L’art des Parthes

L’empire parthe arsacide est très souvent absent de nos manuels d’Histoire en raison du manque de documentation et d’intérêt des historiens à leur égard. Pourtant, pendant près de 5 siècles, de 247 av. J.-C. à 224 ap. J.-C., les Parthes ont dominé le Moyen-Orient et ont mené la vie dure aux Romains qui les considéraient comme leur ennemi n°1. C’est pourquoi cet empire est davantage connu pour sa force militaire que pour son art, pourtant superbe et original, à la croisée des influences stylistiques.

« Les Iraniens postérieurs [à l’époque des Arsacides ont] toujours considéré cette époque, ainsi que le temps de la domination des Séleucides… comme une usurpation injuste entre les deux périodes de l’ancien et du nouvel empire perse, entre les Achéménides et les Sassanides : ces cinq siècles ont été en quelque sorte rayés de l’histoire de l’Iran ».

Théodor Mommsen, Histoire Romaine, 1856

Point historique sur l’empire parthe arsacide

Après la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., Séleucos, un de ses généraux, obtint l’Asie et son héritage perse. Deux capitales vont être établies à Antioche et Séleucie pour unifier ce vaste territoire. Le mélange des peuples grecs et perses va entraîner un syncrétisme culturel. Babylone reste un centre politique, économique et culturel très important malgré les nouvelles capitales : Antiochos 1er va notamment y faire des constructions sur l’Esagil.

Cependant, le pouvoir des Séleucides va s’affaiblir et cela va attirer les nomades des steppes voulant profiter des richesses des pays sédentaires. Le roi Andragoras de Parthie (une ancienne satrapie/région perse) va se soulever, tout comme Diodote en Bactriane. Arsace, chef de la tribu nomade des Parnes va triompher de ces deux rois puis de Séleucos II, basant ainsi sa nouvelle dynastie à son nom sur la Parthiène (d’où le nom des « Parthes Arsacides »). Attention, ça se complique…

C’est son descendant Mithridate 1er (171-138) qui va installer l’empire à Nisa, étendre considérablement son territoire et conquérir les deux capitales séleucides en 141 av. J.-C. Ctésiphon devient alors le siège du nouvel empire parthe arsacide sous Mithridate II. Babylone perd son rôle politique mais reste un pôle culturel et économique important. S’en suivra ensuite l’époque des Perses Sassanides en 224 ap. J.-C. qui durera jusqu’à l’arrivée de l’Islam, en 651.E1BC8CC6-E1CE-4CAE-91E212FED738AB23

Le premier site fouillé, attestant d’une période parthe de 113 à 165 avant J.-C. est Doura Europos, fouillée par M. I. Rostovtzeff, alors professeur à l’Université de Yale, entre 1928 et 1937. A l’époque, les sites parthes de Parthiène n’étaient pas encore connus et l’art parthe se limitait seulement aux découvertes de Doura, pourtant le site le plus à l’ouest de l’empire. Néanmoins, M. I. Rostovtzeff a réussi à identifier les principales caractéristiques de l’art parthe : frontalité, spiritualité, hiératisme, linéarisme et vérisme.

Le premier art parthe de Parthiène

La Parthiène s’étendait du nord au sud des montagnes du Kopet-Dag. Il est fait mention de « Parthava » en tant que satrapie sous la domination perse achéménide dans l’inscription de Bisotun de Darius I. Elle fut ensuite sous domination séleucide puis conquise par les nomades Parnes, avec Arsace à leur tête. Au début du IIe millénaire, la Parthie est devenue un des royaumes les plus puissants du monde antique. Malgré l’expansion de l’empire vers l’ouest, la Parthiène resta le berceau des Arsacides qui a vu naître leur art et enterrer leurs rois.

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La Vieille Nisa, plan d’après V. Pilipko et A. Invernizzi.

Fouillée en 1946 à 1967 par M. E. Masson, « la Vieille Nisa » (Mithridatokert, fondée par Mithridate 1er) a livré plusieurs bâtiments de grandes dimensions ainsi que d’importantes trouvailles dont des ostraka (tesson de poterie ou éclat de calcaire utilisé comme support d’écriture) écrits en parthe. Dans « la grande maison carrée » ont également été découverts des fragments de meubles en ivoire, des sculptures en marbre, des armes, des récipients en divers matériaux, des figurines en terre cuite etc… Depuis 1991, les fouilles sont menées par A. Invernizzi.

Les ostrakas ont permis de mettre des bornes chronologiques aux constructions de Nisa, actives entre 150 et 13 avant notre ère. Tous les édifices de Nisa furent abandonnés au milieu du Ier siècle après J.-C. Contrairement à un autre site qui livra de nombreuses architectures parthes, Aï Khanoum, la sculpture et la peinture jouaient un rôle important dans les intérieurs des bâtiments de Nisa. Elles étaient toujours en position élevée, sur les murs et dans des niches. La sculpture de Nisa se répartit en deux groupes nettement distincts :

  • La sculpture en pierre, pour la plupart impor-
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    Statue d’Aphrodite Anadyomène

    tée d’Asie Mineure, de Syrie voire d’Alexandrie, car retrouvée au même endroit, dans la « Trésorerie » ou à proximité.

  • La sculpture en argile crue, produite sur place.

