c’est un clin d’œil. Les marques sont spéciales car elles sont présentes partout dans le monde, c’est donc quelque chose d’universel, mais elles souhaitent être particulières et sensibles.

Une commande spéciale a été réalisée pour l’exposition L’Usage des Formes de Robert Stadler au Palais de Tokyo aux mois de mai et juin 2015. La technique employée pour réaliser le papier-peint était spéciale et fragile, l’oeuvre ne pouvait durer plus de quelques mois.

D’Offard a aussi travaillé avec Michel Butor et Miquel Barcelo sur le livre Une nuit sur le Mont Chauve publié aux éditions de la Différence. Cette collaboration artistique a donné comme résultat un rouleau mesurant plus de 21m et donc le décor est réalisé par une impression à l’eau de javel.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s