Critique de « 120 Battements par minute »

120 Battements par minute est l’un de ces films dont on ressort bouleversé, la boule au ventre et le regard perdu. C’est un film qui vous met une claque, qui vous laisse bouche bée. J’ai été enthousiasmé par ce film et le sujet dont il traite, sans artifice quelconque, il nous met face à la dure réalité qu’a rencontrée Act Up dans les années 1990 et la dure réalité qu’est le VIH en lui-même.

Une réalisation crue et intimiste

L’une des forces de ce film est sans aucun doute toute la délicatesse qui est apportée dans chacun des plans qui composent ce film. Chaque plan est conçu pour que l’on se sente faire partie de ce qui se déroule devant nous, que l’on se sente proche des protagonistes. Les scènes dans l’amphithéâtre durant les réunions d’Act Up en sont un exemple concret. La caméra est dans les rangs, proche des personnages, elle alterne gros plans et plans moyens. On est tantôt dans les rangs des militants, tantôt sur l’estrade. On se sent ainsi faire partie de ce groupe de militants.

Un autre tour de force de ce film est sûrement les plans dansants de la boîte de nuit qui permettent, en plus de faire des liaisons entre les différentes parties du film, d’apporter une certaine beauté terrifiante. On peut y voir ces jeunes qui dansent, qui semblent être heureux, qui s’échappent de leur quotidien et qui s’amusent, puis apparaissent des grains de poussière, les jeunes dansants sont mis en arrière-plan et floutés, puis la poussière se transforme en cellules se battant contre le VIH, et c’est là toute la force de ces plans. Malgré la liesse ambiante, la maladie est toujours là, le VIH est toujours présent, de manière insidieuse, mais toujours avec eux.

Qui plus est, la maladie est présentée ici comme elle est vraiment : impitoyable. Aucun artifice n’est mis en place pour réduire l’impact qu’a cette maladie sur la vie des gens. C’est la dure réalité des séropositifs et de leur entourage qui est ici montrée. Rien ne nous est épargné et c’est sûrement cela qui rend le message de ce film encore plus fort et plus poignant.

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Un film en deux parties bien distinctes

120 Battements par minute peut être séparé en deux parties bien distinctes. L’une sur le combat des militants, l’autre sur la relation amoureuse qui grandit entre Sean et Nathan.

La première partie du film nous montre comment Act Up lutte pour donner de l’importance au VIH et montrer que trop peu de moyens sont engagés dans cette cause. On suit ainsi les militants dans leurs actions, durant leurs réunions. On assiste à des moments de questionnement des malades sur leur maladie. Toute cette partie du film nous sensibilise sur le VIH et nous montre la dure réalité à laquelle étaient confrontés les malades durant les années 1990. Cela met l’accent sur l’évolution très tardive des mentalités sur le sujet et que ce n’est que très récemment à l’échelle de la maladie que des moyens ont été mis en place. Prenons l’exemple de cette scène où Act Up distribue des préservatifs et essaye tant bien que mal de sensibiliser les jeunes sur leur sexualité en entrant de force dans les classes. Et l’on peut être abasourdi devant la réaction de certains jeunes quant à ce qui leur est montré dans le fascicule ou au fait même qu’on leur ait distribué des capotes. Prenons l’exemple de cette fille disant à Nathan « J’suis pas concernée, j’suis pas pédé moi ». La brutalité de ces paroles homophobes nous confronte au fait que durant les années 1990, l’homosexualité était encore extrêmement mal vue et que les comportements homophobes étaient légion. De plus, les questions de la sexualité, de la protection et des MST n’étaient encore que très peu abordées voire carrément tabous aux yeux de certains.

La seconde partie quant à elle se concentre plus spécifiquement sur la relation amoureuse naissante entre Nathan et Sean et plus généralement, sur l’accompagnement d’un malade. Elle commence timidement lorsque Nathan, nouveau militant Act Up, repère Sean durant les réunions. L’une des scènes les plus fortes du film est sûrement celle ou Nathan et Sean se confient l’un à l’autre, où ils se mettent littéralement à nu l’un envers l’autre : l’un racontant comment il a été contaminé, l’autre parlant de ses précédentes histoires. On est alors touché par ces deux hommes, se confiant l’un à l’autre, s’aimant l’un l’autre. Cette partie ne se concentre ainsi plus sur les actions menées par Act Up ou sur la vision du VIH durant cette période mais plutôt sur la réalité de la maladie au quotidien et tout ce que cette maladie implique pour le malade mais aussi pour son entourage. On voit ainsi de nombreuses scènes où Nathan s’occupe de Sean en lui changeant ses cathéters, en l’écoutant et en l’accompagnant dans les différents stades de la maladie. Je ne pourrai malheureusement pas développer plus cette partie au risque de vous spoiler l’intrigue autour des deux protagonistes.

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En conclusion

120 Battements par minute est un film fort et toujours très actuel. Trop de gens meurent encore à cause du VIH et ce film rend compte de cette triste vérité. Tout juste sélectionné pour représenter la France aux Oscars, 120 Battements par minute est un tour de force dans le paysage cinématographique français et même s’il arrivait que le film ne remporte pas l’Oscar, il a déjà eu le mérite de conquérir et d’émouvoir la Croisette.

120 Battements par minute de Robin Campillo avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel & Antoine Reinartz.

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