Six chapelles florentines, six fresques religieuses, six chefs-d’œuvre de la Renaissance.

Florence, qui abrite un quart des œuvres d’art conservées en Italie, est indéniablement la capitale italienne de l’art. Mais cela ne tient pas uniquement à la fameuse Galleria degli Uffizi, ou au non moins remarquable Museo del Bargello. Les véritables trésors de Florence, ce sont aussi ses cappelle…

Qu’elles se trouvent dans des églises ou dans des palais, à Florence, les chapelles sont décorées de manière grandiose par les plus grands artistes de la Renaissance. Commandes de congrégations religieuses ou de princes, les fresques qui recouvrent leurs murs sont des merveilles de l’histoire de l’art.

En voici une sélection : six chapelles décorées par Giotto, Masaccio, Bronzino… Six chapelles parmi tant d’autres, mais qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte, si l’on est de passage dans la capitale toscane.

Les chapelles Bardi et Peruzzi, de la Basilica di Santa Croce.

La basilique, construite au XIIIe siècle par les Franciscains, est aujourd’hui considérée comme le panthéon national, car d’illustres personnages y sont enterrés, tels que Michel-Ange, Machiavel, et Rossini. C’est dans le transept droit que se trouvent les deux chapelles, décorées par Giotto di Bondone.

Les fresques représentent des scènes de la vie de saint François (dans la chapelle Bardi), de saint Jean l’Evangéliste et de saint Jean-Baptiste (dans la chapelle Peruzzi).

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Figure 1

Malheureusement, elles sont très mal conservées, mais elles laissent encore voir tout le génie de l’artiste. Giotto met en place un réalisme sans excès : les mimiques sont expressives (comme la colère du père dans la scène de la Renonciation de saint François aux biens terrestres, Fig.1), mais les figures restent stables. L’architecture est très présente et tend à mettre la narration en valeur et à rendre les scènes plus lisibles

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Figure 2

C’est le cas dans Le banquet d’Hérode (Fig.2), où elle structure les différents épisodes qui mènent à la mort de saint Jean-Baptiste. L’introduction d’un effet de perspective très maîtrisé traduit le fait que l’espace de la représentation n’est plus spirituelle, mais qu’il correspond bien à l’espace terrestre, dans lequel le fidèle peut s’imaginer. Avec Giotto, la Renaissance et l’humanisme s’annoncent déjà.

La Cappella Brancacci, de la Chiesa Santa Maria del Carmine.

On accède par le cloître à la chapelle couverte de fresques de Masolino, Masaccio et Lippi, qui représentent des épisodes de la vie de saint Pierre.

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Figure 3 : Adam et Eve chassés du paradis, Masaccio (à droite en entrant)

La commande des décors est faite à Masolino en 1424, qui très vite se fait seconder par Masaccio, son élève (ils ont vingt ans de différence). De récentes études ont mis au jour que le rapport entre les deux artistes était moins celui de maître à élève, qu’une réelle collaboration. En effet, Masaccio aurait rapidement acquis et affirmé son style propre. Ses figures sont expressives et débordantes de vie, comparées au style plus sage de Masolino. Cela tient 

au fait qu’il cherche à rendre les modelés des corps et la réalité de l’espace, par une étude de l’anatomie ainsi que des effets de perspective plus poussés. Cela lui permet également de traduire d’autant plus l’individualité des personnages et leurs combats intérieurs. Notez la présence des ombres, qui trahissent l’existence d’une source de lumière, ce qui place les scènes dans une réalité toute terrestre.

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Figure 4 : Adam et Eve tentés par le démon par Masolino (à gauche en entrant)

Mais le chantier est abandonné : Masolino part à Rome, et Masaccio meurt (assez mystérieusement). Ce n’est que cinquante ans plus tard (1481-1483) que les fresques sont achevées par Filippino Lippi. Son génie a été d’unifier le tout. Au lieu de surimposer un troisième style aux deux déjà existants, il a su les respecter, il a su harmoniser les formes et les tracés, pour donner à la composition une unité stylistique.

