Festival de l’Histoire de l’Art de Fontainebleau

Le Festival de l’Histoire de l’Art se tenait ce weekend à Fontainebleau. Ouvert gratuitement à tous, il rassemble chaque année historiens de l’art, artistes, chercheurs, pour des conférences, tables rondes et débats. Le thème de cette édition était le Rêve. La Grèce était le pays invité.

Nous sommes allés faire assister à différents événements dont nous vous rendons compte ici.

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Conférence inaugurale : entretien avec Jean Michel Othoniel

Le vendredi 1er juin le Festival de l’Histoire de l’art de Fontainebleau était inauguré par une conférence de l’artiste français contemporain Jean Michel Othoniel (né en 1964). L’ouverture du festival par un artiste contemporain est désormais une tradition, et le travail de cet artiste était particulièrement pertinent pour cette nouvelle édition placée sous le signe du Rêve. Ses œuvres oniriques et merveilleuses subliment la réalité et la réinventent. Cet entretien d’une heure était conduit par Eric de Chassey, directeur de l’Institut national d’histoire de l’art, et s’est tenu dans la salle, pleine, du théâtre municipal de Fontainebleau. La conférence s’est concentrée sur quelques œuvres clés de l’artiste et cherchait à explorer son rapport au rêve, mais aussi ses liens avec l’histoire de l’art.

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Mon Lit, une sculpture en verre de 2003, présentée lOthoniel, Mon litors de l’exposition Cristal Palace à la Fondation Cartier (Paris) a été la première œuvre analysée. Elle a été crée spécialement pour le lieux, un grand espace tout en verre, qui a directement évoqué à l’artiste l’idée d’Alice au Pays des Merveilles.

L’exposition a été pensée comme une exploration de la vie de l’artiste, depuis le lit à la tombe, dans un parcours inspiré par le Songe de Poliphile, un voyage dans le rêve écrit au XVème s par le moine Francesco Colonna. Avec le lit et la tombe, il met en évidence la récurrence de la position allongée au cours de l’existence : lors de la naissance et de la mort, mais on pourrait aussi rajouter lors du sommeil et du rêve.

Jacopo Zucchi, Villa Medicis, chambre de l'auroreCette exposition était également très inspirée par sa résidence à la Villa Médicis (1996) où il a pu prendre le temps de réfléchir à son travail, se nourrir des paysages romains et d’art classique. Eric de Chassey fait d’ailleurs un lien entre les fresques de grotesques de la Villa Médicis (Fresque de Jacopo Zucchi, chambre de l’Aurore) et le travail d’Othoniel, qui sont plus ou moins soumis à un retournement de la gravité comme dans le rêve.

Othoniel a ensuite évoqué son rapport à la beauté, qui est un sujet tabou pour sa génération d’artiste, quelque chose de suspect, qui éloigne trop de la radicalité. Il s’y intéresse néanmoins, notamment après avoir accéder à une nouvelle vision sur son travail en Asie. Là bas « la beauté était un accès à la spiritualité ».

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Jean Michel Othoniel est également l’auteur du fameux Kiosque des Noctambules (2000), la bouche de métro en verre du Palais Royal. Il s’agit « d’une folie de jardin » inspirée directement par Guimard. Cette oeuvre a demandée plusieurs années de préparation pour en faire une œuvre qui sublime la place par sa beauté et sa bonne intégration au paysage urbain classique.

L’oeuvre Big Wave, conçue pour l’exposition Géométries Amoureuses au CRAC de Sète (2017) est analysée par Eric de Chassey comme une forme phallique en lien avec la dimension érotique des rêves. Mais Othoniel explique que l’origine de cette œuvre est tout autre : il s’agit d’un motif de cauchemar qu’il a dessiné après le tsunami au Japon en 2011. Une fois invité à Sète, il pense à la Vague de Le Gray et réalise en briques de verre cette sculpture monumentale. Elle a un aspect très guerrier qu’il cherche à rectifier dans une nouvelle version de l’œuvre présentée à Saint Étienne.

