Split : un flop?

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que je suis allée voir Split réalisé par Night Shyamalan et Zack Roberts. Les critiques étaient très positives et bien que n’ayant rien vu du réalisateur j’en avais eu de très bons échos. Sans compter que le script était prometteur : un homme aux vingt-trois personnalités est sur le point d’en révéler une vingt-quatrième probablement terrible et qui l’amène à séquestrer des jeunes filles dans un sous sol industriel. Plutôt classique en vérité mais le scénario semblait nous promettre un bon thriller et une bonne dose de frisson et de réflexion.

split_red

Le film commence, le spectateur est tout de suite ébloui par la patte de Shyamalan, des plans absolument magnifiques, des cadrages osés, les décors sont très sobres mais c’est avec un grand art que le réalisateur parvient à créer une atmosphère angoissante. James McAvoy qui détient le ou devrait on dire les rôles principaux parvient à développer le jeu et le panel de toutes les personnalités qu’il esquisse. Sa partenaire de jeu n’est pas en reste Anya Taylor Joy qui joue une des jeunes filles séquestrées : Casey. Elle met en place un personnage torturé, dont on comprend progressivement l’histoire à travers ses souvenirs. Cette jeune fille traumatisée par le viol d’un oncle qui est maintenant son tuteur reste incomprise du monde et de ses camarades qui ne connaissent pas ses souffrances. Le jeu des acteurs soutient très bien l’histoire et ils permettent véritablement de croire à la situation. James McAvoy qui souffre d’un trouble dissociatif de l’identité d’après les médecins, est atteint en réalité d’une maladie très rare inventée pour le film : ses personnalités ne sont pas simplement des personnages, il leur donne corps et cela se manifeste de façon physiologique. Par exemple une de ces personnalités : Jade est atteinte de diabète, tandis que Barry lui est en pleine forme physique, Dennis lui est même plus musclé et plus grand que la moyenne. Le docteur Fletcher, psychiatre est le seul à tenter de comprendre le fonctionnement de cette mystérieuse maladie non reconnue par ses confrères et qui semble toucher seulement les personnes ayant subi de grands traumatismes. Le film repose autour de la limite de cette maladie : permettrait-elle ou non à l’homme de se dépasser, serait-elle une forme d’évolution et quelles en seraient les conséquences ?

Cette idée qu’une espèce de dédoublement de personnalités donnerait accès à la toute puissance n’est pas nouvelle, elle est exploitée depuis les années 60 notamment dans Psychose ou Fight Club. Néanmoins on pourrait penser de prime abord que Shyamalan lui donne un nouveau souffle par ambiguïté de la situation et surtout par le personnage de Casey. En effet, le spectateur a toujours un doute sur la réalité de ce qui est en train de se passer. N’est ce pas le fantasme de Casey ? Peut-être même une thérapie. En effet, les parallèle entre les personnages de McAvoy et son oncle sont manifestes, des situations de ses souvenirs d’enfant se retrouvent à l’identique dans sa prison. N’est ce pas la métaphore d’une prison mentale que Shyamalan nous montre ? Le doute est permis jusqu’au dernier moment. De même, le personnage du psychiatre laisse planer le mystère sur ses intentions… Veut-elle aider les individus atteints de cette pathologie à mieux la contrôler ou au contraire veut-elle les pousser au plus mal, à leur ultime personnalité pour leur permettre de développer de nouvelles capacités surpuissantes et dangereuses mais qu’elle juge supérieures ? Toutes ces pistes de lectures enrichissent le film d’une grande possibilité d’interprétation qui est jouissive pour le spectateur. Malheureusement elles mettent en avant un défaut du film. Shyamalan a voulu développer beaucoup de pistes et tirer de nombreux fils, ainsi certains ne sont pas assez développés, simplement évoqués ou effleurés. Ce défaut empêche parfois une bonne lisibilité du récit et génère un autre écueil : celui de vouloir en dire trop. A force de vouloir développer les personnages le réalisateur nous dit pratiquement tout sur eux empêchant l’interprétation et perdant en puissance émotionnelle.

Mais tous ces défauts s’effaceraient bien vite s’il n’y avait pas la fin… Si cette fin n’existait je serais sortie satisfaite d’avoir vu un film réfléchi, certes avec des imperfections mais un bon film d’angoisse et de réflexion mais malheureusement cette fin existe… La révélation de cette fin est nécessaire pour critiquer justement le film, je vous invite à arrêter la lecture si vous ne souhaitez pas la connaître et de manière générale je vous conseille de quitter la salle avant cette fin si vous ne voulez pas gâcher votre soirée…

A la fin, donc Cassey est sauvée, on la retrouve dans le sous-sol d’un zoo et elle est prise en charge ; un cut est fait après un échange avec la policière qui vient lui annoncer l’arrivée de son oncle, on ne sait donc pas si elle le rejoint ou si elle refuse. Tout pourrait s’arrêter là mais pour une raison inconnue le réalisateur ou, je l’espère, le producteur a voulu rajouter une fin… qui tombe comme un cheveu sur la soupe… Ainsi le film s’achève sur deux scènes. La première est dans un bar, on parle du fait divers aux informations, réagissant à cette nouvelle, des clients font une référence au film Incassable de Shyamalan une auto-citation qui ne sert à rien si ce n’est à montrer l’orgueil démesuré du réalisateur. Cette citation est en plus déclamée par un célèbre chauve : Bruce Willis qui fait un caméo incompréhensible peut-être pour annoncer une suite… Supposition qui semble confirmée par la dernière scène où l’on voit McAvoy qui se parle devant un miroir en nous expliquant ce que nous venons de voir comme si on voulait nous résumer le film à nous spectateur inculte. Cette fin qui fait un peu scène post-générique Marvel© est non seulement inutile mais en plus gâche absolument tout le film… Elle le rend simpliste et empêche toute interprétation… Elle fait de Split un mauvais film alors qu’il aurait pu être un bon thriller psychologique… Le seul espoir reste la version director’s cut qui peut-être montrera que cette fin n’était pas celle prévue par Shyamalan mais en attendant la déception est rude et l’on sort de la salle avec un goût amer.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s