Exposition d’Edouard Solorzano : un sculpteur peintre

Les visiteurs se sont succédés durant l’exposition intitulée « Mémoires », sur les dernières œuvres picturales du luzien aux multiples techniques Edouard Solorzano.

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Cet artiste, qui a exploré successivement divers médiums, a exposé ses toiles, fruit d’un travail de quinze mois, à l’espace Larreko de Saint-Pée-sur-Nivelle du 17 juillet au 17 août 2017. La salle, lumineuse, a permis un accrochage répondant aux exigences du peintre en matière de disposition et d’éclairage. Vingt-six toiles ont ainsi été proposées aux visiteurs.

Édouard Solorzano a choisi, non pas de raconter des histoires, mais d’en faire des sujets à traiter picturalement à sa manière, avec la volonté de proposer sa propre version de ces récits de l’humanité. Ces tableaux sont inspirés de la Bible, de la et les mythologie(s), de l’Histoire en général, et un nombre conséquent sont à aborder comme des  hommages rendus à des peintres, sculpteurs, poètes, qu’il affectionne particulièrement ( Paul Valéry, Federico Garcia Lorca, Ingres, Rimbaud par exemple ). C’est la raison pour laquelle il a nommé cette exposition « Mémoires », sorte de fil conducteur, menant à une peinture sur la guerre qui a fait rage au Moyen-Orient ou à un tableau réunissant une revisitation du « Radeau de la Méduse » de Géricault et de la « Vague » d’Hokusai, intitulé « À la mémoire des disparus en Méditerranée ».

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On peut en effet définir la peinture comme le propose Maurice Denis :

« Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées »

Mais l’on pourrait sans doute compléter cette définition, aux dires de l’artiste, à la lumière de ce qui se fait aujourd’hui, et il n’est nullement interdit de se servir de la figuration pour s’exprimer en peinture. Certains diktats ont longtemps banni la figuration pour prôner l’abstraction.

Les visites guidées ont permis aux visiteurs de s’arrêter, chacun selon ses goûts ou ses questionnements, sur telle ou telle œuvre, et de se voir proposer de multiples pistes d’exploration tout en ne perdant pas de vue le fil conducteur. Fil conducteur ou fil d’Ariane, d’ailleurs, tel celui que l’on trouve sur l’œuvre intitulée « Thésée et le Minotaure », qui propose le combat de ces deux mythes sous forme figurative, et dans le tiers de droite, des signes plus ou moins abstraits se voulant rappeler les méandres du labyrinthe construit par Dédale pour préserver la population de la violence démesurée du Minotaure. Seul Thésée, jeune fils du roi Égée, faisant partie du tribut annuel de jeunes hommes sacrifiés à la bête, décida de le combattre, avec succès, à mains nues, mettant ainsi fin à la malédiction.

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« Pasiphaé », quant à elle, raconte l’histoire de l’union innommable entre la femme de Minos et le superbe taureau blanc offert par Poséïdon pour donner légitimité à Minos sur le royaume de Crète, en échange du sacrifice de l’animal. Minos ayant gardé ce magnifique taureau dans son cheptel, voulut tromper le dieu en lui sacrifiant un autre animal. Il fut puni par Poséïdon pour ne pas avoir respecté son engagement en inspirant à Pasiphaé un amour « monstrueux ».

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Il est intéressant d’observer le choix pictural du traitement de la vache en faux bois, et la vision de Pasipahaé à travers une lunette non licencieuse révélant la femme dans toute sa sensualité.

Federico Garcia Lorca lui a inspiré ce magnifique « Llanto por Ignacio Sanchez Mejias », où le torero est projeté, mortellement blessé, sur le dos du taureau, dans une lumière jaune, celle qui porte malheur dans le monde de la tauromachie. À droite, le ciel s’obscurcit sur les montagnes andalouses et une horloge improbable indique, comme dans le poème de Lorca, « Eran las cinco en punto de la tarde ». Les deux parties, qui pourraient paraître séparées, se rejoignent sur une zone marquée par une croix blanche.

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Une autre de ses œuvres, intitulée « Les pèlerins d’Emmaüs » propose un traitement en « V » à la fois géométrique ( Jésus simplement dessiné, privé des traits de son visage, et pour cause… ), et picturalement fort intéressant. Le personnage est baigné d’une immense lumière blanche, et l’un des pèlerins porte un manteau qui, une fois encore dans le travail exposé, propose un faux collage. Ce travail se trouve également dans « Suzanne et les vieillards », où l’artiste s’est plu à proposer un paysage de nature cézanienne.

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On retrouve le travail du sculpteur dans plusieurs œuvres, notamment le drapé du deuxième pèlerin dans « Les pèlerins d’Emmaüs », mais aussi dans le « Don Quichotte », où les cuisses du cheval sont sculpturales. Et, bien évidemment, dans « Le pardon de Bonchamps », qui raconte le geste magnifique du général Bonchamps sur son lit de mort, demandant à ses soldats de ne pas exécuter les centaines de prisonniers républicains. L’histoire nous apprend que parmi les descendants de ceux-ci, un jeune homme est devenu le grand sculpteur David d’Angers, qui a lui-même réalisé une sculpture somptueuse sur ce thème. La peinture de Solorzano est ici proposée sous forme de triptyque, avec cette main sublime levée vers le ciel à l’aube de la mort. Le visage est comme partagé entre les deux parties de droite du triptyque, encore ici, déjà parti…

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L’Histoire avec un grand « H »  et la mythologie basque sont aussi présentes dans « Akelarre à la Rhune ». Aker signigie bouc en basque ; larre la terre et akelarre le sabbat. La Rhune est la plus haute montagne en Pays Basque Nord qui domine Ascain et Saint-Pée sur Nivelle, où le château fut le témoin effroyable de nombreux procès, tortures et meurtres de femmes innocentes. Ce tableau nous ramène à un pan particulièrement cruel de 1609 où Pierre de Lancre obtint du Parlement de Bordeaux la mission d’éradiquer les sorcières. Le traitement pictural très stylisé, les couleurs choisies, toutes de gris, noir, blanc et vert sombre, captent le regard qui, après s’être arrêté sur cette masse de gens pris dans la terreur, sur la jeune femme baignée dans la lumière, sur l’Akerbeltz ( le Bouc Noir ou le Diable ), va découvrir dans le haut du tableau deux personnages historiques qui sont là pour rappeler que le mal peut toujours se manifester.

 

« Par définition – nous révèle Édouard Solorzano -, la peinture s’exprime par des couleurs, la sculpture et l’architecture par des volumes, la musique par des sons et la littérature par des mots. Toutes ces « disciplines » sous-entendent des notions d’accord, de contraste, de chromatisme, de rythme, de proportions, voire de dissonances. Quant à ce que doit ou peut recevoir le spectateur, en l’occurrence pour la peinture, c’est ce que l’on appelle la sensation, le plaisir esthétique, l’émotion ou, quelquefois, le questionnement. Peu importe ce que l’on désigne par le terme vulgaire de « vécu » de l’artiste. L’essentiel reste l’œuvre. »

Article écrit par Isabelle Aguirre
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