De Georges d’Amboise à Gaston d’Orléans, deux expositions pour deux grands mécènes de l’Epoque Moderne

Jusqu’à la mi-octobre, deux expositions abordent la thématique du mécénat à l’Epoque Moderne. La première, à Évreux, traite du mécénat du cardinal d’Amboise autour de 1500, notamment au travers de la construction de son château de Gaillon. La seconde, à Blois, traite du mécénat de Gaston d’Orléans, frère cadet de Louis XIII, qui mène vie de cour dans cette même cité. Dans les deux cas, le département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France fait figure de principal prêteur, montrant l’importance des livres pour ces grands mécènes, autant à la fin du XVe qu’au XVIIe siècle.

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Manuscrit enluminé par Matteo Felice à Naples en 1492-1493, ayant appartenu au cardinal d’Amboise puis à Gaston d’Orléans. Prêt de la BnF (Manuscrits, Latin 6525) à l’exposition sur Gaston d’Orléans (mais aurait également pu être prêté à l’exposition sur Georges d’Amboise !)

Georges d’Amboise, un cardinal en Normandie

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D’après Jean Perréal, Portrait du cardinal Georges d’Amboise, France, XVIe siècle, Pierre noire, sanguine, BnF, Estampes et photographie.

Le cardinal d’Amboise (1460-1510) est archevêque de Rouen, gouverneur de Normandie, principal conseiller de Louis XII, vice-roi du Milanais et légat du pape. Il participe aux campagnes d’Italie et va être un des premiers à désirer s’inspirer de l’art italien. À partir de 1502 il s’attelle à la reconstruction du château de Gaillon, demeure des archevêques de Rouen, en faisant participer de nombreux artistes et maçons italiens. Pour cette raison, les commissaires de l’exposition ont voulu voir en Gaillon et la Normandie le berceau de la première Renaissance française, ne tenant pas compte des chantiers autrement plus nombreux qui avaient cours dans la vallée de la Loire. Ce berceau normand pourrait plutôt apparaître comme un chantier périphérique, prenant place en dehors des lieux de pouvoirs de l’époque.

Plusieurs bas-reliefs provenant du château de Gaillon sont présentés dans l’exposition. Ils permettent d’observer de près des détails qui étaient beaucoup moins visibles lorsqu’ils étaient noyés dans le décor général du château. Les influences antiquisantes provenant d’Italie et le style flamboyant français se mêlent afin de créer cette architecture caractéristique de la première Renaissance française.

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Reliefs au médaillon, Nord de l’Italie et France (?), avant 1508, Pierre calcaire et marbre, Gaillon, dépôt lapidaire du château.
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Lorenzo da Muzzano, Buste de Louis XII, Milanais, 1508-1509, Marbre, Musée du Louvre.

Plusieurs œuvres habituellement exposées au Louvre sont magnifiquement mises en lumière, à l’image du buste de Louis XII commandé en 1508 au sculpteur Lorenzo da Muzzano, et qui était installé dans une galerie de la cour d’honneur du château de Gaillon, à côté d’une représentation du cardinal d’Amboise lui-même. Les scènes de bataille modernes mettent en scène le souverain sur une sculpture totalement inspirée de l’antique, faisant de Louis XII un nouvel empereur romain.

La chapelle de Gaillon est évoquée par la présence d’un moulage du retable de saint Georges terrassant le dragon, par Michel Colombe (conservé au Louvre), et deux grandes figures de saint Jacques et du Christ, par Antoine Juste (conservé dans l’église de Gaillon). Les stalles de la chapelle, non présentées, sont conservées à Saint-Denis. La plupart des œuvres ont cependant disparu, notamment les fresques réalisées par Andrea Solario.

La dernière grande partie de l’exposition est consacrée à la bibliothèque de Georges d’Amboise. Il fait de très nombreux achats en Italie et reçoit également de nombreux dons. Son acquisition la plus importante concerne le lot de 138 manuscrits précieux appartenant au roi de Naples déchu Frédéric d’Aragon. Tous ces livres ont été légués au roi à la mort du cardinal, ce qui explique leur présence dans les collections nationales depuis plus de 500 ans.

 

Gaston d’Orléans, un prince en son château

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Juste d’Egmont, Gaston d’Orléans en armes, vers 1645, huile sur toile, Versailles, Château de Versailles

Gaston de France (1608-1660) est le fils d’Henri IV et Marie de Médicis. Jusqu’à la naissance tardive de Louis XIV, il est l’héritier présomptif des trônes de France et de Navarre. En 1626, son frère Louis XIII lui impose un mariage avec Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier (qui par ailleurs est née au château de Gaillon), à l’occasion duquel il reçoit du roi le comté de Blois. Il lance alors un grand projet de reconstruction du château, mené par l’architecte François Mansart.

