Saints en lumière, le vitrail religieux en France au XIXe siècle

Pour sa dernière conférence de l’année, l’Aumônerie de l’École du Louvre invitait Madame Pascale Martinez, spécialiste du rapport entre l’art et la culture populaire, pour parler de l’art des vitraux au XIXe siècle. Domaine large et complexe soulevant beaucoup de problématiques, seulement quelques aspects de cette question ont été traités pour pouvoir proposer des pistes de réflexion et approcher cet art. Les périodes médiévale mais aussi contemporaine (du XIXe siècle à nos jours) sont foisonnantes en termes de création de vitraux. Les plus anciennes sources sont mérovingiennes et évoquent des miracles où, dans une église, un aveugle retrouve la vue et voie alors des lumières colorées.

Il faut essayer de comprendre le renouveau du vitrail durant la Restauration. Au XIXe siècle, il a perdu de sa popularité et a presque disparu car lui sont préférées les verrières blanches qui laissent passer complètement la lumière. L’article 6 de la charte constitutionnelle du 4 juin 1814 fait acte de la reprise de commandes religieuses. Plus de 2000 œuvres religieuses sont créées en trente-cinq ans. On assiste alors à un développement des images religieuses et pieuses qui mettent en valeur l’Église et les saints.

Durant ce « siècle des saints », la France a une bonne position vis-à-vis de l’Église, notamment avec Bernadette Soubirous et Thérèse de Lisieux. Il faut rechristianiser un territoire laissé à l’abandon à cause de l’anticléricalisme de la Révolution. Le goût pour l’art religieux s’ancre dans la spiritualité romantique qui se développe, avec un intérêt très prononcé pour le Moyen-Âge. En effet, dans l’Europe entière se développe le goût pour le néo-roman et le néo-gothique. Cela s’inscrit dans le paysage pictural avec les nazaréens allemands, les préraphaélites anglais et les nazaréens anglais qui veulent revenir à la tradition de l’artiste chrétien et de l’iconographie chrétienne stricte.

Dès la Restauration, Alexandre de Laborde demande aux préfets de faire une liste des monuments de la France échappés aux révoltes révolutionnaires. Les églises romanes et gothiques sont dans de très mauvais états. Notre-Dame de Paris n’a jamais été vraiment restaurée mais va l’être entre 1844 et 1864 par une équipe de deux architectes dont Viollet-le-Duc. Mais il y a aussi beaucoup de constructions, notamment vingt-quatre nouvelles églises dans Paris. Ce sont des projets énormes qui vont être très éclectique au niveau de leur style avec une reprise du modèle de Sainte-Marie-Majeur appliqué à des modèles néo-byzantin.

L’art du vitrail a déjà été touché du doigt par Alexandre Lenoir et son Musée des Monuments Français entre 1795 et 1816. Dans le souci de reconstituer des ensembles en fonction des périodes, il présenta des vitraux intégrés dans le modèle.

Les techniques du vitrail sont perdues car il n’y en a plus eu depuis longtemps. Il a fallu l’intérêt de chimistes, archéologues et verriers pour faire des recherches. Le vitrail est un champ d’expérimentation et d’invention avec beaucoup de brevets. Le Comte de Chabrol, préfet de la Seine, a favorisé leur fabrication et leur rénovation en donnant des subventions aux vitreries pour des vitraux de couleur. Il a un goût néo-médiéval suivant la pensée romantique, sorte de volonté de revenir à l’authenticité. Il rapporte des praticiens d’Angleterre, pays où la tradition de cet art est bien gardée. En France, les ateliers de peinture sur verre sont dans les manufactures près de Paris comme celle de Sèvres et la verrerie de Choisy-le-Roi. Cependant, il commande à Londres des verrières pour la nouvelle chapelle de la Vierge de l’église Sainte-Elizabeth. La technique est simplifiée car on n’a plus besoin de cerner les formes par du plomb et les tableaux s’emboitent les uns dans les autres. C’est proche des préraphaélites anglais. 

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©️ A.F. Lozano C.

La première réalisation date de 1816 et se trouve à l’église Saint-Roch. Ce Christ en Croix, pastiche d’un Christ du XVIIe siècle, a été commandé par les paroissiens. Il remplace la vitrerie à bornes par des plaques de verre incolore dépoli. C’est une œuvre peu appréciée par les contemporains.

L’église de Sainte-Etienne-du-Mont a plein de verrières anciennes mais montre aussi le goût pour les vitraux-tableaux. Tout un panorama reconstitue la procession de la chasse de sainte Geneviève. On est beaucoup dans l’anecdotique et proche d’un type pictural qui ressemble à la grande peinture d’Histoire de ces mêmes années. Ce sont des panneaux de verre peints selon des techniques différentes et qui ont beaucoup de succès.

