Le Vasa (1625-1628)

Aujourd’hui, petit détour exotique par la Venise du Nord, Stockholm, où il est presque impossible de manquer le fameux Vasa Musée (Vasa Museet). Inauguré le 15 juin 1990 à Galärvarvet par le roi Carl Gustav XVI, le musée abrite l’un des navires les plus admirés au monde.

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Soixante-neuf mètres de long, quarante-sept mètres de large, entre huit cent et neuf cent tonnes, l’impressionnant navire, richement décoré et considérablement armé, sombre dans le port de Stockholm le 10 août 1628. Subdivisé en sept niveaux, le musée retrace l’histoire d’un des vaisseaux les plus onéreux de son temps, de sa construction aux évènements et facteurs qui mèneront à sa perte, jusqu’à l’aube de sa découverte.

La découverte

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Anders Franzén

L’aventure débute en 1953 pour l’ingénieur de 38 ans Anders Franzén. Spécialiste des guerres navales des 16ème et 17ème siècles, il est également expert en navires militaires. Pionnier de son temps, il est un des rares à combiner les recherches effectuées aux archives à celles effectuées sur le terrain. Non seulement amené à parcourir le port de Stockholm, il est en outre averti des conditions uniques qu’offre la mer Baltique. L’eau de mer étant moins salée en cette région, aucuns tarets, mollusques bivalves marins, qui dévorent les bois immergés en eau saumâtre, n’y subsistent. Par conséquent, les navires qui ont coulé dans la Baltique peuvent être préservés des centaines d’années voir des milliers d’années. Ces conditions favorables le persuadent de l’existence de l’épave non loin du lieu où le navire fit naufrage. Après plusieurs années de recherches, ses efforts sont récompensés le 25 août 1956. Dès le mois de septembre de la même année, commencent les expéditions à près de trente-deux de mètres de profondeur. Après trois cent trente-trois ans immergé dans les eaux, le navire est ramené à la surface en 1961. Un évènement suivi de près par les journaux, radios et télévisions du monde entier. Fort des conditions citées préalablement, le navire est resté presque intact, à 95% authentique,  si bien conservé qu’il était capable de flotter sans soutien lors de l’opération de sauvetage !

Un musée temporaire est construit avec pour objectif principal de faire dégorger le navire. Neuf années lui seront nécessaires afin de sécher entièrement et de retrouver son étanchéité. Compte tenu de la forte probabilité d’existence d’un certain nombre de bactéries, ce n’est qu’une fois après avoir été vacciné contre le typhus, la jaunisse, et autres maladies infectieuses que les archéologues ont pu monter à bord et commencer les fouilles.

Dès 1986, dix millions de visiteurs ont vu le Vasa. L’année 1988 marque le dernier voyage pour le Vasa, de Wasavarvet jusqu’à son emplacement final, au nouveau musée. En 2001 le navire a été vu par près de vingt millions de visiteurs ; aujourd’hui, il est un des musées scandinaves les plus visités.

Histoire du navire

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Maquette du chantier naval de Skeppsgården

Printemps 1625. Au chantier naval de Skeppsgården, sur l’île de Blasieholmen au cœur de Stockholm, à l’emplacement même du musée, s’affairent près de quatre-cent hommes et femmes à la construction du navire. Trois années seront nécessaires à sa mise en oeuvre où, conjointement, s’exécutent charpentiers, cordiers, forgerons, vitriers, scieurs, graveurs et de nombreuses autres professions. Quelques mois plus tôt, le 16 janvier, le roi Gustave Adolphe II signe un contrat avec le constructeur Henrik Hybertsson pour la construction du Vasa qui devait répondre aux prétentions somptueuses du roi. Ce dernier est remplacé à sa mort par Hein Jakobsson pour mener à bien la poursuite des travaux.

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Plus d’un millier de chênes seront nécessaires. Construit pour impressionner, l’accent est porté sur l’armement du navire ; en conséquence, la construction des soixante-quatre canons de bronze est rapidement amorcée. Mais le vaisseau est également pourvu d’un abondant décor. L’arrière du vaisseau est la partie la plus ornée. Sur la partie haute sont gravé les lettres G A R et S pour Gustavus Adolphus Rex Suecia : Gustave Adolphe Roi de Suède.

Les armoiries de laMO Suède, d’une taille de deux mètres de haut sur trois mètres vingt-cinq de large, y sont également représentées par l’artisan Mårten Redtmer. Il réalise pas moins de cinq cents sculptures, dont les motifs empruntent à la mythologie grecque, à la Bible, à l’histoire romaine, et à la lignée légendaire de la famille royale suédoise, viennent embellir la totalité du bâtiment.

 

 

Mais l’ampleur du programme décoratif ne s’arrête pas là. Près d’un millier de pigments ont été recueillis, mettant en lumière non seulement le goût de l’époque pour l’abondance de couleurs mais également la somptuosité et le faste, parties intégrantes de la conception du vaisseau, reflets des desiderata d’un roi ambitieux. Douze années de recherches et d’analyses ont permis d’établir une reproduction fiable du navire de 1628 avec les pigments correspondants.

