Madame Rimsky-Korsakov par Winterhalter

Le Second Empire marqua les esprits en France. Période faste pour la cour royale qui vivait dans une certaine exubérance, où les bals se mêlaient aux réceptions officielles, dans des tournoiements de crinoline et de regards chargés de sous-entendus. Franz Xaver Winterhalter est un peintre qui a vécu cette période mouvementée mais qui y a aussi pris part en étant un des portraitistes les plus en vogue. Des portraits officiels aux plus intimes, tous les aristocrates d’Europe souhaitaient avoir le leur. On lui doit de nombreux chefs-d’oeuvre qui sont aujourd’hui des symboles de cette période. Parmi eux, le portait intime de Madame Rimsky-Korsakov, aristocrate russe vivant en France à la cour de l’impératrice Eugenie, réalisé en 1864. Dépôt du Louvre au musée d’Orsay, il voyage beaucoup en étant exposé début 2017 au Palais Impérial de Compiègne dans le cadre de l’exposition « Franz Xavier Winterhalter, Portraits de cour entre faste et élégance » et en ce moment il prend part à l’exposition « Christian Dior, couturier du rêve » au Musée des Arts Décoratifs.

Le Peintre

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Autoportrait avec son frère par Hermann Winterhalter et conservé à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe ( Allemagne ).

Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) est un peintre allemand. A 13 ans, il est envoyé chez Karl Ludwig Schuler à Fribourg-en-Brisgau où il est formé au dessin et à la lithographie. Etudiant à Munich avant de voyager à Rome au début des années 1830, il trouve sa spécialité qu’est le portrait en s’installant dans le duché de Bade en 1833. Un an plus tard, il part à Paris et restera dans cette ville jusqu’à sa mort en 1870. Cependant, en étant un portraitiste apprécié par toute l’Europe, il effectura de nombreux voyages en Prusse, en Angleterre et en Espagne.

Il travailla notamment avec un de ses frères, Hermann Winterhalter, qui est lui aussi portraitiste de profession. Comme son ainé, il suit une formation chez le même maitre et part étudier dans les mêmes villes. Peu d’informations lui sont connues, cependant il a longtemps collaboré à l’Oeuvre de Franz Xaver qui lui partageait son atelier.

Varvara Dmitrievna Mergassov

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Le portrait exposé dans le cadre de « Christian Dior, couturier du rêve » au Musée des Arts Décoratifs

Fille d’un riche marchand de Kostroma, Varvara Dmitrievna Mergassov est née le 1er février 1833. Elle se marie à seize ans avec un comte russe nommé Nicolai Sergueevitch Rimsky Korsakov. Ensemble, ils eurent trois enfants.

La famille Rimsky Korsakov était très connue à Moscou car elle y organisait de nombreux et prestigieux bals. Mais les choses se modifient avec l’éclatement de la guerre de Crimée. L’époux part à la guerre et en revient totalement changé, c’est le début de la fin pour ce jeune couple. Ils divorcent au début des années 1960, Varvara part alors vivre en France. Elle se lie d’amitié avec la comtesse de Castiglione et entre en même temps qu’elle à la cour des Tuilleries et, comme elle encore, fait partie des maitresses de l’empereur Napoléon III. Elle devient célèbre pour ses tenues extravagantes qu’elle porte lors des bals. Son costume tiré de Salammbo de Flaubert, porté lors d’un bal de l’hiver 1863, resta dans les annales. Sa beauté, qui ne fanait pas avec les années, fit qu’on lui donna le surnom de « Vénus tartare » et lui accorda aussi une multitude d’amants.

Après la chute de l’Empire, elle part vivre à Nice où elle y décède le 18 décembre 1878.

On lui connait environ cinq portraits peints par Winterhalter.