Othoniel, Big Wave, Le Gray, la Vague

Feuillet, Chorégraphie, 1704Les Belles Danses, L’entrée d’Apollon est une œuvre pérenne installée dans les Jardins de Versailles depuis 2015. Il s’agit d’une collaboration avec le paysagiste Louis Benech. Tout deux se sont inspirés de l’histoire des lieux pour repenser le bosquet du Théâtre d’Eau. Les sculptures d’Othoniel sont en fait une réécriture des dessins de chorégraphies de Feuillet (1704) réalisés pour le roi et les cours d’Europe. Comme des danseurs ces sculptures-fontaines semblent se mouvoir sur des plans d’eau qui remplacent les scènes du XVIIIème.

Eric de Chassey et Jean Michel Othoniel, pris par le temps, n’ont pu analyser toutes les œuvres qu’ils souhaitaient montrer. En vrac il aurait été question du trésor de la cathédrale d’Angoulême, de la Grotta Azzurra (2017), du Petit Théâtre de Peau d’Âne (2005) etc.

Othoniel, Les belles danses

Eric de Chassey conclue en faisant une analogie entre le processus de création de Jean Michel Othoniel et celui du rêve. Ils partent tout deux d’éléments personnels, de références classiques, d’actualité. Pour finir Othoniel insiste sur l’énergie du rêve qu’il essaie d’insuffler dans ses œuvres.

De Grèce à Paris, l’invention d’un chef d’oeuvre : la Vénus de Milo au Louvre (conférence de Jean Luc Martinez)

Jean Luc Martinez, directeur du Musée du LouvWP_20180601_12_35_16_Prore, a tenu dans la Chapelle de la Trinité une conférence sur la Vénus de Milo le vendredi 1er juin. Elle a attiré de nombreuses personnes, dont une grande partie est restée debout dans ce petit espace.

Le sujet de cette intervention rend hommage au pays invité pour cette édition du festival, la Grèce. Il a également été choisi en lien avec l’exposition Paris-Athène prévue pour le printemps 2021 au Musée du Louvre. Elle mettra en valeur les liens franco-grec qui sont notamment symbolisés par la Vénus de Milo. Ainsi Jean Luc Martinez a exploré pendant une heure la question de la célébrité de cette statue grecque, et plus généralement le processus de fabrication d’un chef d’œuvre. Pour répondre à ces questions il a mis en avant trois points principaux.

 

Tout d’abord le contexte et les circonstances de découverte de la Vénus. Le début du XIXème s était une période de fantasme de la Grèce. Il explique que lors de l’arrivée de la statue en 1821 au Musée du Louvre, l’art grec était très peu connu en France. Il n’y avait que très peu d’œuvres grecques dans le musée et en France en général. Par rapport à ses voisins allemands et anglais, le pays connaissait un certain retard dans le domaine.théâtre-d-île-de-milos-et-village-antiques-de-klima-23555878

L’île de Milo est également un lieu particulier. Il s’agit de la première escale en Méditerranée, tout les navires passent par là. Les premières fouilles archéologiques de l’île (1816-17) sont allemandes et se déroulent au théâtre de Milo, juste en dessous du terrain où est découverte plus tard la Vénus. Le comte de Forbin (directeur du musée royal du Louvre) entreprend quelques années plus tard une campagne de fouille en Méditerranée et commence à Milo : son but est de rapporter des antiquités au musée.

Olivier Voutier, Vénus de MiloCe personnage, et d’autres, sont des éléments clés de la découverte et de la reconnaissance de la sculpture. Olivier Voutier par exemple, officier de la marine française, assiste à la découverte et réalise les premiers dessins. Le Duc de Rivière, ambassadeur de France, quant à lui, l’achète et l’offre à Louis XVIII (qui l’offre au Musée du Louvre). Il ne l’aurait pas fait si il n’avait pas souhaité, à ce moment là, se racheter au yeux du monarque après sa destitution de son poste.

Ensuite, il faut garder en tête que la Vénus de Milo est un prétexte parfait à raconter des histoires. Elle est sujette à de nombreuses anecdotes, plus ou moins embrouillées et réelles. On sait qu’elle arrive en France en 1820 et qu’elle entre au musée en 1821. Mais avant cela, elle aurait été l’objet « d’affrontements » (plus vraisemblablement des négociations) entre les français et les turcs (qui voulaient en faire cadeau à un prince).

