Interview : Ugo Bimar de Confessions d’Histoire

Confessions d’Histoire est une association à but non lucratif qui créé des vidéos sur Youtube, la première datant de février 2015. Le projet est de faire raconter l’Histoire par ceux qui l’ont vécu. Derrière ce concept, il y a le réalisateur Ugo Bimar qui nous a accordé une interview à l’occasion de la sortie de sa dernière vidéo, sur Richard Cœur de Lion et la Troisième Croisade.

Le projet

Truquiste et réalisateur de métier depuis 17 ans, Ugo Bimar a surtout travaillé pour la publicité ces dix dernières années. Il a souhaité pouvoir créer quelque chose sans soucis de format et sans être une cible marketing donnée. Il voulait pouvoir faire ce qu’il voulait : Confessions d’Histoire est né.

Combien de temps prennent les recherches ?

Cela dépend des épisodes. Le premier, la Guerre des Gaules, vient d’un ensemble de choses que j’avais lu auparavant d’où le manque de sources pour cet épisode sur le site. Pour les autres, j’ai choisi des historiens qui présentent un point de vue intéressant. L’historienne Régine Pernoud pour Aliénor d’Aquitaine ou encore le livre d’Amin Maalouf Les croisades vues par les arabes pour la Première Croisade. Chaque personnage ou chaque clan était interviewé dans les vidéos, il fallait alors présenter différents points de vue. Le temps de recherche est celui de la lecture puis l’agencement d’anecdotes correspond au travail d’écriture qui fait des allers-retours avec la recherche.

Les recherches se retrouvent dans les notes historiques présentées pour chaque épisode sur le site de Confessions d’Histoire.

Vos sources sont donc des historiens modernes, vous n’allez pas voir les historiens plus anciens comme Grégoire de Tours pour le Moyen Âge ?

Non, je n’ai pas le temps pour les sources au sens universitaire, à part certaines exceptions comme celle de La guerre des Gaules de César.

Vous jouez aussi avec les différentes interprétations comme pour l’anecdote sur l’origine de la mère de Cléopâtre où le micro cesse de fonctionner.

Oui c’est une façon de souligner qu’il y a des sources qui sont de toute façon manquantes. Pour le cas du serpent avec lequel se serait tué Cléopâtre, il a fallu faire de nombreuses recherches, notamment sur les effets de l’envenimation ophidienne du point de vue de la médecine légale.

Qu’est-ce qui guide vos choix de sujets ? Jusqu’à présent vous avez travaillé sur l’Histoire de France et alentours avec les Croisades, pensez-vous un jour vous attaquer aux autres civilisations (Orient Ancien, Chine, Incas…)

Si j’avais le temps de tout faire, je ferais plein de choses. Mais, de par la visée de Confessions d’Histoire, il vaut mieux se concentrer sur l’Histoire de France. Ce que je cherche à construire c’est une fresque de l’Histoire de France. Les croisades sont très liées aux Francs, les musulmans appelaient les croisés les « francs ». C’est pour cela que pour moi ça fait partie intégrante de l’Histoire de France.

De plus il y a des choses très intéressantes à faire sur l’Histoire de l’Asie mais l’aspect de remise en cause des idées reçues que j’essaie de glisser dans Confessions d’Histoire ne fonctionne pas avec ce continent. Nous ne le connaissons pas, nous n’avons pas d’idées reçues sur son Histoire.

Un an depuis votre dernière vidéo. Pourquoi le retard. Y-a-t-il eu des mécontents ?

17 mois depuis la dernière vidéo. J’ai été approché par la Fédération Nationale des Caisses d’Epargne qui en 2018 va fêter son bicentenaire. La première caisse d’épargne a été signée par Louis XVIII en 1818. J’ai réalisé une web-série de huit épisodes de cinq minutes en faisant des interviews de personnages de l’histoire des caisses d’épargne, mais attention ce n’est pas une production de Confessions d’Histoire mais un projet indépendant en ma qualité de réalisateur. Comme les comédiens de Confessions d’Histoire sont bénévoles, le projet de la Caisse d’Epargne  m’a permis de faire un renvoi d’ascenseur et de les embaucher. Ce projet m’a pris beaucoup de temps.

Vous avez déjà fait une campagne de financement crowdfunding par les spectateurs : bientôt une nouvelle campagne ?

