Deep End de Jerzy Skolimowski (1970)

Si Deep End est encore aujourd’hui largement inconnu du public, c’est un triomphe qui accompagna sa sortie en 1970 à La Mostra de Venise. Tombé dans l’oubli, difficile à trouver, sa restauration en 2011 contribua à sa redécouverte.

La critique d’Olivier Père des Inrocks donne le ton :« Le film enfin restauré avec ses rutilantes couleurs pop venant balafrer la grisaille londonienne est un chef-d’œuvre de mélancolie et de cruauté, ancêtre pas si lointain des teen-movies sensibles signés Gus Van Sant dans son exploration empathique des émois définitifs de l’adolescence. »

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Son réalisateur, Jerzy Skolimowski, est l’un des plus éminents cinéastes de la prestigieuse école de Lodz, en Pologne, qui forma toute une génération porteuse du renouveau du cinéma moderne dans les années 1960-1970 (Kieslowski, Polanski, Wajda).

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La caméra suit Mike, 15 ans, fraîchement sorti de l’école, nouvel employé dans les bains publics d’un quartier pauvre de Londres. Adolescent british poli mais empoté et impressionné, c’est en un regard qu’il rencontre sa destinée : Susan, une rousse flamboyante, à l’image du feu qui brûle en lui. Empli de désir pour elle, il la guette, l’épie, la traque dans les bains, couloirs, chaufferies, vestiaires, dans un jeu de miroirs et de caméra à l’épaule, le tout rythmé par une bande son rock entraînante. Naïf, il ne comprend pas pourquoi il doit s’occuper du vestiaire des femmes, et se retrouve bientôt assailli par ces terribles matrones en quête d’un contact charnel. Mais c’est Susan qui le fascine, jaloux, colérique et impatient, il désespère de la voir entourée d’amants.

67031415C’est là que Skolimowski excelle, il inverse les rôles traditionnellement genrés de la jeune amoureuse transie et dupe confrontée au rejet du séducteur plus âgé. Ici, c’est la femme qui domine : libre, futée et farouche, elle se joue de lui, mais avec tendresse. Sa caméra montre un juste regard sur les désirs adolescents, entre candide fascination, douloureuse envie, et mains baladeuses.

 

Alors en exil, Skolimowki filme le début des années 1970 dans des couleurs pop mais dont les couloirs défraîchis de la piscine rappellent la déroute, à l’image du Swinging London vieillissant où la révolution sexuelle se transforme peu à peu en pornographie avilissante. Cette décadence, c’est aussi la trajectoire de l’amour contrarié.

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Deep End nous rappelle ces instants perdus de la poursuite effrénée d’une icône sensible et pourtant inatteignable, à l’image du fond de la piscine, qu’enfants, nous nous amusions à approcher, retenant notre souffle extatique. Jusqu’où peut aller un amour si puissant ? Le drame intrinsèque à cette quête impossible nous replonge dans nos amours perdus et rappelle cette affliction tragique.

Au rythme du But I might die tonight de Cat Stevens, Skolimowski nous entraîne dans cette piscine, gouffre des corps nus où les êtres se contournent ou parfois se mêlent, lieu de batifolage premier, à la fois cuve de désir et de tous les dangers.

Valentine Chartrin


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Le ciné club de l’Ecole du Louvre projette Deep End le mercredi 22 Novembre à 18h15. Seulement 2€ l’entrée. Pensez à réserver si vous êtes extérieur à l’école au moins 24h avant la séance, en envoyant votre nom et prénom (ainsi que ceux des personnes vous accompagnant) à cineclubecoledulouvre@gmail.com

Plongerez-vous avec nous mercredi ? Toutes les infos

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