Sébastien Di Silvestro, baroudeur photographe des âmes

Il est des rencontres qui vous surprennent et vous marquent, celle-ci en fait partie. Ce père de trois enfants, marié, à l’allure paisible dissimule une vie digne d’un roman fleuve.

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Au commencement jeune journaliste, Sébastien Di Silvestro part pour l’Amérique Latine créer le quotidien « Alibi Fu Aliba », littéralement « La voix du fleuve ». Il s’agissait du premier journal à traiter en parallèle de l’actualité locale, sud-américaine et mondiale et de la vie des peuples de ces fleuves tout en créant un dialogue entre toutes ces réalités pour les amener à se connaître et à se comprendre. Signe de cette diversité, chaque numéro était publié en une multitude de langues : français, hollandais, ainsi qu’en Businenge-Tongo et autres langues vernaculaires. « Tout le monde y a droit, à la parole » disait Sébastien Di Silvestro, même les barons de l’orpaillage clandestin. La priorité est de montrer le réel, quitte à prendre des risques.

Ensuite sa vie s’étale entre Nancy où il crée le premier journal gratuit d’information, « Métropolis », et les voyages à l’étranger en tant que grand reporter pour la célèbre Agence GAMMA. Mais, à la suite de graves problèmes de santé limitant pendant deux ans sa possibilité de voyager, Sébastien se lance dans le projet « I Will Shoot Your Face », entouré d’une équipe, où chacun a son interprétation de la vie. Son épouse, Perrine Sarazain,  l’accompagne dans l’équipe « elle est l’autre photographe du projet » précise SDS.  Le couple partage la même philosophie, en cherchant à valoriser la complémentarité artistique naissant entre les deux sexes.

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En partant du principe que la photographie renvoie à une vérité subjective, ce projet se veut novateur en photographiant la personne dans sa vérité, en se voulant d’abord biographique. Tout commence par un questionnaire, puis c’est le panachage sociologique, le but est qu’ils parlent et tissent des liens lors d’une soirée. Anecdote savoureuse, l’un des invités, stéréotype du militant d’extrême gauche a fort sympathisé avec le représentant local du MEDEF, ayant par le passé été le meilleur ami de son père défunt lorsqu’ils étaient à l’université.

La majorité du travail consiste en la collecte de données entre les histoires et questionnaires pour définir la biographie de la personne. Le but est de photographier la vraie personne. « En attirant ces personnes pour une soirée et un portrait, elles entrent dans un projet humaniste les conduisant à se révéler selon des modalités communes à l’humanité. Nous regardons en « God Mode ». Objectif : être dans leur têtes pour chacun en même temps. » Cherchant à partager le regard équanime de Dieu, l’artiste transcende l’Homme au travers l’objectif de l’appareil.

_DSC9397-Modifier« Ce projet est subversif, car plus personne n’a de vision du monde. » Se côtoient des profils très différents : hommes politiques, marginaux et même des prêtres. « La performance consiste à se connecter avec la personne afin de faire tomber le masque, la personne doit ressembler à elle même ». L’art provient de la relation humaine, plus que de la photographie. « Mon travail n’est pas de me donner plus de talent en trouvant la posture qui va bien, mais de rendre justice à l’être humain. Je ne me sers pas des gens pour faire une photo, c’est un travail moins spectaculaire mais plus fort d’honnêteté. » déclare Sébastien Di Silvestro.

Ce projet se veut un cadeau à la ville de Nancy et à ses habitants. « Je suis très attaché à Nancy, c’est pour moi la ville des possibles. L’art nouveau y est né. Il y a des laboratoires partout. Il y a toujours un endroit où on travaille sur le monde entier. Nancy est un laboratoire à l’échelle d’une ville. » Mener le projet dans une autre ville n’aurait pas été le même et n’aurait peut être pas eu le même sens. Il est vrai que Nancy est une ville unique en son genre, avec un côté avant-gardiste

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Le projet n’est pas dénué d’une démarche philosophique, s’inscrivant dans le courant des humanistes des années 1930, où la photographie n’est qu’un point d’appel vers d’autres médias pour dénoncer des situations moralement inacceptables et voir le beau dans le quotidien. En contrepied de tout ce qui se fait aujourd’hui, où le photographe ne s’intéresse plus qu’à l’instant. Le projet IWSYF s’inscrit dans un autre rapport au temps, le temps long. C’est un travail appelé à laisser une trace.

La dimension spirituelle est elle aussi bien présente, pour signifier qu’il n’y a pas de bien et de mal dans la vie, mais il y a de l’utile et du nuisible. « Le cercle de lumière est une marque d’unité de lieux pour une personne. La preuve qu’elles ont été photographiées au même endroit. Quand on va au devant les gens, de cette bienveillance on fait ressortir une même lumière. Le dessin de la pupille, l’illumination de la pupille, du regard, en plus dans une égalité de tous les hommes, riches ou pauvres. »

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Le but est d’imaginer la mort imminente de la personne pour imaginer sa vie, et y marquer son attachement. « Quand je photographie quelqu’un, je m’imagine que cette personne va mourir. Que ma responsabilité est d’en garder la trace et de montrer qui elle était de son vivant. Oui, je suis obsédé par la mort. » De cette inspiration surprenante, le photographe veut valoriser la vie humaine. En somme, voir la mort pour mieux voir la vie. « Pour moi la vie est sacrée, on ne peut pas en démériter chaque minute. »

Fort de son succès à Nancy, le projet va être exporté très prochainement à Rabat, ville forte de ses tensions entre tradition et modernité, disposant de liens forts et inattendus avec la ville de Nancy. « Il fallait que le projet sorte de France pour enrichir son humanité ». Le but du projet est également de mettre en lumière les contrastes de la société Marocaine, une monarchie dans la modernité.

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