Comme Giotto dans la chapelle Bardi, Masaccio, puis Lippi ont inséré leur autoportrait dans la composition.

La Cappella dei Magi, au Palazzo Medici Riccardi.

En 1659, la famille Riccardi acquiert le palais construit au XVe siècle pour Cosme l’Ancien. Mais la Chapelle des Mages, qui se trouve au premier étage, date bel et bien des années 1460. Elle est décorée par Benozzo Gozzoli avec le fameux Cortège des rois mages.

La composition éclatante de couleurs représente à la fois un épisode religieux, une scène allégorique et une scène de la vie de cour.

Tout d’abord, les Rois Mages étaient considérés comme les saints patrons des princes et des rois. Les faire représenter dévoile toute l’ambition de Cosme pour la famille Médicis, qui par ailleurs était la patronne de la Confrérie des Mages.

De plus, elle reprend la symbolique des trois âges des rois : le roi du passé (le plus âgé) est Melchior, Balthazar est le roi du présent (le roi adulte), et Gaspard le roi du futur (le plus jeune, à gauche. Fig.5). Mais bien d’autres symboliques ternaires y ont été décelées (des saisons aux vertus théologales).

Mais en réalité, la scène représente un moment historique : l’arrivée à Florence des personnalités pour la tenue d’un concile, ce qui est également l’occasion de représenter des membres de la famille Médicis, ainsi que des Florentins contemporains.

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Figure 5 : Panorama des trois principaux murs décorés de la chapelle des Mages, dos à l’autel.

L’effet de magnificence et d’exotisme est accentué par la profusion des couleurs et l’utilisation de matériaux précieux (lapis-lazuli, or…). Cette œuvre paraît intemporelle : le paysage de style gothique flamboyant est presque paradisiaque, et la précision accordée aux visages et aux vêtements est typique de la Renaissance.

La Capella Maggiore, de la Basilica di Santa Maria Novella.

Construite à partir du XIIe siècle, c’est dans cette même église que l’on peut voir la fameuse Trinità de Masaccio, où l’artiste introduit un effet de trompe-l’œil et use d’une perspective déroutante. Mais notre intérêt se porte ici vers les fresques de Domenico Ghirlandaio derrière le maître-autel. Dans cette chapelle, les dessins des vitraux sont aussi de Ghirlandaio.

La chapelle est une commande de Giovanni Tornabuoni, datant de 1485-1490. Les fresques représentent des épisodes de la vie de la Vierge et de saint Jean-Baptiste. On pense que le jeune Michel-Ange, alors dans l’atelier du maître, aurait participé à ce chantier.

De manière surprenante, Ghirlandaio plonge ces scènes dans le quotidien florentin, à l’intérieur de palais princiers ou à l’extérieur, dans les rues de la ville. Il introduit plusieurs portraits de contemporains et de personnalités florentines. Une grande fraîcheur réaliste émane de ce cycle, d’autant que son état de conservation est excellent. C’est l’une des fresques les plus complètes de Florence, et pourtant, elle n’est presque pas mise en avant par les guides touristiques.

Sur le panneau en bas à gauche, Ghirlandaio s’est représenté se pointant du doigt.

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Figure 6

La scène la plus fameuse est la Nativité de la Vierge (Fig.6), où Giovanna Tornabuoni rend visite à sainte Anne. La scène se déroule dans un décor architectural tout à fait vraisemblable, qui peut donner des indices sur les décors et les ameublements historiques. La représentation des personnages est tout à fait réaliste : la nouvelle-née met naturellement un doigt dans sa bouche, comme les enfants.

La composition fraîche et dynamique de Ghirlandaio semble être directement l’héritière de Giotto, ainsi que de l’art de Masaccio.

La Cappelle Capponi, de la Chiesa Santa Felicità.

