Miroir, ô mon beau miroir

C’est un objet commun, aux multiples symboles et légendes. Il faudrait le couvrir lors d’une période de deuil, le briser donnerait du malheur et se mirer longtemps en lui relèverait du narcissisme. Miroir, ô miroir, que veux-tu dire ? Le Louvre-Lens souhaite nous proposer quelques clefs de lecture par le biais de l’exposition « Miroirs » qui se déroule dans le Pavillon de Verre jusqu’au 18 septembre 2017.

Une thématique explorée

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Vue de la première salle

Cette exposition peut être scandée en quatre espaces distincts. Le premier traite du « miroir-objet » et son côté accessoire de la vie féminine ; le second de l’ « effet-miroir » et la notion de double qu’il entraine ; le troisième du « sensation-miroir » avec les sentiments qu’il promulgue. Quant au quatrième espace, on pourrait le considérer comme un « hors-les-murs ». C’est en dehors des trois salles circulaires qu’ont été placés des fauteuils accompagnés de miroirs  et casques qui expliquent chacun une oeuvre d’art. Cet outil de médiation ludique permet de se poser et de comprendre un peu plus les oeuvres qui parfois ne sont pas exposées sur place (exemple du Déjeuner sur l’herbe de Manet).

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Le choix d’une telle médiation qui touche le visiteur à la fin de sa visite n’est pas anodin. Ce sont des clefs de lecture et de partage qui sont proposées pour donner l’envie de visiter plus de lieux culturels mais aussi éviter de se sentir perdu face à une oeuvre inconnue. C’est une manière de faire comprendre l’oeuvre autrement, confortablement et intelligemment.

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Effet de perspective dans la troisième salle

C’est donc un certain aspect du miroir qui est développé autour d’une trentaine d’oeuvres exposées. Le but ici n’est pas de donner toutes les clefs de compréhension mais de créer des débats et des réflexions autour de thématiques simples. En effet, le miroir est un objet commun que l’on retrouve partout et qui peut se créer en un instant comme sur les vitres ou les plans d’eau. Le musée souhaite faire ici redécouvrir sous un autre angle des situations du quotidien du visiteur, qu’il soit citadin ou villageois.

Promouvoir le patrimoine local 

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Exemple d’un cartel

Cependant, cette exposition suit une volonté ancrée dans l’espace qu’elle occupe. Le Pavillon de Verre se situant au bout de la Galerie du Temps, et qui fait donc partie du cadre de la gratuité, est consacré à la promotion du patrimoine local. Cela peut se faire par le biais d’une exposition sur une thématique précise (exemple de l’exposition sur le RCL) ou par la présence d’oeuvres provenant de musées locaux. Les 34 oeuvres exposées proviennent de musées, FRAC et lieux culturels des Hauts-de-France. Chaque cartel d’oeuvre est accompagné d’une description du lieu prêteur. On peut donc découvrir des musées trop souvent sous-estimés comme celui de Laon, de Bergues ou de Saint-Omer. Des artistes de renom sont exposés mais c’est aussi le cas d’artistes plus discrets dont les nationalités ne sont pas que françaises. La thématique du miroir est un choix prétexte pour montrer un patrimoine riche. Le Nord de la France étant souvent qualifié de manière ingrate, ici, on souhaite montrer qu’un réel patrimoine existe et qu’il n’a rien à envier à ses voisins. Les oeuvres conservées dans cette région peuvent former de manière autonome une exposition riche et intéressante qui hélas doit s’adapter à la petitesse du lieu.

Mélanger les genres, les époques et les lieux 

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Rencontre inédite entre le Paysage à l’arc-en-ciel de Rubens (vers 1635) et Pique-nique sur le bord du canal de la Haute-Colme de Nefzger (2007)

Une autre volonté est de montrer un florilège d’oeuvres de l’Antiquité à nos jours et en faire parfois des rapprochements. C’est dans cette vision-là, multi-temporelle et multi-culturelle, que l’on retrouve une table-coiffeuse du XVIIIe siècle à côté d’un miroir étrusque du IIIe siècle avant Jésus-Christ. Les bonds géographiques sont la caractéristique de la Galerie du Temps, les bonds chronologiques sont l’apparat du Pavillon de Verre. On souhaite ici faire concorder toutes les oeuvres et montrer que dans nos civilisations il y a une logique continue. On retrouve sur un lécythe antique la représentation d’une femme se mirant, c’est ainsi que l’on représente aussi certaines femmes qui se font portraiturer au XIXe siècle. Plus de vingt siècles séparent ces représentations mais les schémas utilisés sont identiques mêmes si cependant la technique et le style sont différents.

C’est une courte visite nouvelle qui nous attend. Le Louvre-Lens joue encore une fois la carte de l’expérimentation en proposant une thématique originale avec des oeuvres locales et une manière d’exposer qui peut sembler contradictoire dans nos esprits. En effet, toutes les chronologies sont bouleversées pour réapprendre à regarder les oeuvres non pas pour leur qualité dans le temps mais pour leur usage premier, chose qui est souvent oubliée lorsqu’un objet prend place dans un musée.

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