La Biennale de la Havane (Cuba)

La Biennale de la Havane est aujourd’hui mentionnée comme étant l’une des manifestations artistiques majeures sur la scène internationale. Cette grande exposition internationale d’art contemporain et qui expose des artistes de leur vivant, est proposée par l’île de Cuba tous les trois ans. En effet, dès sa troisième édition, il a été choisi le rythme d’une biennale tous les trois ans (ce qui en fait finalement une triennale), tout en gardant le nom de « biennale », plus parlant pour le public. Apparue pile avant le « boom » des biennales des années 90, la Biennale cubaine expose, refaçonne la façon d’exposer et évolue en fonction de ses propres questionnements liés à l’art.

Map world bienalsCarte des biennales d’art contemporain existantes à ce jour (chaque point blanc est une biennale)

La première édition de la Biennale de la Havane a eu lieu en 1984, sous l’impulsion du Centre d’art contemporain Wifredo Lam, nom donné en hommage au peintre cubain. Wifredo Lam (1902-1982) est l’un des peintres cubains le plus connu internationalement et reste emblématique de la culture cubaine en proposant un fort métissage dans son histoire personnelle et son oeuvre teinté de modernisme comme de références africaines et caribéennes. L’artiste a aussi effectué durant sa vie divers séjours en Europe durant lesquels il a pu côtoyer les mouvements d’avant-garde de l’époque (cubisme, surréalisme, le groupe cobrA) comme les artistes emblématiques que sont Picasso, Braque, Miró, Duchamp, etc.

wifredo-lam-the-jungle-1943Wifredo Lam, La Jungle, gouache sur papier, 1943, le MoMA

Cette première édition de la Biennale de la Havane est apparue face au besoin d’exposer internationalement les artistes trop oubliés des circuits traditionnels du monde de l’art. Par exemple, si l’on prend la Biennale de Venise qui s’organise en pavillons nationaux, les seuls pays de provenance latino-américaine exposés sont le Brésil, le Venezuela et l’Uruguay. Les autres pays latino-américains n’ont donc pas la possibilité d’exposer. Cette première édition cubaine y remédia et proposa dans un premier temps une exposition des artistes d’Amérique Latine et des Caraïbes ce qui offrît au spectateurs un panorama assez complet de l’art latino-américain du moment.

cartel1bAffiche de la première édition de la Biennale de la Havane, 1984

Dès la seconde édition, en 1986, l’exposition s’ouvre à d’autres pays et fait intervenir des artistes d’Afrique et d’Asie, ce qui affirme progressivement son rôle en tant qu’espace de rencontre pour les artistes qui appartiennent alors au « Tiers-monde ». À savoir que pour ces deux premières fois, aucun thème général n’a été proposé et l’idée qui primait était alors d’envisager l’exposition comme un grand concours qui se tînt jusqu’à la troisième édition (1989) sous l’appellation de muestra concurso.

À partir de la troisième édition en 1989 et lors de celles qui suivront, un thème sera déployé avec un questionnement autours des notions d’identités, de traditions mais aussi de faits actuels et le concours a été supprimé. Une relative liberté d’expression a aussi été accordée aux artistes lors de cette édition, mais par la suite une plus grande répression se fera sentir notamment lors de la « période spéciale en temps de paix ». Les biennales qui ont suivi sont venues questionner des thèmes comme la société, les rapports de forces internationaux, la colonisation, l’intégration de l’art dans la société, la vie urbaine en transition dans les années 90-2000.

La septième édition en 2000, a marqué une évolution dans le mouvement donné aux biennales d’art havanaises. Lacceptation du dollar sur l’île, l’accroissement des touristes en visite font que se sont désormais des artistes occidentaux qui viennent y exposer et se faire primer puisque une remise de prix a finalement été remise au goût du jour lors de cette édition. 

Enfin, lors des dernières éditions proposées des artistes du monde entier sont venus finalement y exposer et la biennale trouve une place de choix dans l’étendue désormais vaste (plus d’une centaines de biennales d’art, architecture, ou du design sont actives de nos jours) des biennales d’art contemporain.

ultima bienal

Affiche de la dernière édition de la Biennale de la Havane en date, 2015

LES ARTISTES QUI EXPOSENT À LA BIENNALE et LES MÉDIUMS EMPLOYÉS

Des artistes de renommée nationale ou internationale viennent exposer à la Biennale de la Havane. Même si une mise en avant des artistes d’Amérique Latine reste la priorité, les différentes éditions de l’exposition internationale ont tour à tour vu s’exposer des artistes comme Tania Bruguera, Jose Bedia, Léon Ferrari, Lazaro Saveedra, Manuel Mendive, Gabriel Orozco, ou plus occidentalement parlant Marina Abramovic, Daniel Buren, ou encore JR. Techniquement, tous les médiums sont employés et exposés aux quatre coins de la capitale. On peut donc retrouver des toiles exposées au Musée des Beaux-arts, comme des installations sur le Malecón (célèbre promenade située en bord de mer où les cubains aiment à se retrouver après leur journée de travail), ou des collages et graffs à même les rues des différents quartiers de la ville, mais aussi des performances, de la danse, du cinéma. C’est l’un des aspects caractéristiques de la Biennale de la Havane : la ville toute entière devient un terrain d’exposition et d’échanges autour de l’art.

 

(En haut à gauche) Rafael Tomas Barro – Colombie, Detrás del muro, 12ème édition de la biennale de la Havane, 2015 ; JR – France, The Wrinkles of the city (portraits de cubains ayant vécu la révolution cubaine en 1959), 11ème édition de la Biennale de la Havane, 2012 ; Daniel Buren – France, 12ème édition de la Biennale de la Havane

POUR CONCLURE

Il est intéressant d’étudier la biennale de la Havane pour son immense capacité à s’être fait une place de choix dans le panorama des biennales d’art actuelles, à savoir sans cesse se renouveler mais surtout à enfin faire connaître sur la scène internationale artistique des artistes d’Amérique Latine et plus largement de ce que l’on appelait le Tiers-monde aujourd’hui entendu sous l’appellation Global South. L’édition 2013 aurait dû se dérouler cette année (d’octobre à novembre 2018) mais face aux dégâts provoqués par l’ouragan Irma sur la ville et les différentes structures culturelles, elle a été reporté en 2019. Toutefois, un collectif d’artistes « 00Bienal de la Habana » (sur Facebook) tenteront de proposer une biennale indépendante en 2018 en parallèle de la biennale initiale.

Article écrit par Amélie Pinero

Si la culture cubaine vous intéresse ou que vous êtes curieux d’en savoir plus je vous conseillerai un seul site ; celui de http://serendipia-cc.com/ avec des articles bien écrits et qui se révèlent être une mine d’informations.

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