Le Retour, d’Anna Enquist.

Écrivaine et psychanalyste néerlandaise, cette auteure écrit en 2005 un roman sur la vie d’Elizabeth Batts Cook, l’épouse du célèbre navigateur James Cook. Un roman qui nous conte donc le revers de la médaille, le côté ignoré de cet homme à travers la vie de son épouse.

Le roman débute en 1775, alors que James Cook rentre de ce qui doit être son dernier voyage, Elizabeth s’attelle à ranger la table sur laquelle il va travailler en rentrant. Et cette action résume la vie de cette femme, ranger pour accueillir son époux toujours absent. Elizabeth a deux vies, une lorsque James est là, une autre en son absence. Peu à peu, l’héroïne nous conte son histoire, son enfance, sa rencontre avec James et leur mariage. Certaines tragédies ne se révèlent que plus tard mais tout brode l’histoire de cette femme.

C’est une tragédie au ralenti qui se déploie devant nos yeux, nous sommes tels Elizabeth, incapables d’agir sur les événements.

À travers le récit, l’auteure met aussi en garde sur la légende de James Cook et ses zones d’ombres. À la mort de son mari, Elizabeth s’agace de voir que l’on vante le navigateur et ses découvertes, en dressant un portrait qui n’est pas vrai, loin de l’individu qu’était son époux.

Anna Enquist joue aussi des zones d’ombres qu’elle exploite avec habileté. Son récit est ancré dans une description de la vie en Angleterre au XVIIIe et XIXe siècle qui permet de croire en tous les événements qui nous sont contés. Le spécialiste verra certainement les prises de position de l’auteur mais pour le néophyte, on ne peut que s’interroger sur la véracité des détails.

Le brio de ce roman tient en le fait qu’il nous fait croire que ce qui est dit est sûrement la réalité.

Nous nous identifions aux sentiments d’Elizabeth et à cette vie passée sans vraiment la vivre. Elle n’exprime jamais de regrets mais nous ne pouvons qu’avoir une impression d’être passé à côté des événements qui ont scandé une vie.

Ce sentiment se retrouve dans un autre roman de cette auteure : Le secret. L’histoire de la vie d’une pianiste. Il n’est pas utile d’en dire beaucoup plus si ce n’est que le lecteur habitué au récits classiques à la fin joyeuse ou du moins à la morale claire sera déstabilisé.

Peut-être est-ce la psychanalyste qui se retrouve dans certains aspects de ses romans, qui développe l’idée qu’une histoire n’a pas besoin de réel but mais seulement d’être une histoire. Le récit d’une vie, dans ses joies et ses peines, dans sa finalité simple mais rude.

Dans Le retour, Anna Enquist propose une interprétation sur la mort de James Cook, elle reprend des faits établis pour tirer une raison à cette mort qui n’est plus alors accidentelle mais le reflet de l’évolution mentale de l’homme que nous, comme Elizabeth, avons ignoré.

credit image : Actes-sud.fr

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