L’objectif de la dernière campagne devait couvrir trois épisodes dont le prochain sera le dernier mais il faudra racler les fonds de tiroirs car les contreparties offertes aux mécènes coûtent plus cher qu’on ne le pense. Il va falloir faire une nouvelle campagne de crowdfunding pour les épisodes suivants.

J’ai investi dans une caméra, pas pour les confessions mais une qui permettra de faire des interludes publicitaires, comme celui sur les templiers, ou encore un tuto beauté d’Agnès Sorel.

Il serait plus simple de n’avoir que quelques acteurs que je fais tourner dans les différentes vidéos mais, en changeant le casting à chaque vidéo, je permets aux acteurs de donner vie aux personnages qui resteront plus dans les mémoires des spectateurs.

Il faut compter 3500-4000€ par épisode de Confessions d’Histoire sachant que les comédiens et techniciens sont bénévoles mais qu’il faut louer le studio, les caméras, faire ou louer les costumes etc.

Les vidéos ne sont pas monétisées mais servent de carte de visite comme ce fut le cas pour la Fédération des caisses d’Epargnes qui m’a connu à travers cela.

Spectateurs pas mécontents mais impatients : tous les jours de ces derniers mois, les gens demandent si les vidéos sont arrêtées. Ce qui peut être décourageant quand on travaille depuis des mois sur un épisode.

Vous avez participé à la vidéo de la chaîne de Balade mentale sur le café. Des collaborations ou partenariats prévus?

La chaîne nous a contacté et a donné un script. Selon les chaînes des intervenants, on s’est partagé les parties du script. J’ai choisi de participer avec un personnage en costume car moi, en tant qu’Ugo Bimar, je ne suis pas encore très connu donc je voulais faire un rappel à Confessions d’Histoire.
Le problème des partenariats c’est que le format de Confessions d’Histoire rend difficile des collaborations classiques mais dès que je peux, je fais faire des caméos, ou s’ils ont des compétences d’acteurs, je leur fais jouer la comédie. Confessions d’Histoire est très difficile à interpréter, certains comédiens de 30 ans d’expérience ont eu des difficultés, le texte doit être rendu à la virgule, il n’y a pas de partenaire pour échanger. Il faut pouvoir comprendre et modifier les intentions.

Dans votre dernière vidéo vous avez mis en avant des racines arabes de mots français, c’est un sujet qui vous intéresse ?

Je voulais faire quelque chose d’intéressant autour de Saladin. C’est toujours quelque chose qui m’a intéressé. L’étymologie en dit beaucoup sur les cultures, les mots arabes qui se retrouvent en argot venant des colonies françaises c’est fascinant sur un plan intellectuel. Et cela n’a pour moi aucune connotation politique, c’est juste de la culture.

Quels projets à venir ?

Le prochain sera sur Alexandre le Grand. Je n’ai fait que cinq épisodes donc il n’y a pas de règles écrites mais j’aime bien alterner entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Au-delà de la Guerre de Cent Ans ça m’intéresse moins, à l’exception des Valois peut-être. Après Alexandre, je pense plutôt traiter Clovis pour relier les deux périodes.

Certains pensent à Kaamelott en voyant vos vidéos. Y a-t-il un lien ?

C’est un des commentaires que j’ai le plus souvent. La ressemblance n’est pas voulue. Alexandre Astier et moi sommes de la même génération. Je suis, comme lui, inspiré de Michel Audiard et Jean Yanne [réalisateur de Deux heures moins le quart avant Jésus Christ].

J’avais écrit les deux premiers en un an avant de tourner quoique ce soit. En juin 2014 j’ai tourné la Guerre des Gaules. Au moment de l’écriture, je n’avais pas pensé à Kaamelott mais je connais très bien la série.

Notes de la rédactrice : 

Aujourd’hui Confessions d’Histoire compte cinq épisodes de 10 à 30 minutes environ et un Interlude publicitaire. Ces vidéos présentent des événements historiques parfois complexes avec pédagogie et humour. Un très bon support de découverte ou de révision de l’Histoire soutenu par des acteurs et une réalisation de qualité.  Aventure à suivre.

Le site : http://confessionsdhistoire.fr

Credit photo : Confessionsdhistoire.fr

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