Une sensualité décuplée

Ce tableau était destiné à son mari mais il serait plus probable qu’il soit un présent à un amant. On retrouve tout le talent de Winterhalter par le teint délicat, le vêtement précis et la chevelure détaillée. Il met en scène un arrêt sur image d’un mouvement vif, transformant le spectateur en voyeur. En effet, Madame Rimsky-Korsakov semble surprise. Sa tête tournée porte son regard vers un endroit en dehors du tableau et elle pose sa main gauche sur le dossier d’une chauffeuse, seul élément mobilier présent, comme si elle s’était bougée brusquement. De sa main droite, elle retient sa chevelure dénouée mais aussi son peignoir tombant qui laisse distinguer les formes d’un corset et d’une cage de crinoline. On peut donc situer ce moment lors de l’élaboration d’une coiffure grâce à la présence de ce dit peignoir à coiffer.

Ces éléments caractérisent un portrait dit intime, peinture réalisée pour la seule vue d’un être aimé et qui était précieusement gardée dans le bureau ou cabinet de celui-ci. Winterhalter est un peintre fidèle des cours et les femmes ne s’intimident pas à poser pour lui, il réalisa donc de nombreuses oeuvres prenant part à cette catégorie.

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© Musée d’Orsay, Paris

La chevelure dénouée est symbole au XIXe siècle d’érotisme. En effet, le fait qu’elle ne soit pas maitrisée renvoie à la bestialité et au plaisir. Une chevelure devait donc toujours être en ordre et à la dernière mode pour montrer une bonne manière de vivre et une aisance financière. Cela se spécifiait notamment dans les bals donnés à la cour. Noeuds, fleurs et bijoux se retrouvaient, entre-autres, savamment posés et assortis. Pour tenir convenablement, ces coiffures nécessitaient beaucoup de temps mais aussi de nombreux cosmétiques. Souvent gras, un peignoir à coiffer devait être porté lors de l’élaboration afin de ne pas endommager la tenue.

Le peignoir qu’elle porte, de mousseline blanche agrémentée de dentelles et de velours bleu, est aussi un bel exemple de la virtuosité du peintre. En effet, Winterhalter s’est notamment fait remarquer pour sa manière de rendre les toilettes. On distingue la légèreté et la transparence d’une mousseline de soie qui révèle une peau diaphane mais aussi des liens de velours bleu. Le miroitement de celui-ci est remarquable par les différentes teintes qui lui sont apposées avec une seule source de lumière. Les ornements de dentelle rajoutent de la richesse au costume et mettent aussi un peu de poids, même si, dans la réalité, ils devaient être plutôt légers. Mais, ce qui importe le plus, c’est la forme même du peignoir. La mode du Second Empire est marquée par une vague d’historicisme par le biais de l’impératrice Eugénie qui souhaitait retrouver la grandeur de la royauté du XVIIIe siècle. De cette idée découlait la volonté de mieux asseoir le pouvoir de l’Empire dans un siècle très troublé politiquement. Cela passe notamment par le vêtement, symbole visuel de premier ordre, dont elle emprunte et modifie des formes du siècle précédent. Le peignoir que porte Madame Rimsky-Korsakov reprend la forme de la robe volante, forme de robe de jour qui eut du succès dans le premier tiers du XVIIIe siècle.

Ce portrait de Madame Rimsky-Korsakov est donc une peinture phare de l’Oeuvre de Franz Xaver Winterhalter. Premièrement, il montre un instant de vie de l’intime mis en scène, chose rare. Deuxièmement, il permet d’apercevoir les vêtements portés à ce moment-là et dont les vrais exemplaires ne sont pas arrivés en grand nombre jusqu’à nous. Enfin, il permet aussi de comprendre un peu mieux cette femme haute en couleurs qui fit couler beaucoup d’encre par ses relations, attitudes et actions.

Indication bibliographique : Catalogue de l’exposition « Franz Xavier Winterhalter, Portraits de cour entre faste et élégance » présentée au Palais Impérial de Compiègne, 30 septembre 2016 – 15 janvier 2017.

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