La nuit des morts vivants de George A. Romero (1968)

La disparition de George A. Romero cet été a fait perdre au cinéma d’horreur un de ses plus grands représentants. Le cinéaste américain de 77 ans avait commencé sa carrière en 1968 avec La Nuit des Morts Vivants, un film mythique qui a inspiré de nombreux remakes et autres films de zombies. Cette œuvre culte n’est cependant pas une simple performance d’épouvante. Romero par une histoire simple, analyse et critique la société américaine de son époque.

Le film s’ouvre sur le trajet de Barbara et Johnny, deux frère et sœur, se rendant sur la tombe de leur père. Johnny ne cesse de râler et embête la jeune femme en lui rappelant ses bêtises d’enfants. Alors qu’un homme s’avance au loin il lui répète : « They’re coming to get you Barbara », phrase prophétique au possible. La sœur s’isole pour s’excuser des idioties de son frère auprès de l’homme à l’allure décidément un peu étrange. C’est alors qu’il se jette sur elle, Johnny intervient pour la défendre mais tombe dans la mêlé. Barbara effrayée s’enfuit aussi loin qu’elle le peut, jusque dans une maison de campagne où elle rencontre Ben, un autre fugitif, bien plus alerte et prêt à se défendre qu’elle.Romero la nuit des morts vivants

Les personnages sont au départ aussi peu informés que nous sur l’identité de ces créatures et l’origine de leur mal. Attention à bien se placer dans la peau d’un « nous » de l’année 1968 ! Le film « de zombie » n’est pas alors un genre sur-développé comme il l’est aujourd’hui. Un des films fondateurs en la matière est Vaudou de Jacques Tourneur réalisé en 1943. Ainsi si La nuit des morts vivants n’est pas le premier à aborder ces créatures, il initie les codes et les règles du genre comme une seule morsure et c’est la transformation ou encore une balle dans la tête pour les tuer. Bien qu’il s’agisse d’un film indépendant, réalisé par Romero et ses amis sur leur fonds personnels, il remporte un succès admirable : son statut de film « culte » n’est aujourd’hui plus à discuter et il a inspiré de nombreuses autres réalisations (à commencer par le remake de 1990 de Tom Savini).

2

La tension ne retombe jamais que ce soit pour les personnages ou pour nous. La musique, stridente par moment, est là pour nous maintenir en haleine. La réalisation rythmée nous fait ressentir la frayeur mais aussi l’attente insoutenable de ces personnages.

Romero met en scène un huis-clos dans cette maison de campagne qui paraît très réelle. Le noir et blanc et le montage ancrent le film dans la réalité, l’enregistrement semble froid comme un reportage télé. Ce qui rend encore plus crédible l’horreur des zombies, les scènes de violence et de cannibalisme qu’ils perpétuent. Par ces différents aspects Romero réussit le pari des films d’épouvante : faire peur !

Il est drôle de noter par ailleurs qu’il se dit que Romero n’était pas particulièrement amateur de films d’horreur. Ce sont des considérations financières et commerciales (puisqu’il produisait sur ses fonds propres il fallait rentabiliser l’affaire !) qui l’aurait fait pencher vers ce genre qui rencontrait un public grandissant.

3Car le but principal de George Romero était avant tout d’imaginer une critique de la société américaine. Dans la maison se construit comme une sorte de micro-société à l’image de l’Amérique des années 1960 : deux hommes blancs misogynes dominateurs et racistes, trois femmes soumises et passablement idiotes et un homme afro-américain. Dans le film par delà le problème des zombies, ce sont les mauvaises décisions de chacun, motivées par l’égoïsme, le racisme, l’orgueil, la misogynie et j’en passe, qui conduiront à la fin du film.

Par ces déroulements d’événements Romero tend à montrer que ce sont les tensions sociales qui conduiront l’Amérique à sa perte. Il fait œuvre politique. C’est renforcé par le choix osé d’un acteur principal noir dans un rôle non caricatural et même essentiel. Il faut rappeler le contexte : les États-Unis sortent de la ségrégation un an auparavant, la violence raciale est encore très présente. L’allégorie devient encore plus vraie avec la scène de fin que nous ne vous raconterons pas ici.

Romero signe avec la Nuit des Morts Vivants un chef d’œuvre du genre. Il est un des points de départ de toute une quantité de films qui useront du même dispositif : en mêlant fantastique et horreur il critique de façon acerbe des vérités sociales de son époque.

Le ciné club de l’École du Louvre vous invite à venir voir La Nuit des Morts Vivants le mercredi 25 octobre à 18h. Cette traditionnelle séance d’Halloween sera suivie d’un buffet à la cafétéria ce qui nous permettra d’échanger sur le film (et sur cette fin énigmatique).

Pour plus d’infos et réservations extérieures : https://www.facebook.com/events/497083150668256/?acontext=%7B%22action_history%22%3A[%7B%22mechanism%22%3A%22bookmarks%22%2C%22surface%22%3A%22bookmarks_menu%22%2C%22extra_data%22%3A%22[]%22%7D%2C%7B%22surface%22%3A%22dashboard%22%2C%22mechanism%22%3A%22calendar_tab_event%22%2C%22extra_data%22%3A%22[]%22%7D]%2C%22ref%22%3A46%2C%22source%22%3A2%7D

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s