Dans l’église Saint-Laurent, en 1887, l’iconographie est choisie en rapport avec le vocable de chaque chapelle. Il y a une volonté d’actualiser l’histoire de l’Église qui est mise en place dans ces années-là. Sera souhaitée la réalisation de verreries avec des feuilles de verre teintes dans la masse. Certains maitres verriers, très doués, imitent même des altérations pour donner de l’ancienneté. 

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©️ Chapelle royale de Dreux

De grands commanditaires et d’importantes familles vont valoriser les ensembles de vitraux comme pour la chapelle de la famille d’Orléans à Dreux. C’est le mausolée de leur famille qui est réalisé par la duchesse d’Orléans. Est présentée une énorme verrière avec des figures de saints qui sont ceux de la famille des Orléans. En 1830, Louis-Philippe devient roi des Français et le monument est agrandi en imposant un style néo-classique. Les vitraux relatent les épisodes de la vie des saints de la famille et des rois. Le Moyen-Âge est le début, d’une certaine manière, de l’idée de la nation. La coupole est réalisée par Ingres qui est un ami personnel de la famille. Le programme est long à mettre en place et on y retrouve des costumes fantaisistes. Il y a la représentation de certaines figures comme celle de Saint-Louis dont l’iconographie était populaire.

vitrail-de-l-archangeL’église Notre-Dame-de-Compassion à Paris a été réalisée par Scheffer pour le décor, Ingres pour les vitraux et Triqueti pour la statuaire. Louis-Philippe voulait que la chapelle puisse être commémorée pour l’anniversaire de la première année de la mort du prince. C’est un projet complexe car il a fallu aller vite. Ingres, au fur et à mesure qu’il faisait les cartons (aujourd’hui conservés au Musée du Louvre), les envoyait à Sèvres. Il a fallu choisir des figures, comme les saints de la famille : saint Philippe et sainte Amélie. C’est la même iconographie et il y a le souci de rendre l’Histoire palpable et du point de vue des figures, l’archange porte un vêtement blanc qui est admiré en son temps à cause de la difficulté de l’ensemble. Ingres cite de manière systématique Raphaël avec l’ovale des visages féminins et la construction des figures.

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©️ Yvette Gauthier

Dans l’église Sainte-Marguerite du Vésinet, Maurice Denis revendique le fait d’être catholique. Il est une personnalité marquante du renouveau catholique du début du XXe siècle. Il réalise des verrières et plafonds pour les chapelles de la Vierge et du Sacré-cœur. Il s’ancre dans une tradition archaïsante, celle considérée chrétienne de Fra Angelico. L’image de la charité et des vertus théologales sont sous la forme d’épisodes de la vie de Jésus Christ. Les sujets sont très épurés et ont pour fonction de soutenir la méditation, celle initiale du vitrail religieux. 

On a aussi des vitraux commémoratifs en Vendée, en lien avec la restauration de certaines églises jusque dans les années 1950. L’Histoire de l’Église universelle s’incarne de manière concrète dans les guerres de Vendée. Ils ont pu développer une iconographie originale et ont considéré cela comme un authentique enseignement religieux.

Au début des années 1870, au moment de la chute du Second Empire, l’église catholique est attaquée. De plus, la IIIe République est anticléricale. Il y a la problématique de la reconquête du peuple catholique et pour cela sont développés des sujets s’inscrivant davantage dans l’Histoire : on met en place des héros plus humbles comme des prêtres, car beaucoup ont subi des persécutions, et un héroïsme des populations avec une représentation de ce qui peut être authentique comme les coiffes et les blouses. Dans les verrières de l’église Saint-Pierre de Lucs-de-Boulogne, on retrouve le Massacre des Lucs. Ce sont plus de 560 personnes tuées dans l’église où elles s’étaient réfugiées. Il y a en même temps des notices inscrites pour que l’on sache de quoi il retourne. Tous ces vitraux sont faits par Clamens, inventeur du vitrail commémoratif des guerres de Vendée.Massacre_des_Lucs-sur-Boulogne

Malraux ne comprenait pas pourquoi on a abandonné le vitrail qui « s’éveillait et s’endormait avec le jour ». Par la suite, les grands artistes contemporains comme Chagall se sont confrontés au vitrail car c’est une occasion unique de chercher et d’exprimer à travers leur oeuvre quelque chose qui relève de la foi.

Au nom de l’Aumônerie de l’Ecole du Louvre, nous remercions chaleureusement les étudiants et auditeurs venus assister à notre cycle de conférence sur la Lumière et espérons que vous nous suivrez également l’année prochaine autour d’un nouveau thème et toujours du traditionnel buffet maison à la cafétéria !

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