Il s’agit aussi de démêler le vrai du faux dans les nombreux témoignages sur la découverte de la statue. Olivier Voutier la représente telle qu’on la connaît, en deux fragments, sans bras. Le Comte de Marcellus parle lui d’un bras, d’une main tenant une pomme et de trois piliers. De plus dans les années 1870 l’opinion publique s’introduit dans l’histoire. Des témoins racontent ce qu’ils auraient vus et produisent des dessins. Apparaît ainsi l’idée qu’elle aurait été découverte dans un gymnase, dans une niche et sur une base (qui serait présentée dans un hôtel sur l’île aujourd’hui). Il y aurait également des inscriptions avec une signature de sculpteur. Ce sont des informations à prendre avec beaucoup de pincettes, qui sont sûrement fausses pour la plupart.

En outre la découverte de la Vénus de Milo crée un phénomène de mode exceptionnel. Des fouilles intensives sont organisées partout sur l’île et tout collectionneur veut sa statue de Milo.Vindplaats_venus_van_milo

La question des bras soulève beaucoup de débats dans la communauté archéologique et la sphère publique. Faut-il les restaurer ? On a l’idée qu’il s’agissait d’une Vénus victorieuse, à cause de la main avec la pomme. On prépare donc la statue pour une restauration en marbre. On a des dessins qui la montre avec un moignon de bras gauche, mais d’après les archives cela n’aurait en fait jamais été réalisé. Au final la restauration n’a jamais vraiment lieux parce qu’on ne connaît pas la position réelle des bras, on se demande si elle était accompagné d’un Mars etlouvre-aphrodite-dite-venus-milo_0 si on va le retrouver. Cette question de la restauration incarne aussi les tensions avec l’Allemagne dans le domaine de l’archéologie grecque. Il s’agit ici de défendre une certaine vision de l’histoire de l’art à la française.

 

La Vénus de Milo s’est construite comme un chef d’œuvre parce qu’elle a été trouvée à une certaine époque, dans un certain lieu et par certaines personnes. Elle est également le noyau de nombreux débats scientifiques et d’opinion publique de l’époque, ce qui en fait une candidate parfaite au storytelling. Enfin Jean Luc Martinez rappelle dans un troisième temps, que la Vénus de Milo ne serait certainement pas aussi célèbre si elle n’avait pas été présente au Musée du Louvre.

 

Les médiateurs de l’École du Louvre

Musée chinois de l'impératrice eugénie, médiation fontainebleauComme chaque année des élèves de l’Ecole du Louvre ont réalisés des médiations lors des trois jours du festival. Ils ont accueillis les visiteurs dans les différentes parties du château et du musée. Pour les nombreux élèves volontaires, ces médiations dans le cadre exceptionnel du plus grand événement en histoire de l’art de France sont une expérience très enrichissante .

Nina, élève de troisième année, présentait par exemple le musée chinois de l’Impératrice Eugénie, exceptionnellement ouvert gratuitement ce weekend. Pour sa première expérience de médiation, elle s’est confrontée à un public varié d’amateurs, de touristes ou de simples curieux, qu’elle a introduit à cette partie peu connue du château. Les nombreux objets issus pour la plupart du pillage du Palais d’été de Pékin, mais aussi de don de l’ambassade de Siam, sont disposés selon les voeux d’Eugénie dans un éclectisme très représentatif du XIXème s. Ce weekend, fatiguant, a été très enrichissant pour elle et lui a montré qu’elle était capable de parler à un public sans problème. Il était très gratifiant d’apprendre des choses à des visiteurs toujours curieux.

WP_20180601_13_41_59_ProMonika était quant à elle postée dans la galerie des portraits à l’entrée du musée et dans la galerie des assiettes. Il s’agit d’un espace particulier qui attire beaucoup de visiteurs car le musée vient de ré-ouvrir. Élève également de troisième année, ce n’est pas sa première médiation. Elle doit ici présenter un très grand ensemble de pièces, et pas une œuvre en particulier comme cela peut être souvent le cas dans les médiations de l’école. Cela peut être plus difficile mais cela oblige à être synthétique et polyvalent.

