L’El Dorado n’était-il qu’un mythe ? – Conférence au Museum d’Histoire Naturelle

Lundi dernier, le Museum d’Histoire Naturelle de Paris invitait André Delpuech, directeur du musée de l’Homme de Paris et Paz Núñez-Regueiro, conservatrice en chef du département des arts d’Amériques du musée du Quai Branly – Jacques Chirac pour leur cycle de conférences en lien avec l’année France-Colombie. La thématique abordée était le mythe de l’El Dorado, un retour sur les origines de ces légendes et la période coloniale.

Plongeon historique

En 1492, Christophe Colomb arrive vers les Bahamas avec sa Caravelle alors qu’il pensait être au large du Japon. Il donne alors le nom « indien » aux habitants de cette terre rencontrée. Etant très catholique, il pense alors trouver un paradis terrestre. Dans la Bible lue avec l’imaginaire médiéval, l’or est une obsession absolue. D’après certaines chroniques, C. Colomb se mettait à genoux et remerciait Dieu quand beaucoup d’or était reçu. Il n’est pas très célèbre lorsqu’il retourne dans son pays d’origine avec des esclaves et peu d’or. Vasco de Gama, qui va vers les Indes, l’est plus car il rapporte des épices. 

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© British Museum

Les premiers contacts avec cet or ont été par des objets Taïnos. Comme par exemple, ce siège dit duho conservé au British Museum de Londres. Une quête frénétique de l’or commence. Dès son arrivée à Ispañola, Colomb ouvre les premières mines et met en esclavage des indiens. Par la suite, les navigateurs longent les côtes du Venezuela et de la Colombie jusqu’en Amérique Centrale. Santa Maria de Antigua est une des premières villes fondées lors de ces périples où ils trouvent de l’or en grande quantité.

Cortez part vers le Mexique, partie du monde qui est dite remplie de richesses. Lorsque Moctezuma apprend son arrivée, il envoie des émissaires avec de nombreux cadeaux d’or, d’argent et de plumasserie car il a dans l’esprit que si ces étrangers ont ce qu’ils veulent, ils ne rentreront pas plus loin dans le royaume. Mais l’effet inverse se produit et les espagnols vont jusque Tenochtitlan et détruisent l’empire Aztèque. Des objets sont rapportés en Europe, notamment à Charles Quint. En 1520, il est attesté que Dürer voit des pièces à Bruxelles.

Le début du XVIe siècle est marqué par de nombreuses découvertes. En 1513, Vasco Núñez de Balboa découvre l’Océan Atlantique et donc l’Amérique du Sud et en 1519, on a la fondation du Panama et les premières connaissances du royaume du Piru, lieu qui est dit riche. En 1525, Francisco Pizarro et ses alliés se lancent dans des expéditions vers le sud et découvrent de riches royaumes encore comme celui des Incas. Ils ramènent de Cuzco des quantités d’or. Ils trouvent la ville extraordinaire par le fait d’avoir en masse de l’argent et de l’or mais aussi par l’architecture notamment le Coricancha. Ces deux matériaux ont une place importante dans le décor puisqu’il y a la symbolique de l’or lié au soleil et de l’argent lié à la lune. En 1533, les espagnols repartent avec plusieurs tonnes d’or et d’argent, faisant rêver leurs compatriotes qui arrivent en masse.

El Dorado, une légende dorée

Atahualpa, le dernier empereur Inca, est mis à mort malgré la rançon versée. Son corps a peut-être été volé pour être transformé en momie royale et emmené vers l’Equateur pour fonder une nouvelle dynastie. On y retrouve des cités incas comme Ingapirca. Les espagnols partent à la recherche de sa dépouille mais ils ne la retrouvent pas. Cependant, ils entendent dire qu’un cacique nu recouvert de poudre d’or fait des rituels avec des offrandes d’or au milieu d’un lac. C’est le début de la légende d’« El Dorado ». Leurs nouvelles recherches portent alors sur cet homme doré. Cependant il y a des heurts comme avec les Muiscas et les Tairona du Nord qui sont deux grandes puissances. Des chroniques officielles rapportent que des offrandes étaient mises dans les lacs lors de rituels mais que la nudité du cacique n’est pas sûre. 

Il y a de nombreux lacs et sommets montagneux. Beaucoup servent aux rituels comme celui de Guatavita. Mais cinq lagunes concentrent la majeure partie des offrandes. Ils y trouvent des figurines plates et d’autres objets dans des alliages d’or et de cuivre. Pour accéder à ce qu’il y a au fond de ces étendues d’eau, ils utilisent divers méthodes comme le fait de faire baisser le niveau de profondeur. Cependant, les espagnols ne comprennent pas qu’ils ont achevé leur quête et ils continuent vers le Venezuela et le Brésil.

En 1856, ils découvrent dans la lagune de Siecha un objet représentant un cacique lors d’un rituel. Il est acquis par le musée d’ethnologie de Berlin mais disparait dans un incendie survenu dans un port. Il faut attendre 1969 pour trouver une seconde représentation matérielle de ces rites avec un même objet découvert dans une grotte à Pasca près de Bogota. Aujourd’hui, il reste peu de textile et les restes archéologiques sont surtout de la céramique et de l’orfèvrerie. Les morts étant ensevelis dans des tertres, ces masses sont visibles par les espagnols et les pillages sont fréquents.

Les objets en or prennent une certaine importance plus pour le matériau que pour la qualité artistique même si elle joue un rôle. La notion de partage entre en jeu car chacun demande sa part et pour que cela soit plus simple, tout est fondu et transformé en lingots.

Les conquêtes continuent alors vers l’Amazonie et beaucoup de légendes surgissent. Les espagnols descendent les Andes pour chercher de l’or et des épices. La forêt devient l’objet des fantasmes et pour les occidentaux des cités rêvées s’y cachent. Même si peu d’or est trouvé en Amazonie, le mythe continue dans l’imaginaire. On peut citer par exemple Candide de Voltaire.

El Dorado se développe dans la littérature et parfois mettant en scène les peuples amazoniens. On retrouve aujourd’hui cette légende dans de nombreuses créations, aussi bien dans le cinéma que la bande-dessinée.

L’or est une thématique qui correspond à tout le continent. Vers 1848, c’est la ruée vers l’or aux Etats-Unis puis vers 1897, cela monte vers l’Alaska où des dizaines de milliers de personnes prennent part à ces expéditions. En Guyane, on fouille de manière clandestine et détruisant la forêt et ce, encore de nos jours. De plus, au début du XXe siècle, des entreprises sont venues exploiter le sol amazonien avant de faire faillite et de vendre les objets chez Sotheby’s. C’est une sorte de continuité des pillages commencés il y a quelques siècles déjà.    

Au niveau de la recherche scientifique, le dragage de ces lacs est autorisé mais il est complexe par le fait qu’il soit subaquatique et peu intéressant car de nombreux objets en dehors de ces contextes de rituels vont être mis à jour. Il est donc plus opportun de se tourner vers l’étude des grottes. Cependant, savoir les pratiques exactes est très difficile.

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