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Figure 7

Cette église de taille modeste (en rien comparable avec Santo Spirito ou Santa Croce) fut l’église de cour des Médicis, depuis qu’ils résidaient au Palazzo Pitti. La chapelle se situe immédiatement à droite en entrant, et dans sa pénombre, elle renferme la Déploration du Christ de Pontormo (Fig.7). Peinte entre 1525 et 1528 pour Ludovico Capponi, elle s’accompagne d’une Annonciation. A l’origine, la voûte était également décorée, mais il n’en reste que quatre médaillons.

La scène n’est pas une « descente de croix » (il n’y a en effet pas de croix), mais elle en a tout de même le mouvement général, tournoyant du haut vers le bas. Les corps sinueux et les visages effarés sont représentatifs du maniérisme, mais le caractère torturé de la scène est contrebalancé par les couleurs acides et chatoyantes. La Vierge s’évanouit, les yeux sont écarquillés, les muscles sont saillants, mais les couleurs sont harmonieusement disposées dans toute la composition. Ainsi, la déstructuration de l’espace et les gestes exagérés, propres au maniérisme, en sont comme adoucis. Voilà en quoi réside le caractère unique de l’œuvre la plus célèbre de Pontormo.

La Cappella di Eleonora, au Palazzo Vecchio.

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Figure 8

Commandée par Cosme de Médicis, la chapelle se situe au second étage du palais et est ornée de fresques par Agnolo Bronzino, réalisées en 1540-1545. Réservée à la dévotion personnelle d’Eleonora de Tolède, on peut y voir de épisodes religieux, qui renferment de manière évidente un message politique et dynastique. Pour réaliser ces décors, Bronzino commence par peindre à fresque puis achève à la tempera, ce qui donne ces couleurs riches et intenses.

 

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Figure 9

Autour d’une magnifique Déploration, se déploient des scènes bibliques (Fig.8) : scènes de la vie de Moïse et de la fuite dans le désert. Les fresques de la coupole représentent saint Jean l’Evangéliste à Pathmos, saint Jérôme pénitent, saint François recevant les stigmates et saint Michel Archange (Fig.9).

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Figure 10

Un peu surchargées, les compositions de facture maniériste n’en sont pas moins remarquables par leurs couleurs harmonieuses. Certaines figures, comme le Moïse du Passage de la Mer Rouge ou bien le Christ de la Pietà centrale, semblent inspirées de sculptures de Michel-Ange (Fig. 10).

Le message politique se trouve dans des scènes comme Le Passage de la Mer Rouge, où le peuple juif représente la famille des Médicis, plusieurs fois exilée. Leurs opposants recevraient le même sort que les armées de Pharaon, noyées dans les eaux qui se referment. On le trouve aussi dans la représentation de l’épisode du serpent de bronze, qui planté sur un piquet en forme de tau était censé guérir les Israélites mordus par des serpents. A l’origine les Médicis sont des médecins, mais au-delà de la dimension généalogique, cet épisode confèrerait une dimension curative et protectrice au nom « Medici ».

Les compositions figuratives complexes, doublées de motifs décoratifs qui se déploient hors de la narration sont caractéristiques du maniérisme tel qu’il était à la mode à la cour de Cosme.

*   *   *

Malheureusement, la plupart des chapelles et des églises florentines sont payantes, si l’on souhaite les visiter. Passée cette déconvenue, on peut se retrouver frappé par le syndrome de Stendhal devant les œuvres splendides qui couvrent les murs jusqu’à la voûte, et qui, surtout, sont extrêmement bien restaurées.

Depuis les années 1970 (suite à la grande inondation de 1966 qui a détruit une grande partie du patrimoine religieux), une campagne de restauration a été lancée, qui continue encore aujourd’hui. Nous Français, nous avons plutôt tendance à fuir les restaurations : on craint trop de restituer un état idéal et fictif, et non un état historique. Les Italiens ne partagent pas (ou moins) ces scrupules, ce qui donne des résultats somptueux, qui ne me laissent cependant pas douter de leur vraisemblance. C’est le cas des chapelles et églises que l’on vient de parcourir, mais c’est aussi le cas de couvents, comme celui de San Marco qui recèle les fresques de Fran Angelico, un des lieux les plus touchants de Florence.

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