Toutes deux regrettent néanmoins que le public ne soient pas plus informés de leur présences et de leurs rôles (Monika remarque que beaucoup de visiteurs passent à côté des médiations parce qu’ils ont des audioguides). Le musée chinois est un cas plus particulier car pas très bien indiqué et normalement payant, ce qui a induit certaines personnes en erreur. Néanmoins elles ont reçus beaucoup de visiteurs et sont ravies d’avoir participé !

 

 

Un après-midi au vestibule Saint-Louis

Le Vestibule Saint-Louis est un des espaces recevant des événements du Festival de l’Histoire de l’Art de Fontainebleau. Récemment restauré, il est un exemple des restaurations néo-gothiques exercées au XIXe siècle. Attirant nombre de curieux, cette petite salle est exceptionnellement ouverte à la visite.

Les conférences qui s’y sont tenues le vendredi 1er juin sont un exemple de la diversité du programme du festival. Sophie Caron, conservatrice au Musée du Louvre, proposait une présentation de ses recherches sur les oreillers dans les Annonciations des écoles nordiques de peinture au XVe siècle. Un raz-de-marée de visiteurs s’est déversé pour ce sujet pointu et rare et nombreux sont ceux qui n’ont pu assister à la conférence.

04507839050424204fe51aa521370307Les oreillers sont souvent vert et rouge et sont un écho au lit. C’est un objet informe qui ne redit sa forme propre que lorsqu’un corps s’imprime sur lui. Il peut-être être alors le témoin de l’arrivée de l’ange notamment par le fait que dans les récits, son arrivée aurait bouleversée ces oreillers.

Au XVe siècle il était courant d’emplir ses oreillers de diverses herbes avant le mariage afin de le rendre prolifique. Dürer, aurait fait la même chose en utilisant son médium artistique, le dessin. En effet, son mariage s’annonçait dès le début malheureux et souhaitait l’adoucir par le biais de cette croyance. Les oreillers peuvent être autant une conception ecclésiale que laïque.

Agnès Callu_l'historien de l'art : conversation dans l'atelierEnsuite, avait lieu une présentation d’ouvrage. Ces présentations sont multiples au sein du festival et une place importante est donnée au Salon du Livre qui se tient sous un grand chapiteau dans la cour Ovale. Les publications ont une place primordiale dans le domaine de l’Histoire de l’Art puisque c’est une manière de rendre visible ses recherches à un large public. Ici, c’est aussi une manière d’échanger avec d’autres chercheurs et faire de nombreuses rencontres. Le vestibule Saint Louis accueillait donc Agnès Callu pour L’historien de l’Art : conversation dans l’atelier. Cet ouvrage a nécessité des heures d’entretiens avec l’académicien alsacien Roland Recht. Ce sont de nombreuses réflexions qui sont menées par ces deux intellectuels.

Pour terminer cet après-midi, Fabien Bellat proposait une version de rêves et de cauchemars dans l’architecture urbaine de l’URSS. Dans sa présentation, il est possible de garder l’idée de syncrétisme en prenant des éléments des autres civilisations. En effet, on retrouve souvent des éléments empruntés au paludisme italien et à Versailles. Ces derniers emprunts, au niveau historique, remontent au XVIIIe siècle et sont donc dans  certaine continuité. L’architecte Burov, pour le projet de mémorial à Stalingrad, s’est inspiré d’une pyramide de Chitchen Itza et a mixé pour les décors les dieux de cette civilisation avec l’Armée Rouge. liverpool-5

Mais, l’architecture montre aussi l’ambition du pays. C’est ce qui est visible en Biélorussie, à Minsk, ville détruite à plus de 95% après la Seconde Guerre Mondiale. Après sa libération en juillet 1944, l’Opéra était le seul bâtiment restant et une des premières reconstructions a été le Ministère de la Défense. Ensuite, cela a été le siège du KGB qui s’inspire du palais de Whitehall à Londres et la Fontaine de Trevi de Rome. On retrouve encore là, un syncrétisme des idées.

 

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