Nocturne Dada Africa : Anatomie d’un coup de com’ réussi

Samedi soir dernier avait lieu au Musée de l’Orangerie une nocturne exceptionnelle autour de l’exposition « Dada Africa, sources et influences extra-occidentales », exposition visible depuis le 18 octobre et jusqu’au 19 février.

Cette soirée avait un objectif un peu spécial : attirer les 18-30 ans. Pour cela, l’entrée était gratuite et de nombreuses activités avaient été mises en place autour de l’exposition, telles que des ateliers artistiques, un ciné-concert etc. Et, aspect non négligeable, la médiation de l’exposition était réalisée par des étudiantes de l’Ecole du Louvre.Un accès à la culture pour les jeunes, par des jeunes

En effet, dix étudiantes de l’Ecole du Louvre ont été chargées par le musée de présenter l’exposition aux visiteurs. Les objets présentés étant divisés en dix parties, chacune y a trouvé son compte en choisissant la partie qu’elle préférait.

Ces étudiantes étaient toutes en deuxième ou troisième année, pour certaines c’était la première médiation, d’autres étaient plus expérimentées. Ainsi l’Ecole du Louvre encourage les élèves à intervenir lors de médiations culturelles. Les médiatrices de samedi dernier déclarent d’ailleurs que toute médiation est bonne à prendre dans une filière où l’oral et la capacité de présentation sont si importants.

Ce n’est pas la première fois que l’Ecole du Louvre organise des médiations culturelles avec ses étudiants. Elle est notamment présente à la FIAC depuis quelques années. Cependant, samedi soir, cette démarche de présentation par des étudiants était d’autant plus intéressante et passionnante qu’elle permettait une approche plus personnalisée pour un public plus jeune.

Le fait que les médiatrices soient toutes dans leur vingtaine permet également aux musées de montrer que les milieux artistiques se renouvellent. Cela permet aussi de briser l’image que l’on se fait parfois des musées comme des « institutions vieillies et peu dynamiques ».

De l’avis des étudiantes en question, la soirée s’est très bien passée. Toutes avaient approfondi leur connaissance de l’exposition par des recherches sur la partie qu’elles présentaient, et si l’on en croit le nombre de personnes pendues aux lèvres des étudiantes, les explications ont plu !

Par exemple, chacune a été frappée par un aspect différent de cette exposition. Cette dernière présente les influences qu’ont constitués tous les arts extra-occidentaux, à savoir africains, océaniens et asiatiques, sur la naissance du mouvement Dada au début du XXe siècle. Mais si l’une souligne le fait que ces sources de « l’ailleurs » ont surtout influencé les performances, une autre préfère expliquer que les deux artistes femmesdu mouvement Dada sont particulièrement mises en valeur dans cette exposition. Une dernière signale que dans ce contexte de restitution d’oeuvres, cette exposition est un premier pas vers la reconnaissance des arts extra-occidentaux et l’inspiration qu’ils ont formé pour le monde occidental.

Ciné-concert: le court métrage Entr’Acte

En complément de cette présentation de l’exposition spéciale, le Musée de l’Orangerie proposait aussi diverses activités. Parmi celles-ci, la projection d’un film de 1924accompagné de la musique originale au piano. Ce film, évidemment en noir et blanc, fut réalisé vers la fin du mouvement dadaïste par René Clair. Projeté pour la première fois en 1924 lors de l’entracte du ballet Relâche, il était déjà à l’époque accompagné de musique.

Ce film décalé et surprenant consiste principalement en une suite de plans aux associations d’idées originales. Les jambes des danseuses laissent place aux vues parisiennes. Les jeux de lumières, ceux sur les lignes forment un bel ensemble. On a également un jeu sur le temps dans ce film, les scènes sont soient accélérées soit ralenties. Le tout donne une certaine poésie au film. Ce qui ne l’empêche pas d’être très drôle, par la superposition de scènes décalées et aussi par les conventions qu’il critique. Quant à la musique, elle donne vraiment le ton du film tout au long et nous transporte dans une atmosphère presque magique.

Le film a beaucoup plu, les éclats de rire dans la salle le témoignent, et la séance unique a été remplacée par trois séances devant l’ampleur du nombre des spectateurs.

Dadaïsme maison avec Dad’Azard

L’une des autres grandes attractions de la soirée était l’organisation d’un atelier de travaux manuels où les visiteurs pouvaient créer leur propre masque d’inspiration africaine ou des collages décalés. Des papiers aux motifs bariolés et des photos d’œuvres de l’exposition étaient à disposition pour réaliser le collage de notre choix. L’activité a tant attiré que l’atelier était bondé toute la soirée.

Pour les plus déçus d’avoir manqué cette activité, Dad’Azard réinstalle son atelier certains soirs en février !

Retour au calme : poèmes musicaux

Enfin, cette soirée s’est achevée vers 22h avec une dernière performance : une déclamation de poèmes dadaïstes accompagnée d’un violoncelle. Si les poèmes n’étaient pas les plus compréhensibles, l’ambiance était bon enfant. Tous les spectateurs étaient assis par terre dans la véranda de l’Orangerie, écoutant attentivement. Cette fin de soirée, semblable aux soirées contes enfantines a permis un retour au calme avant de quitter le musée, parenthèse paisible et très appréciée.

Enfin, cette soirée est un véritable succès pour le Musée de l’Orangerie, les visiteurs sont venus beaucoup plus nombreux que prévu. L’objectif de toucher une génération que l’on considère parfois pour être en déprise avec la culture a été largement atteint. À 21h on comptait déjà 1400 visiteurs ! Malgré le monde, l’ambiance est restée intimiste, et chacun a trouvé une activité qui l’intéressait dans la large palette proposée.

Cette exposition et cette Nocturne en particulier ont eu d’autant plus de succès qu’elles étaient présentées par des homologues du public et qu’elles s’inscrivent dans un contexte de redécouverte du dadaïsme à la lumière des problématiques de restitution des œuvres et de féminisme. En somme, un pari réussi pour le musée et il est fort probable qu’on assiste à une multiplication des évènements de ce type dans les musées parisiens.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s