Atypical, l’autisme asperger selon Netflix

Aujourd’hui nous allons parler séries Netflix, plus particulièrement quand le célèbre site de streaming décide de produire une série sur l’autisme. Si je dis Asperger, c’est pour que tout le monde se repère, étant donné que la qualification est plus connue. Cependant, ce terme n’est plus utilisé : on préfère parler tout simplement d’autisme léger (anciennement qualifié d’Asperger cf mon diagnostic). Le sujet est complexe, lourd, pouvant très vite mal tourner : vite les clichés peuvent s’accumuler et donner à voir des personnages juste inhumains, clichés et porteurs d’une mauvaise représentation pour l’entièreté de la communauté. Autant dire que traiter l’autisme (comme d’autres maladies mentales d’ailleurs) équivaut vite à jouer au funambule.

Je suis autiste, et ai choisi de regarder cette série en entier dès sa sortie fin août ; cette fois, en faisant plus attention au côté psychologique des personnages que pour l’objet « série » lui-même. Mon but ne sera donc pas de parler des plans, couleurs, musique etc. mais pour une fois qu’une série est spécifiquement centrée sur l’un d’entre nous, je trouve cela plus juste de me focaliser sur le traitement de l’autisme dans cette série, calibrée comme une teenage comedy en huit épisodes.

Une hypersensibilité galopante

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Tout d’abord mettons les points sur les i : l’autisme n’est pas une maladie mais un fonctionnement neurologique ; on se qualifie nous-même de neurodivers ou neuroatypique selon les écoles (d’où l’importance de ne pas utiliser des termes médicaux comme « atteints » ; chose qui a été comprise dans la VO de la série avec la scène de la réunion dans l’épisode 4 « we do not say autistic people but people with autism » mais mal retranscrite dans la traduction qui a préféré le mot… « atteint » justement).

Ici, Sam est un ado au lycée de 18 ans, suivi par une psy qui a décidé pour mieux l’intégrer socialement… de l’inciter à trouver une petite amie. La première chose qui peut être soulignée concernant le personnage de Sam est son hypersensibilité : il met des casques anti-bruit partout, surtout au lycée, et toute une partie de la série est basée dessus. Et comment dire que… Oui. Oui l’hypersensibilité est un de nos plus gros handicaps, comme elle est bien montrée ici, peut-être de façon exagérée : mais comment faire passer le message autrement à des personnes ne le vivant pas ? Une scène notamment est très bien faite sur ce point : dans un des derniers épisodes, on est amené à vivre une overdose sensorielle à travers le regard de Sam. La lumière aveuglante. Le toucher insupportable. La sensation de ne pas pouvoir y échapper. Le bruit qui devient juste intenable… Tout y est, jusqu’à sa réaction. Cependant l’hypersensibilité n’est pas uniquement sensorielle, elle est aussi émotionnelle : même si on ne le voit pas forcément on ressent toutes les émotions avec une intensité folle, comme le dit si bien la voix off de l’acteur qui a décidé de commenter la totalité des traits autistiques du personnage, et ce tout au long de la série.

Montrer l’hypersensibilité qui fait partie de nos plus gros problèmes et le plus invisible également (sérieusement allez expliquer à quelqu’un que vous ne pouvez pas assister aux cours en amphi parce qu’il y a trop de bruit / de lumière et observez sa réaction), ce qui fait que nous avons tendance à être décrédibilisés dessus. Mettre l’accent sur l’hypersensibilité de Sam est donc, dès le départ, un très bon point pour le fait que nous semblons plus humains et que donc nous ne sommes pas des robots. On va dire que ça change un peu des autres représentations ; d’autant plus que la narration se fait complètement du point de vue de Sam.

Des allures de teenage comedy légère

Maintenant que nous avons pu voir comment est principalement narré Atypical, nous allons parler de l’ambiance globale de la série. Mais tout d’abord : qu’est-ce que l’autisme ?

En gros nous ne comprenons pas les sous-entendus sociaux (point à part: on estime à 90% les femmes autistes victimes d’agressions sexuelles). Et quand je dis que nous ne comprenons pas, ça veut dire que nous ne comprenons pas le second degré par exemple. Vous estimez que ce n’est rien ? Prenez une conversation quotidienne, n’importe laquelle. Maintenant essayez d’y déceler le taux d’ironie. Voilà (et bien d’autres choses dont je vais parler par la suite). On va dire que la possibilité de faire de l’autisme un ressort comique est très forte ; comme on peut en avoir peur une première fois en regardant le trailer. Et effectivement le format fait penser tout de suite à une comédie adolescente : le ton est léger, les amis des adolescents normaux, les couleurs… Normales, rien de dramatique en soit, on vit même dans un monde absolument normal. Sauf que le héros est autiste. Mais sinon on a un jeu d’acteur assez doux, sauf au début où celui de Sam exagérait fortement les traits du personnage. Mais sinon, il y a des relations humaines et de l’humour assez bien pesés pour être présents et en faire une série relativement légère tout en ne sous-traitant pas le sujet principal.

Famille démunie, grosse production et to-do list

Toute une galerie de personnages est montrée aux côtés de Sam : de la famille aux amis plus ou moins proches, en passant par la psychologue et les gens juste présents au lycée. Si la famille est forcément plus impliquée (on voit même une association de parents, chose bien plus développée aux Etats-Unis qu’en France) que les amis, reste que ceux-ci essaient de prendre en compte l’autisme de Sam, qui est très marqué. À 18 ans, tous ses traits sont développés au maximum, en plus de présenter une check-list de tout ce qui peut possiblement nous atteindre… À part la dyspraxie. Et de fait, vers l’âge adulte, nous commençons à développer une compensation assez bonne pour mieux nous intégrer dans le monde des neurotypiques ; j’étais comme Sam… Mais à 10 ans.

Et même entre autistes, nous sommes tous différents, nous avons tous des difficultés différentes, ce qui fait que beaucoup ne vont pas se reconnaître dans le personnage de Sam. Cependant, la famille est facilement attachante, notamment la sœur de Sam qui, malgré sa très bonne intégration sociale (elle est complètement neurotypique), réussit à être extrêmement présente pour lui… Une affection qui fait du bien à voir à l’écran quand d’autres personnages réagissent beaucoup moins bien (comme le père). Sans oublier la mère qui prend totalement les choses en main : tout un panel de réactions différentes et très humaines, bien jouées. Cependant quelque chose sous-tend assez la série sans être clairement dit : nous sommes très facilement manipulables, et ça peut vite être dangereux au sens où nous faisons assez confiance à nos proches pour faire ce qu’ils nous conseillent… Ce qui entraîne des situations assez dangereuses, pour nous.

En soi, malgré énormément de points négatifs sur le traitement de l’autisme (notamment ce fait de présenter un personnage si marqué), Netflix parvient quelque peu à s’en tirer et à présenter une comédie peu réaliste, mais légère, et qui, on l’espère, contribuera un peu à faire changer les mentalités

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