La réhabilitation de Médée

Médée est connue dans la culture générale comme la mère infanticide. Ce personnage est pourtant bien plus que cette présentation simpliste. Voici Médée, comme je la vois.

Après avoir lu trois versions du mythe, je suis tombée en admiration devant le personnage de Médée et n’arrêterai jamais de m’offusquer devant la présentation qui en est faite. J’ai lu les pièces d’Euripide, Sénèque et Corneille. Celle de Sénèque m’a le plus marqué mais les trois ont leurs qualités et proposent des variations du mythe qui permettent d’en voir toutes les nuances.

Entrée en matière

Médée est une princesse, fille d’Aiétès, roi de Colchide, pays non grec et donc barbare dans la culture de l’époque. Médée est aussi une descendante d’Hélios, dieu du soleil et une puissante magicienne.

Alors qu’elle était encore jeune, Jason arrive en Colchide pour récupérer la Toison d’or, jalousement gardée par le roi Aiétès. Cette épreuve fut imposée au héros grec par son demi-frère Pélias, qui s’empara ainsi du pouvoir.

Ce qu’il faut savoir de Médée c’est qu’elle est une femme qui est tombée passionnément amoureuse : elle use de ses pouvoirs pour aider Jason dans ses épreuves ; sans elle, il n’aurait jamais réussi à s’emparer de la Toison. Le roi Aiétès, furieux que son trésor soit pris, poursuit Jason et ses compagnons les Argonautes. Médée fuit avec eux et pour s’assurer leur réussite, tue son frère venu à leur poursuite et le découpe. Les cultes funéraires de l’époque réclamait que le corps soit entier pour avoir une sépulture digne. Le roi est donc ralenti puisqu’il dû récupérer chaque morceau du corps de son fils. Médée en profite donc pour prendre de l’avance.

Rentrés à Iolchos, la ville natale de Jason, ils découvrent que son demi-frère Pélias a usurpé le pouvoir qui revenait au héros. Pour le venger, Médée trompe les filles de l’imposteur, leur faisant croire que sa magie va rajeunir leur père. Mais bien au contraire, cela va le tuer. Le fils de Pélias, Acaste, bannit alors le couple qui se réfugie à Corinthe.

La tragédie

Vient alors l’histoire tant adaptée au théâtre.

Médée, Jason et leurs enfants sont accueillis par Créon et sa fille Créuse. Rapidement, Acaste et son armée font pression sur la ville de Corinthe. Créuse et Jason se séduisent l’un l’autre et Créon assure son soutien à Jason à condition que Médée quitte la ville.

Les versions divergent sur un point en particulier : parfois Médée demande que ses enfants ne soient pas chassés avec elle, d’autres fois elle n’en a pas le choix et malgré ses supplications, ils lui sont arrachés.

Médée doit partir en exil pour ses crimes mais elle s’en défend puisqu’elle assure que, agissant uniquement pour le bien de Jason, celui-ci est autant responsable qu’elle. Cependant Créon ne l’écoute pas, Jason est un héros grec et elle une magicienne barbare, ses crimes sont alors impardonnables.

Jason compte se marier à Créuse et cette dernière demande en retour la robe de Médée. Pour se justifier auprès de Médée, Jason dit simplement qu’il doit craindre la réaction de Créon puisque c’est un roi. Médée lui oppose qu’elle doit être crainte avec plus de force.

Elle met donc en place sa vengeance en empoisonnant sa robe que ses enfants vont porter à la future mariée. Cette dernière va être dévorée par le poison qui tue aussi son père Créon lorsqu’il va tenter de l’aider.

Les enfants de Jason et Médée ne sont jamais sur scène ni ne parlent. Dans la version d’Euripide, Jason lui-même veut les tuer pour blesser Médée mais arrive trop tard.

L’infanticide, bien qu’impardonnable, est expliqué par Médée elle-même. Ce sont ses enfants, elle les aime mais leur père est Jason. Ils n’ont donc pas d’identité autre que d’être le dernier lien restant entre Médée et Jason.

Après les avoir tués, Médée disparaît sur le char du dieu Soleil.

Le féminisme

Le personnage de Médée peut être considéré comme féministe, malgré les intentions des auteurs. C’est une femme forte, puissante, sur qui se repose l’homme qu’elle aime et c’est cet amour qui la mène à la folie destructrice et vengeresse finale.

Médée, pour le monde de l’Antiquité, est une abomination, à une époque où les femmes sont le plus souvent confinées dans le gynécées des maisons : elle est l’inverse de la femme grecque.

Médée est une exilée, étrangère dans son pays natal depuis sa fuite avec Jason, étrangère chez les Grecs qui la craignent. Elle n’atteint sa véritable place qu’à la fin de cette pièce où, libérée de ses attachements à Jason, elle s’en va sur le char divin. Son histoire pourtant ne s’arrête pas là mais ce n’est pas le propos de cet article.

Jason est un homme faible et lâche, abandonnant sa femme pour son propre confort. Il utilise la puissance de Médée quand cela lui vient en aide, mais lui reproche ses pouvoirs lorsqu’ils deviennent une menace.

Je vous mets ici un passage de la pièce de Sénèque. Il s’agit d’un échange entre Médée et sa nourrice au début de la pièce qui présente bien le personnage.

« LA NOURRICE : La Colchide est bien loin, ton époux n’a pas respecté son engagement et il ne te reste rien d’une si grande puissance.

MEDEE : Il me reste Médée ; en elle, tu vois la mer et la terre, le fer et le feu, les dieux et la foudre.

N: Tu dois craindre le roi.

M: Mon père était roi.

N: Tu ne crains pas ses armées ?

M: Non ! Quand bien même elles surgiraient de la terre !

N: Tu mourras.

M: C’est mon souhait.

N: Prends la fuite.

M: Je me suis repentie de l’avoir fait.

N: Médée…

M: …de nouveau, je vais l’être.

N: Tu es mère.

M: Tu vois pour qui je le suis. »

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