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Maquette du navire, 1/10

 

 

 

 

Le Vasa est inspecté le 16 janvier 1628. Le 10 août, le navire est prêt pour son premier périple. Amarré non loin du château royal, il fait l’admiration et la fierté des habitants, il intimide les ennemis de la couronne. Sa construction fut suivie avec un fort intérêt à l’étranger, notamment pour son imposant armement, dans un contexte où, théâtre d’une guerre commencée en 1618, l’Europe verra voir deux ans plus tard, soit l’année 1630, la Suède prête à s’engager dans un terrible conflit, la Guerre de Trente ans.

MAPUne fois la cérémonie inaugurale achevée, on hisse les voiles, on fait retentir le son des canons et voilà que le navire s’éloigne du quai. Mais un puissant coup de vent le fait chavirer et sonne le glas du voyage seulement après mille trois cent mètres parcouru.

 

 

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Procédé de la cloche de plongée en usage au XVIIe, réutilisé quelques trois cent trente- trois année plus tard durant l’opération de sauvetage

Attendant l’arrivée du navire à bon port, le roi, alors en Prusse, reçoit deux semaines plus tard une lettre lui exposant les faits. Rapidement il demande que les coupables répondent de leurs actes. Mais conférer la responsabilité du naufrage n’est pas aisé et bien que le capitaine Söfring Hansson ait été emprisonné dans un premier temps, les poursuites sont abandonnées. A une époque où la flotte suédoise est marquée par de nombreuses pertes, le désastre trouve son origine en la conception même du navire, un état de fait relativement fréquent. L’armement et le décor ajoutent au poids total. Or non seulement le navire est trop lourd mais il est également trop haut. Instable, il témoigne de l’incapacité des constructeurs de l’époque à établir des dessins ou calculs précis de stabilité. En outre, la transmission des savoirs et des modèles se fait secrètement, d’un père à son fils, venant freiner les innovations relatives à la manœuvrabilité. Néanmoins, le Vasa est plus massif et plus lourd que ses contemporains. Il apparaît comme une sorte d’expérimentation à une période où l’élaboration de prototypes n’était pas complètement marginale.

En 1664, on remonte les soixante-quatre canons à l’aide d’une cloche de plongée avant que le navire ne sombre dans l’oubli durant près de trois siècles. Le sauvetage est un exploit au vu des conditions dans lesquelles il est perpétré, la température de l’eau est glaciale et la luminosité très faible.

Au moment où le navire chavire, une centaine d’individus se trouvent à bord. Vingt-cinq corps ont été retrouvé, dont deux femmes auxquelles le musée accorde une place toute particulière, s’évertuant à revenir sur une conception de l’histoire souvent latente sur le rôle et la place occupés par les femmes. Miroir des conditions de vie à bord d’un vaisseau du 17ème siècle, les vestiges du navire agissent tels un arrêt sur le temps. Nourriture (beurre, pain..), vêtements, affaires personnelles, vaisselles et autres ont été très bien conservés. Ils témoignent des fortes différences sociales entre les membres de l’équipage qui pouvaient comprendre jusqu’à cent quarante-cinq membres et  trois cent soldats : amiral, capitaine, lieutenant, cuisiniers, barbiers, prêtres, charpentiers, femmes, enfants et bien d’autres. La discipline était de mise avec la menace constante de subir le supplice de la cale  voir la peine de mort en cas de transgressions, la bière maintenant le bon vouloir des membres de l’équipages. Les vingt-cinq corps retrouvés montrent également les maladies présentes à bord ; les risques de succomber des suites d’une contraction à une des multiples épidémies qui sévissaient sur les navires étaient bien plus fréquentes que de perdre la vie sur le champ de batailles.

La préservation apparaît comme une question clé dès la sortie de l’eau du navire. Préserver un aussi large volume de bois imprégné d’eau n’avait jamais été réalisé auparavant. Afin d’empêcher l’apparition d’éventuelles craquelures et fissures, des projections d’un mélange d’eau et de polyéthylène glycol, une substance que l’on retrouve dans les rouge à lèvre et les crèmes pour les mains, qui confèrent aujourd’hui la surface brillante du navire, sont réalisées les dix sept premières années. Le travail que requiert la préservation du navire est toujours en cours et implique de faire face continuellement aux problèmes éventuels afin de garantir la sauvegarde du navire pour les futurs générations. Dans une pièce à basse température, sans oxygène et sans lumière, le Vasa pourrait être préservé indéfiniment mais dans un environnement avec lumière, oxygène, chaleur et humidité, on ne peut déterminer le temps imparti auquel est soumis l’un des navires les plus célèbres et impressionnants qui existe à ce jour.

Camille Janin

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Horaires d’ouverture :

Du 1er septembre au 31 mai 10h00-17h00 (le mercredi 10h00-20h00)

Le 31 décembre 10h00-15h00

Du 1er juin au 31 août, tous les jours, 8h30-18h00

Fermé le 1er janvier, et du 23 au 25 décembre

Adresse : Galärvarvsvägen 14, Stockholm

http://www.vasamuseet.se

 

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