Fermeture du musée Dapper : la Fondation quitte le XVIe arrondissement de Paris

La Fondation Dapper, officiellement créée en 1983 par Michel Leveau et son épouse Christiane Falgayrettes-Leveau, avait pour but originel de « promouvoir les arts traditionnels de l’Afrique subsaharienne ». Le 18 juin prochain, le musée Dapper, installé rue Paul Valéry dans le XVIe arrondissement, ferme définitivement ses portes.

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Ancien royaume du Danhomè (République du Bénin), Fon, Statue représentant le roi Glèlè, laiton, 105 cm, avant 1889 (par Huntondji Ganhu ?), Paris, Musée Dapper.

Dans un communiqué de presse, la Présidente, Christiane Falgayrettes-Leveau, donne les raisons de cette fermeture. La fréquentation, insuffisante, ne satisfait plus la Fondation. De plus, elle juge avoir atteint ses objectifs à Paris : l’art africain n’a plus besoin d’y être promu. C’est vers de nouveaux territoires, en Afrique et aux Caraïbes, que la Fondation va désormais accentuer ses efforts de mise en valeur de l’art africain.

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Ghana, Akan, Tête en terre-cuite du XVIIe siècle, Paris, Musée Dapper

Le musée Dapper, comme indiqué dans le communiqué, veut rester précurseur dans son domaine. Précurseur, en effet, il l’a été. En 1986, le premier musée Dapper ouvre ses portes à Paris, déjà dans le XVIe arrondissement. Il est alors le seul musée parisien à présenter l’art africain comme un art et non pas comme un témoignage ethnologique. En 2000, le musée tel qu’il existe aujourd’hui est inauguré dans un nouvel espace, avec une scénographie d’Alain Moatti. Les artistes contemporains sont présentés et la salle de spectacle permet d’accueillir des concerts et des conférences. Mais déjà l’art africain commence à être reconnu et l’ouverture du Musée du Quai Branly en 2006 double cette offre.

En parallèle, de nombreuses galeries d’art africain ouvrent à Paris, montrant que la reconnaissance est acquise (pour un certain milieu culturel parisien). Le musée du Quai Branly n’est pas vu comme une concurrence par la Fondation Dapper, puisqu’il est dans la continuité de son objectif de « promouvoir les arts traditionnels de l’Afrique subsaharienne ». 

Afin de rester précurseur, la Fondation devait rebondir. Déjà engagée en Afrique, elle va pouvoir accélérer ses efforts de promotion ailleurs qu’à Paris. Le public du musée Dapper était principalement parisien et la Fondation considère que ce public est désormais ouvert à cet art. L’existence du musée, par ailleurs situé dans un quartier dont les habitants sont culturellement favorisés et n’ayant pas de difficulté à accéder aux musées, semblait donc superflue. Mais, d’après les explications du communiqué de presse, ce n’est pas seulement le XVIe arrondissement qui est abandonné, mais la France métropolitaine dans sa totalité. Or il est évident qu’en dehors du microcosme parisien, la reconnaissance de l’art africain n’est pas encore acquise. Les actions de la Fondation auprès des scolaires seront certainement perpétuées, mais on ignore encore les choix qui seront faits concernant sa riche collection d’œuvres d’art : des expositions temporaires seront-elles encore organisées en France ? Un musée sera-t-il ouvert en Afrique ou aux Caraïbes ?

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République Démocratique du Congo, Kongo, Statuette nkisi, Musée Dapper, Paris

La Présidente de la Fondation clôt son communiqué par un paragraphe expliquant clairement quels sont ses nouveaux objectifs : « La Fondation Dapper aura plus de flexibilité pour réaliser des projets ambitieux et investir d’autres espaces. Dans un prochain communiqué, nous vous informerons de nos projets pour partager de riches expériences artistiques. Ainsi, les expositions et les manifestations que nous organiserons, contribueront, nous l’espérons, à développer dans des pays concernés, une dynamique au service de la (re)connaissance de leurs cultures, celles-ci étant tout à la fois porteuses des héritages et du devenir des sociétés de l’Afrique et de ses diasporas. »

Pour finir en beauté, la dernière exposition du musée, visible jusqu’à la fermeture le 18 juin, est consacrée aux chefs-d’oeuvre d’Afrique de la Fondation Dapper. L’occasion ultime pour voir rassemblées toutes les œuvres majeures de la collection.

La fermeture du musée paraît logique, ce n’est pas depuis le cœur du XVIe arrondissement que l’Afrique pouvait continuer à rayonner par son art. Mais son installation dans ce quartier était nécessaire à sa reconnaissance. En fermant son musée, la Fondation montre son ambition en faveur d’une promotion universelle des arts africains. Le public parisien est acquis, certes, mais en quittant le XVIe arrondissement pour des territoires beaucoup plus éloignés, la Fondation semble abandonner tous les autres territoires français qui pourraient bénéficier de cette ouverture culturelle. Les actions culturelles auprès des scolaires seront sans doute accentuées, mais auront-elles le même impact si les œuvres ne sont plus visibles au musée ? L’avenir nous dira si les choix de la Fondation seront réellement payants. En attendant : courrez au musée !

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