Le jardin secret des Hansen – Musée Jacquemart-André

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Baigneuses, Paul Cézanne, vers 1895, huile sur toile, Ordrupgaard Museum.

L’exposition du Musée Jacquemart-André qui a ouvert ses portes en septembre dernier se terminera le 22 janvier. Wilhelm Hansen (1868-1936) est un collectionneur d’art danois ayant fait carrière dans les assurances, c’était un collectionneur d’art notamment français. Avec sa femme Henny, ils ont collectionné de nombreuses toiles de peintres tels que Manet, Monet, Cézanne, Renoir ou encore Gauguin. Leur manoir où leur grande collection était entreposée de leur vivant a été légué à l’état Danois qui en a fait un musée en 1953, deux ans après la mort d’Henny Hansen.

 

La première salle de l’exposition est consacrée aux premières grandes acquisitions du couple montrant le goût très affirmé de Wilhelm Hansen pour le paysage français, il s’agit d’œuvres de Camille Corot ainsi que de Monet, on voit aussi le tableau Allée des châtaigniers à La Celle-Saint-Cloud peint par Alfred Sisley, qui fait écho à un tableau de Monet qui se trouve juste sur sa gauche, Le Pavé de Chailly dans la forêt de Fontainebleau. Ces deux tableaux nous permettent de voir les ressemblances flagrantes de l’art du paysage Français qui reste encore classique, en effet Monet n’est pas encore le chef de file des impressionnistes malgré le fait que l’on peut bien voir la touche du peintre qui sans affirmer le style qui lui sera caractéristique, annonce un changement dans la manière de représenter le paysage. Il est facilement possible d’arriver à cette conclusion car la muséographie très intelligente permet de comparer les œuvres du peintre à celle de l’un des plus célèbres peintres du 19eme siècle : Camille Corot qui est encore un peintre classique et académique dans sa manière de représenter la paysage on le voit notamment dans le tableau Hamlet et le fossoyeur qui montre les touches très fines et précises du peintre qui s’attache encore à certains détails malgré la date assez tardives du tableau (1870-1875). Nous nous trouvons donc dans une salle de transition qui permet de comprendre le travail qu’a mené Monet sur le paysage et qui en a révolutionné la représentation. Pour bien comprendre ce changement on peut observer trois tableaux importants qui montrent bien cette évolution même s’il faut les étudier par ordre non-chronologique : le Hamlet et le fossoyeur de Corot (1870-1875), Le Pavé de Chailly dans la forêt de Fontainebleau (1865) et enfin Le Pont de Waterloo (1903) tout deux de Monet. Il faut vraiment s’atteler à lire toutes les explications qui sont assez bien résumées et qui permettent de bien comprendre le contexte artistique et biographique des peintres et des collectionneurs.
Dans la seconde salle on observe, en se souvenant du seul tableau de Sisley de la première salle, l’évolution du peintre et la pleine volonté de passage à l’impressionnisme notamment avec trois scènes aquatiques, Le Déchargement des péniches à Billancourt (1877), Saint-Mammès et les coteaux de Veneux-Nadon, matin de septembre (1884) et enfin Le Garage des bateaux-mouches (1885). Le peintre évolue vraiment dans sa manière de peindre et de rendre les couleurs, il quitte de plus en plus le réalisme de celles-ci qu’il avait encore en tête dans le premier tableau datant de 1877, après cela en seulement sept années il se rapprochera du style qui sera caractéristique de Pissaro à la fin du siècle : de très fines touches de couleurs accompagnant de longues touches horizontales superposées. Avec le dernier exemple de 1885 on peut constater une proximité avec le style que Monet aura au début des années 1880, des touches de couleurs assez grossières ne cherchant plus de précision qui mélange de nombreuses nuances comme on peut le voir dans le tableau Falaise de Sainte-Adresse, temps gris de Monet se trouvant dans la première salle. Dans la seconde salle on voit également le travaille et son évolution dans la peinture de Pissaro sur la lumière qui n’est pas sans rappeler le travaille de certaines séries de Monet. La salle trois contient quatre natures mortes de Manet, Redon, Gauguin et Matisse qui nous permette d’observer l’évolution de ce motif sur presque quarante ans.

En suivant une petite salle est consacrée à Edgar Degas l’un des peintres fondateurs de l’impressionnisme si cher à Hansen. Le choix des œuvres est très pertinent, les deux tableaux : Femme se coiffant et Cour d’une maison sont caractéristiques du travaille de volume qu’à entrepris Degas. Ces deux toiles sont d’ailleurs accompagnées d’une citation particulièrement bien choisie :

« Le dessin n’est pas la forme, il est la manière de voir la forme »
On retrouve dans la salle suivante plusieurs toiles de Courbet (1819-1877) notamment. Consacrée à la nature elle permette d’imaginer l’énorme influence que ce peintre a pu avoir sur les impressionnistes. Toutes les œuvres de cette salle sont empreints d’une sorte de lyrisme presque romantiques notamment les deux paysages de Courbet ainsi que ceux de Dupré (1811-1889). Malgré le fait que la collection de Hansen rassemble plus de 250 œuvres d’art Danois, seulement une est présente il s’agit d’un tableau assez conventionnel de Johannes Larsen, on pourra peut être regretter ce manque de diversité dans les œuvres proposées. La salle numéro 7 est sans doute l’une des plus riches de l’exposition elle regroupe notamment trois artistes qu’il me semble indispensable de rapprocher de part leur manière de peindre les portraits, il s’agit de Renoir (1841-1919), Morisot (1841-1895) et Gonzalès (1849-1883). J’ai toujours trouvé regrettable que ces deux dernières soient mortes à des âges assez jeunes contrairement à nombreux de leurs contemporains. Je pense que l’on peut observer la filiation entre leur style de peinture grâce à la Femme à l’éventail de Morisot, La Convalescente de Gonzalès et le Portrait d’une Roumaine de Renoir malgré le fait que ce tableau est une très forte agressivité au niveau des couleurs ce qui n’est pas vraiment habituel chez le peintre. Le chef d’œuvre de la fin de l’exposition est, sans doute, les baigneuses.
Le tableau de Cézanne (1839-1906) a été réalisé 11 ans avant sa mort. Il représente plusieurs femmes nues aux visages flous. On peut y voir une annonce à la modernité, et sans doute l’un des tableaux qui a le plus influencé Picasso pour Les demoiselles d’Avignon. On y retrouve une proximité avec le tableau de l’Espagnol. Et comme il l’avait dit lui même : « Cézanne était comme notre père à tous« . La dernière salle est elle consacrée à Paul Gauguin (1848-1903) ce qui permet au amateur du peintre de voir certains tableaux en plus de ceux exposer en ce moment au Grand Palais.
Deux tableaux sont assez frappant tant ils sont inhabituels dans le recueil d’œuvres du peintre. Il s’agit de « La petite rêve, étude » (1881) et du « Portrait d’une jeune fille, Vaïte Goupil » (1896). Ce dernier représente la fille âgée de 9 ans du voisin du peintre lors de son second séjour à Tahiti.
L’exposition est vraiment bonne et instructive sur la peinture impressionnistes et de la fin du 19eme siècle en général. C’est un véritable panorama de maître qui nous est proposé ici.

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