Les Vestiges du Jour de Kazuo Ishiguro (The Remains of the Day)

Ceci est un livre particulier. 


Avant tout, ne vous attendez pas à la moindre action.
Ça, c’est dit. 


The Remains of the Day, ou Les Vestiges du Jour en français, raconte certes une semaine de vacances d’un majordome anglais âgé, mais se concentre bien plus sur les pensées – voire les obsessions – de ce dernier que sur ses péripéties au demeurant inexistantes.
Contemplation, introspection et nostalgie sont au programme. 


Alors non, dit comme cela, on n’a pas vraiment envie de se plonger dans ce roman. Et pourtant. 


De la toute première à la toute dernière page, Kazuo Ishiguro réussit l’exploit de 
devenir ce majordome engoncé dans ses principes, maniéré, attaché férocement au monde tel qu’il l’a toujours connu, aux bonnes moeurs, aux usages, à l’ordre des choses. Mais attention, Samuels n’est en aucun cas un réactionnaire, simplement un être ballotté par les bouleversements de l’histoire, remis en question dans ses croyances les plus fondamentales, incapable de changer, alors qu’il ne reconnaît déjà plus grand-chose autour de lui. 

On entend donc la voix de ce personnage atypique avec un réalisme peu commun, on a l’impression de connaître ce petit homme pétri de conventions et de bonnes intentions. 


Car c’est peut-être cela, le pire. 

Samuels n’a jamais aspiré à blesser qui que ce soit. 

Au contraire. 


C’est pour le lecteur la lente prise de conscience de ce que Samuels ne s’avouera jamais : le majordome s’abuse, se perd, perd du temps, si ce n’est déjà trop tard. A vivre dans le regret du temps passé, il s’est interdit les bonheurs les plus simples et les plus essentiels. A trop fermer les yeux sur des situations dérangeantes au nom de principes soi-disant d’autorité, il a laissé l’irréparable s’accomplir. 


Et ainsi, au long de ces presque 300 pages d’introspection avortée et d’errances mélancoliques, le lecteur ne peut qu’être frappé par la puissance des non-dits du monologue intérieur de Samuels, de sa douleur sous-jacente, du sentiment qu’il a d’être perdu dans une masse inconnue, étranger à tous et surtout à lui-même. 

Les chapitres coulent d’eux-mêmes, se déroulent avec une grande fluidité au fil des allers et retours de Samuels dans le temps, sans jamais créer la moindre lassitude du lecteur. The Remains of the Day est cependant un livre qui se savoure, qui se digère, qui est sans doute mieux apprécié si on le découvre par petits bouts, afin de laisser à chaque épisode le temps de marquer son esprit, d’imposer sa conclusion. Ce roman est exigeant et n’offre aucune réponse claire et nette : il est fait de sous-entendus, de couches de vérités inextricables, de secrets enfouis et de frustrations. Le lecteur se fait acteur, penseur, analyste, dans un travail exigeant mais profondément enrichissant. 


Pour autant, se sent-on abattu ou déprimé une fois ce texte achevé ? 

Absolument pas. 

Pensif, certes. Absorbé, ému, touché et sans aucun doute quelque peu dérangé, touché là où ça fait effet. 

La vie de Samuels, c’est une chose. 

Mais il y a aussi celle de celui qui lit Les Vestiges du Jour. Celle de ses proches. 


Que n’a-t-il pas envie de regretter ? 

Que doit-il sauver ?

Quand et sur quoi doit-il ouvrir les yeux ? 


Titre : Les Vestiges du Jour/The Remains of the Day (VO)

Auteur : Kazuo Ishiguro

Editions : Folio (VF)/Faber&Faber (VO)

Résumé :  Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant l’entre-deux-guerres de l’influent Lord Darlington, puis d’un riche Américain. Les temps ont changé et il n’est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu’à ce qu’il parte en voyage vers Miss Kenton, l’ancienne gouvernante qu’il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés…

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