La Petite Galerie par Jean-Luc Martinez à Fontainebleau

Du 2 au 4 juin se tenait à Fontainebleau le festival de l’Histoire de l’Art. Cette année, la nature et les Etats-Unis d’Amérique étaient mis à l’honneur. Mais ces deux thématiques ne font pas toute la programmation et de nombreuses conférences, tables-ronde et ateliers prenaient appui sur des faits d’actualité. Le vendredi 2 juin, Jean-Luc Martinez, directeur du Musée du Louvre,  présentait lors d’une conférence cet espace qui tend à être connu : la Petite Galerie

La Petite Galerie, pièce d’un puzzle géant

Cette Petite Galerie du Louvre est un projet artistique, éducatif et culturel qui a bientôt trois ans. Elle fait partie d’une mission de modernisation du Louvre pour que celui-ci puisse être un réel musée du XXIe siècle. Le but des rénovations est de rendre le Palais plus accueillant, tout en présentant les différentes collections nationales. Cela passe par l’espace sous la Pyramide, qui est elle-même une oeuvre d’art, mais aussi par le Pavillon de l’Horloge nouvel espace dédié à l’histoire du lieu, du Moyen-Âge à aujourd’hui.

Cependant, un grand enjeu est d’animer l’aile Richelieu qui est connue pour ses cours vitrées mais la moins visitée du musée. La Petite Galerie joue alors un rôle clef.

Beaucoup de touristes de toutes nationalités visitent le Louvre chaque jour, c’est-à-dire en même temps que les familles et scolaires. Il fallait trouver pour ces derniers un espace spécifique afin de les extraire de ces flux : la Petite Galerie intervient alors. D’ici deux ans, elle sera complétée par des ateliers, fruits des expériences menées au Louvre-Lens.

« La langue des musées, c’est la présentation des oeuvres » Jean-Luc Martinez

Pluralité des arts et contraintes spatiales

Un des buts de cette galerie est de présenter une part des collections sous forme d’expositions temporaires longues de dix mois, c’est-à-dire l’espace d’une année scolaire. Cela permet de développer des outils mais aussi de créer des partenariats avec des rectorats, chose impossible sur une exposition de trois mois.

L’espace de la Petite Galerie représente une surface de 300m2 répartie en quatre salles aux multiples contraintes qui permettent d’accueillir soixante oeuvres maximum. L’enjeu n’est alors pas de tout montrer mais d’introduire une notion. Cette galerie s’ouvre sur une cour vitrée de l’aile Richelieu, permettant ainsi à cet espace d’être visité.

Les collections présentées semblent alors plus accessibles et chaque public a sa propre démarche. Ce n’est pas « un art » qui est traité mais « les arts » donc les collections du Louvre sont incomplètes. La Réunion des Musées Nationaux est alors sollicitée. Par exemple, pour l’exposition « Les Mythes Fondateurs », des œuvres provenaient du Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye, du musée d’Orsay, du Musée des Arts Asiatiques-Guimet ou encore du musée Quai Branly – Jacques Chirac. C’est donc une offre permettant une ouverture chronologique et culturelle.

Une grande ambition est de donner les outils au visiteur pour qu’il puisse comprendre aussi les autres oeuvres que le musée abrite. Cela passe notamment par la matérialité de celles-ci. Les explications des matières et techniques sont adaptées à chaque âge. Lors de la première exposition qui était pour un public du primaire à la 6ème, des matières pouvaient être touchées. L’exposition actuelle étant pour des adolescents et jeunes adultes, des vidéos sont préférées. L’enjeu n’est pas d’être un « musée des enfants » mais un espace plus ludique qu’un « musée lambda » et surtout plus adapté à la compréhension du public.

L’espace doit aussi être accessible aux handicapés, chose difficile pour le Louvre qui a comme base architecturale un palais.

Le problème de l’écrit

70 % des visiteurs du Louvre qui arpentent les nombreuses salles sont étrangers. Par conséquent, il y a le besoin de rédiger en anglais. De nombreuses études du public ont démontré qu’un visiteur ne lisait le cartel que s’il était en recherche d’informations sur une oeuvre précise et qu’il ne prenait pour cela que trois minutes maximum. Il faut donc mettre en avant dans les écrits les clefs principales pour la compréhension de l’oeuvre. Mais, l’Histoire de l’Art est une discipline aux accents scientifiques qui a un vocabulaire propre. Par exemple, les termes « contrapposto », « scène de genre » et « jambe portante » ne sont pas forcément compris par le grand public mais ce n’est pas une raison pour les supprimer ; au contraire, il faut les rendre compréhensibles.

L’écrit passe aussi par le biais de livres et livrets qui sont spécialisés pour les adultes, le corps enseignant et les enfants. Pour compléter la visite, une application mobile a été créée ainsi qu’un site internet. Le but de ces dispositifs est de rendre le public de proximité initié et autonome.IMG_7281

Vers de nouvelles manières de vivre le musée

Cet espace est donc le théâtre de nombreuses expérimentations. Parmi elles, l’ouverture du Louvre le mardi qui est un jour de fermeture. Cela permet d’accueillir les maternelles mais aussi les personnes souffrant d’un handicap pour leur permettre une visite sereine.

Les expérimentations sont aussi « hors-les-murs » comme la présence du musée depuis quatre ans à Paris-Plage. Des éléments de l’exposition de l’année de la Petite Galerie sont réutilisés sur ces berges de Seine.

Il y a aussi un travail avec les institutions de régions comme l’itinérance des expositions. En effet, l’exposition « Les Mythes Fondateurs » a été présentée cette année au musée Gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal.

D’autres actions sont aussi réalisées dans le cadre de l’ouverture du musée. Cela peut être sa présence dans des prisons, des hôpitaux, des universités, des usines et des supermarchés. C’est donc atteindre des personnes qui ne peuvent pas se déplacer pour se rendre au musée, notamment les 25 – 60 ans qui, étant actifs professionnellement, travaillent lors des horaires d’ouverture. Pour cette catégorie de personnes, le but n’est alors pas de créer un musée de seconde zone mais leur donner l’envie de fréquenter le lieu in situ

L’envie de revenir

La difficulté n’est pas réellement de donner l’envie à quelqu’un d’aller au musée mais de lui donner l’envie d’y revenir. Pour se faire et concorder avec la politique établie, la Petite Galerie a créé un parcours dans les salles pour poursuivre l’exposition. Changeant tous les trois mois, il donne l’envie au visiteur de revenir pour découvrir, clefs en main, les oeuvres qui sont restées dans les salles. C’est aussi une manière de leur donner une nouvelle importance. Ainsi, une dynamique est créée au sein même d’une exposition temporaire. Des cartels ont été spécialement disposés près des oeuvres choisies. Pour l’exposition « Corps en mouvement », le premier trimestre se concentrait sur les sculptures françaises, le second sur les peintures italiennes de l’aile Denon et le troisième dans les départements des Antiquités grecques, étrusques et romaines.

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