La première salle de l’exposition donne les clés pour comprendre la vie méconnue de Gaston d’Orléans, ce « prince rebelle ». Constamment opposé à son grand frère Louis XIII et son ministre Richelieu, il accepte finalement un mariage avec la duchesse de Montpensier. Elle meurt six jours après avoir donné naissance à Anne-Marie-Louise d’Orléans, dite La Grande Mademoiselle, qui va hériter de la fortune de sa mère. Deux ans après le décès de sa première épouse, il tombe amoureux de Marguerite de Lorraine, que son frère lui interdit d’épouser. Le mariage est donc secret, mais le roi en est informé et annule le mariage. Ce n’est qu’en 1643, à la mort de Richelieu, que Louis XIII les autorise à venir à la cour de France et à se marier. Du point de vue de la gestion de l’État, Gaston d’Orléans est opposé à la centralisation absolutiste de Richelieu et aurait voulu privilégier les assemblées des États provinciaux. Il était par ailleurs un grand chef militaire.

Le prince mécène est abordé dans la deuxième salle. Son projet monumental de reconstruction du château par Mansart n’est finalement pas achevé faute de financement, mais il montre l’ambition de Gaston d’Orléans.

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L’aile Gaston d’Orléans du château de Blois, François Mansart, 1635-1638, et à droite l’aile François 1er, qui aurait dû être détruite par Gaston d’Orléans

Sa passion pour la botanique s’exprime par l’aménagement d’un grand jardin qu’il confie à Le Nôtre et au savant Abel Brunyer. 2000 espèces y sont cultivées, dont 200 plantes exotiques. Vers 1630 il engage le peintre miniaturiste Nicolas Robert pour représenter toutes ses plantes. Gaston d’Orléans les lègue à sa mort à son neveu Louis XIV. La musique, les ballets, la poésie, le théâtre, font également partie de sa vie de cour à Blois ; le compositeur Étienne Moulinié est intendant de la Musique de Gaston d’Orléans pendant plus de trente ans.

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Les planches de Nicolas Robert, XVIIe siècle, Paris, Muséum National d’Histoire Naturelle.

La dernière salle illustre sa passion pour la collection, allant des camées antiques aux horloges blésoises du XVIIe siècle, des boîtes d’insectes aux livres d’astronomie. L’ensemble est présenté dans un cabinet de curiosité, de la même manière qu’il pouvait l’être dans celui de Gaston d’Orléans.

 

Georges et Gaston, mécènes avant tout

Pour Georges d’Amboise comme pour Gaston d’Orléans, le mécénat artistique apparaît très lié à leur place importante dans le royaume mais aussi à leur ambition déçue. Ainsi, si Georges d’Amboise ne parvient pas à devenir pape malgré le soutien du roi de France, il fait de Gaillon un palais quasi-papal abritant la deuxième plus grande bibliothèque humaniste de France. Gaston d’Orléans, s’installant à Blois, en fait la deuxième cour du royaume après Paris. Ces deux mécènes possèdent un certain nombre de points communs qui permettent de les comparer malgré les 150 ans qui les séparent : leur goût pour l’architecture, pour l’art, pour le collectionnisme, pour la connaissance sous toutes ses formes, pour la modernité et les nouvelles modes, pour les livres. Leur érudition, leur richesse et leur pouvoir faisaient graviter autour d’eux toute une foule d’artistes, de savants et de personnages importants, leur faisant jouer un rôle actif dans la diffusion des arts et des savoirs de leur temps.

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Château de Blois, jonction entre l’aile Gaston d’Orléans et l’aile François 1er

Pour aller plus loin :

 

  • Une Renaissance en Normandie : Le cardinal Georges d’Amboise, bibliophile et mécène. Musée d’Art, Histoire et Archéologie d’Évreux (Eure). Du 8 juillet au 22 octobre 2017. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 12h et de 14h à 18h. Entrée libre et gratuite.
  • Gaston d’Orléans, prince rebelle et mécène. Château de Blois (Loir-et-Cher). Du 01 juillet au 15 octobre 2017. Ouvert tous les jours, de 9h15 à 18h30. Tarif adulte : 10,50€ / Étudiant : 8€.

À l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire, qui ont lieu à Blois du 4 au 8 octobre, trois conférences en lien avec l’exposition sont organisées :

Une autre exposition abordait le thème du mécénat :

  • « Être mécène à l’aube de la Renaissance – L’amiral Louis Malet de Graville », à l’abbaye de Graville du Havre (qui s’est terminée le 18 septembre).

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