On a longtemps pensé que ces œuvres importées, considérées comme le témoignage du « philhellénisme » des premiers souverains parthes, influençaient les artistes locaux qui voulaient les imiter. Mais puisqu’elles étaient toutes conservées dans la « Trésorerie » comme butin, elles n’ont pu exercer de véritable influence sur le processus d’évolution artistique en Parthiène.

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Tête d’homme casquée, en terre crue

 

En revanche, la sculpture en argile a été découverte sur tout le site dès 1930. Elles étaient peintes et mesuraient jusqu’à 2-2,5m de haut, représentant hommes comme femmes. Elles se présentaient toutes de face mais l’arrière aussi était travaillé. Elles sont datées en partie de la haute période hellénistique, à l’arrivée des Grecs dans la région.

 

 

 

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Fragment de rhyton en ivoire avec scène dionysiaque

Un remarquable ensemble de rhytons en ivoire datés du IIe siècle av. J.-C. illustre bien cette influence hellénistique. Leur forme est achéménide (protomé d’animaux) mais certains décors représentent un centaure, qui est une création grecque. Leur sommet est également décoré de frises représentant pour la plupart des divinités grecques ou des scènes dionysiaques. Elles sont ornées de masques et de têtes vues de face.

Ainsi, le premier art parthe est en fait l’exemple type d’un art de cour, sans aucune racine dans la culture locale. C’est une création qui met en jeu, d’une part des commanditaires, c’est-à-dire des rois, d’autre part des artistes qualifiés, vraisemblablement des Grecs. Ces derniers savaient parfaitement quoi faire pour satisfaire les besoins des rois de Parthie. La cour royale va donc jouer un grand rôle dans l’évolution de cet art et chaque région auxquelles il va s’étendre l’adaptera au style local.

Sa diffusion et son adaptation vers l’Occident

Les Parthes s’emparèrent d’une grande partie de la Mésopotamie et du désert syrien dans le courant du IIe siècle avant notre ère. Même s’il y a des caractères communs à l’art parthe de cette époque, chaque site offre une grande variété de styles, en fonction des gouts locaux et du degré d’hellénisation.

Par exemple, les reliefs rupestres vont être très présents en Iran et en Mésopotamie mais inconnus en Syrie. La statuaire en ronde-bosse est importante à Hatra, peut-être à cause de l’habitude de consacrer des statues de la noblesse dans les temples, mais elle est très rare à Doura-Europos et Palmyre. La conservation des peintures de Doura laisse supposer qu’aucune autre ville parthe ne devait posséder une telle décoration peinte.

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Relief de Hung-i Nauruzi

L’un des éléments remarquables de l’art parthe est la rigidité frontale des figures, même dans des scènes narratives. Le relief de Hung-i Nauruzi en Iran montre un cavalier grec s’avançant vers des personnages clairement identifiés comme Parthes par leur vêtement. Ce dernier va en effet permettre d’identifier facilement ce peuple. Si on compare les temples primitifs de Palmyre où les personnages sont vus de profil, avec les reliefs du temple de Bêl daté du début du Ier siècle ap. J.-C. montrant des figures frontales, on peut supposer que le passage à la frontalité s’effectue au tournant de notre ère.

Dans l’art parthe, de nombreux personnages portent « le vêtement parthe » :

  • Pour les hommes : longue tunique à manches et pantalon bouffant aux plis linéaires, parfois décorés de motifs pouvant évoquer des bijoux (Cf. Relief de Hung-i Nauruzi et la statue de Shami, Téhéran).
  • Pour les femmes : grande robe à manches longues, portant de nombreux bijoux et une coiffe cylindrique (Cf. La Dame de Hatra).

 

On retrouvera toutes les statues de Hatra, hommes et femmes, vêtus du costume parthe, tandis qu’à Palmyre et à Doura, il sera teinté d’hellénisme.

Les cheveux et la barbe représentés de façon conventionnelle constituent une autre caractéristique commune à ces régions. Les hommes des reliefs rupestres d’Iran et de Doura-Europos arborent une coiffure abondante. A Hatra et Palmyre, les cheveux des hommes sont coiffés en boucles en colimaçon et les barbes rendues par des vagues. La barbe sera à la mode à Palmyre qu’en 129 de notre ère, après la visite de l’empereur Hadrien.

Quelle que soit la manière dont on le définit, l’art parthe se singularise par une grande diversité et beaucoup d’éléments récurrents. Il se caractérise par le mélange du style gréco-romain avec des traits issus de la Mésopotamie ancienne et de l’Iran. La combinaison de l’unité et de la diversité est la caractéristique la plus marquante de l’art parthe.


Bibliographie :

Cat. d’exp., Babylone, sous la direction de Béatrice André-Salvini, Paris, Musée du Louvre, 14 mars 2008 – 2 juin 2008, Paris, Hazan, 2008.

BONGARD-LEVINE G., « L’art parthe après M. I. Rostovtzeff : le problème de ses origines », Compte-rendu des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres 148, numéro 2, 2004, p. 945-984.

CAUBET A. (dir.), Les Antiquités orientales : le musée national du Louvre. Paris, Réunion des musées nationaux, 1993.

CHOISNEL E., Les Parthes et la Route de la Soie. Paris, l’Harmattan, 2004.

DOWNEY B., « L’art et l’architecture parthes », Dossier d’archéologie : Les Parthes, numéro 271, 2002, p. 22-33.

GHIRSHMAN R., Iran : Parthes et Sassanides. Paris, L’Univers des Formes Gallimard, 1962.

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