Ruy Blas au Ranelagh

La troupe des Nomadesques joue jusqu’au 20 avril 2018 une des plus célèbres pièces de Victor Hugo : Ruy Blas au théâtre du Ranelagh (Paris XVIe).

« J’ai l’habit d’un laquais et vous en avez l’âme »

« Les femmes aiment fort à sauver qui les perd. »

« Aujourd’hui je suis reine, autrefois j’étais libre. »

« Là ou Dieu t’aurais dû mettre, une femme te met. »

Simple laquais du grand d’Espagne Don Salluste, Ruy Blas est amoureux de la reine, dont son maître a décidé de précipiter la chute. En effet, Don Salluste a été exilé par celle-ci et veut se venger. Ruy Blas se retrouve alors pris dans le plan machiavélique de son maître qui le fait passer pour son cousin, Don César de Bazan, et lui demande de séduire la reine afin de la confondre. On suit alors tout au long de la pièce, l’ascension du personnage éponyme à la cour d’Espagne. Ruy Blas navigue alors entre de nombreux ennemis et un protocole très strict.

Drame romantique par excellence écrit en 1838, Ruy Blas a été interprété de très nombreuses fois et les Nomadesques habitués aux grands classiques (Le Mariage de Figaro, L’île aux esclaves…) nous proposent ici une belle interprétation qui met en valeur le texte d’Hugo.

Le contexte historique de la pièce reste inchangé, on est transportés dans l’Espagne du XVIIème siècle. L’époque est d’ailleurs restituée par les décors et accessoires.

En effet, le décor, bien qu’imposant est un élément unique pensé pour convenir à toutes les scènes. Il s’agit d’une grande paroi, ou d’une sorte de paravent, que l’on peut plier et modifier selon les actes afin de créer à chaque fois une scène différente. Parfois quelques chaises sont apportées en complément de cette paroi, mais on comprend bien que le décor n’est pas envahissant.

Les costumes sont d’époques, ou plutôt devrait-on dire inspirés par l’époque car ils correspondent plus à l’idéal que l’on se fait du XVIIème siècle qu’à la réalité historique. En tout cas, ils suffisent à nous transporter dans le temps. On peut remarquer qu’il y a eu un véritable questionnement sur l’identité des personnages. En effet il est possible d’identifier une couleur pour chaque personnages principaux et d’y voir une signification : Ainsi la reine, un des personnages les plus purs de la pièce, est en blanc quand Don Salluste, le manipulateur est totalement en noir. Et Ruy Blas, qui côtoie à la fois Don Salluste et la reine, étant le laquais du premier et amoureux de la seconde, oscille entre le brun et le violet.

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Ruy Blas et la reine (Crédits : Charlotte Spillemaecker)

Ce drame en cinq actes est particulièrement bien rythmé par une alternance de scènes comiques puis tragiques, drame romantique oblige. Mais surtout il y a une alternance de longues scènes parlées, peu statiques, et de combats à l’épée, à laquelle on accorde un attachement tout particulier. On notera notamment que ces combats, particulièrement bien chorégraphiés, ne sont pas toujours présents dans le texte initial. Ils résultent d’un choix du metteur en scène, permettent d’insuffler de l’action à la pièce et mettent en valeur le personnage de Don César de Bazan, tout en verve et en énergie.

Quant au casting, il reste relativement réduit. Il y a sept acteurs en tout et pour tout, et les petits rôles le temps d’un scène sont assurés par les mêmes acteurs. Cette capacité à créer une identité à chaque personnage lorsqu’on n’a que quelques lignes, et qu’on exécute une demi-douzaine de personnages mérite par ailleurs une véritable admiration.

Don César de Bazan et un alguazil
Don César de Bazan (Crédits : Charlotte Spillemaecker)

L’ensemble est également complété par de la musique pendant les changements d’actes, et donc de décors. Plusieurs scènes sont ainsi entrecoupées de courts interludes musicaux. Si l’idée des transitions musicales est intéressante, le choix d’avoir assemblé des morceaux dits classiques et d’autres plus modernes, comme du rock, est à double tranchant : la musique occupe le spectateur pendant le temps de latence certes, mais risque aussi de le sortir de l’univers et de la période historique où il a été transporté.

Enfin la mise en scène a su exploiter le très beau cadre offert par la salle, comme lorsque Don Salluste utilise l’une des loges dans l’acte V. En effet, le théâtre du Ranelagh avec ses boiseries néo-flamandes et ses multiples balcons et balustrades est une version réduite d’un théâtre à l’italienne, et probablement parmi les plus belles salles parisiennes.

La salle de spectacle
La salle de spectacle (Crédits : Théâtre du Ranelagh)

Enfin la mise en scène ne se réclame pas comme moderne, ni d’une grande extravagance, mais elle témoigne d’une profonde réflexion et d’une simplicité qui permettent un magnifique retour au texte. On apprécie des décors, des costumes et des jeux d’acteurs qui ne nous font pas oublier la beauté du texte initial, et c’est peut-être cela qu’il faut souligner dans cette mise en scène : tout s’orchestre à sublimer le texte.


Pour la voir

Ruy Blas au théâtre du Ranelagh jusqu’au 20 avril 2018

5, rue des vignes 75016 Paris

https://www.theatre-ranelagh.com/fr/saison-2017-2018/ruy-blas

2 commentaires sur “Ruy Blas au Ranelagh

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