Un passionné allemand

Paris, la Seconde Guerre Mondiale, l’Art. Un trio qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, autant en scénarios qu’en recherches historiques et judiciaires. C’est au tour de Manuel Benguigui de signer un roman ayant pour thématique la spoliation d’œuvres d’art par les allemands sous un Paris occupé.

— L’auteur

Manuel Benguigui est avant tout un passionné d’art. Ce parisien de naissance travaille à la galerie Meyer à Paris mais est aussi traducteur. La galerie Meyer peut vous sembler familière car étant basée à Saint-Germain-dès-Prés, elle est spécialisée en arts d’Océanie. Il signe, avec Un collectionneur allemand, son très prometteur premier roman qui mêle douceurs romancées à souhait sur fond historique.

— Un roman presque en légèreté

Il vous faudra un ou deux jours de vacances ou quelques jours dans le métro (les cours chapitres permettant de ne pas être interrompu trop facilement) pour manger ces pages publiées aux éditions du Mercure de France. Un roman qui se lit d’un trait, qui a un ton tendancieusement léger et des métaphores rêveuses alors que la réalité qui se cache derrière les mots est plus sombre. Ludwig, passionné d’art doit prendre part à la Première Guerre Mondiale. Il ne vit que pour les oeuvres et se retrouve à faire parvenir des catalogues d’exposition d’un peu partout le monde pour se satisfaire et tenir le coup lors de cette période trouble. A l’entre-deux guerres, il étudie de manière plus approfondie la peinture, sa préférence. La Seconde Guerre Mondiale éclate et il n’a pas envie de retourner au front. Après de nombreux arrangements, il obtient un poste à Paris, à l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg für die besetzten Gebiete) qui se situe au Jeu de Paume, et part à la chasse aux oeuvres d’art, les perquisitionnant pour remplir les poches du Reich mais aussi de Goering.

IMG_8543C’est de cette période parisienne que traitent les quelques 150 pages du roman. Ludwig, dont le nom de famille nous est inconnu, nous devient tantôt chaleureux tantôt cruel. Une promiscuité est établie, même si seule la troisième personne du singulier est utilisée. C’est tantôt par un langage aux accents familiers comme des expressions du type « Passé la mi-42 », tantôt des dialogues passifs qui nous semblent vifs, tantôt des figures de style rendant le paysage rêveur. La gravité des faits n’en devient que risible. Goering est tourné au ridicule à maintes reprises, laissant surgir un léger sourire sur les lèvres du lecteur. Une décadence décrite comme il se doit, comme l’Oeuvre d’un artiste. L’Art est vraiment la thématique principale, le motif de vie de nombreux personnages. Un amour pour une femme naissant d’un coup de foudre et d’une comparaison avec un tableau italien de la Renaissance. Les plus romantiques seront ravis et verseront une larme. Les amoureux des tableaux en verseront plusieurs.

Tout est bien calibré et posé. Les petits chapitres permettent une lecture coupée et agréable mais aussi de passer d’un élément à un autre de manière plus facile. En effet, la période narrée est large. Le début mettant en place la psychologie du personnage principal puis la Seconde Guerre Mondiale est parcourue de son début à la fin et même un peu plus loin. C’est donc une bouffée d’art et d’histoire mêlant divers sentiments puisque l’on pourrait croire à ces histoires qui ne sont que narration sur la base d’éléments historiques.

— Une thématique en vogue

La spoliation d’oeuvres d’art par les nazis et la restitution de celles-ci après la Seconde Guerre Mondiale est un sujet populaire chez nombre de personnes passionnées d’art, d’histoire et de droit. En effet, beaucoup de familles privées de leurs biens ont essayé de les récupérer, menant de véritables chasses au trésors. Celles-ci ont notamment inspiré le cinéma comme Monuments Men de George Clooney sorti en 2014 avec Jean Dujardin au casting mais aussi La femme au tableau de Simon Curtis sorti en 2015 qui reprend cette thématique sous un angle différent et actuel sur la base de faits réels. Chaque approche a un angle différent et ce roman le démontre encore une fois.

Mais ce sujet, avant d’être romancé, est réel. Beaucoup de personnalités s’en sont saisies autant au niveau du droit que de l’histoire. Il a fallu retrouver les dites oeuvres qui étaient souvent disparues car cachées, pillées ou détruites. Les pertes sont immenses et la guerre a donc fait beaucoup de dégâts avec les musées et monuments bombardés ainsi que le pillage nazi. Aujourd’hui encore, cette période est exposée comme ce fût il y a quelques mois lors de l’exposition « 21 Rue de La Boétie » au Musée Maillol à Paris. Mais, chose nouvelle, n’importe quelle exposition peut être touchée par ces affaires de spoliation. En effet, l’exposition « Pissarro, le premier des impressionnistes » au Musée Marmottan-Monet a fait parler d’elle pour une de ses toiles : La cueillette des pois datant de 1887. Cette oeuvre, prêtée par un collectionneur privé, est recherchée depuis plus de cinquante ans par les descendants de Simon Bauer, collectionneur et propriétaire qui se l’ait vu confisquée en 1943. L’oeuvre, parait-il, a navigué entre maisons de vente et acquéreurs avant de se retrouver chez les Toll, ses derniers propriétaires, en 1995 par le biais d’une vente de Christie’s à New York.

Nombreux sont les tableaux plus ou moins connus et plébiscités qui se sont retrouvés dans des petits musées de province et greniers de particuliers, pour être protégés par quelques âmes sensibles à leur sort, avant de tomber dans l’oubli ou de suivre anonymement la voie du commerce. L’Histoire à leur sujet n’a pas finie d’être écrite.

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