Protéger, restaurer et médiatiser : L’archéologie en temps de guerre

« L’archéologie en temps de guerre ». Séminaire doctoral du 9 avril 2018. Salle Demargne, Galerie Colbert, INHA.

Intervenants : Jonathan Chemla, d’Iconem & Pascal Brocard, de Renovatio Institute

 

 

 

Ces images de destruction nous les avons tous déjà vus. Ce sont des monuments de la cité antique de Palmyre et la mosquée des Omeyyades d’Alep, tous les deux en Syrie .

Plusieurs initiatives ont été prises pour protéger le patrimoine syrien, et plus largement les sites archéologiques menacés par les guerres, les catastrophes naturelles ou le manque d’entretien, à l’instar de la start-up française Iconem et l’association Renovatio Institute. C’est la situation difficile du patrimoine syrien qui les a toutes les deux poussé à intervenir.

Ces deux projets, l’un physique pour Renovatio Institute, et l’autre virtuel pour Iconem, ont un même objectif : Lutter contre les destructions des sites archéologiques dans le monde entier en aidant les archéologues sur place, tout en sensibilisant le public par leur travail, des expositions ou des événements.

Iconem. Préserver la mémoire du patrimoine menacé grâce aux dernières innovations technologiques. 

Créé sur l’initiative d’un architecte, Yves Ubelmann, et d’un pilote de drone, Philippe Barthelemy, Iconem utilise la technique de la photogrammétrie pour reproduire les sites avec précision et proposer des modélisations 3D, notamment avant et après les destructions qu’ils ont subi.

La photogrammétrie consiste en la prise d’un grand nombre de photographies, le plus souvent par un drone. Ce dernier est très utile pour étudier les sites difficiles d’accès, notamment quand les surfaces sont importantes mais aussi quand ils peuvent se révéler dangereux. Cette technologie permet une grande précision géométrique et de texture.

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L’équipe d’Iconem avec un de leurs drones ©Iconem

Iconem réunit des profils très divers allant de l’architecte, à l’ingénieur en passant par le designer artistique…

Si la start-up travaille aujourd’hui avec de grands noms comme l’UNESCO, la RMN, le CNRS, l’ENS, Google, Microsoft… Ses premiers partenaires étaient au départ issus uniquement du Proche-Orient, car il s’agissait de leur première zone d’intervention.

Ainsi, le premier projet d’Iconem est celui du Krak des Chevaliers en Syrie. 

Krak des Chevaliers
Vue du Krak des Chevaliers en 2011 ©Wikipédia

Monument emblématique du patrimoine syrien, le Krak des Chevaliers est une forteresse construite à l’époque des Croisades au XIe siècle. Devenue théâtre d’affrontements, elle a subi de profonds endommagements entre 2012 et 2014. Avec la volonté de numériser tout le site, Iconem rencontre ses premières difficultés en n’obtenant pas immédiatement un visa. Dans un premier temps, l’équipe a donc dû travailler à partir des nombreuses photographies de visiteurs disponibles sur Internet, le Krak étant la citadelle la plus visitée du Proche-Orient avant la guerre, et a formé à distance des archéologues aux techniques de modélisation 3D. En 2016, Iconem a pu survoler le site syrien et proposer en avril 2017 une numérisation totale du Krak des Chevaliers. Sur les 100 000 photographies prises lors des dix jours de relevé, seules 6000 ont été utilisées pour la modélisation.

Façade Krak
Restitutions 3D de façades du Krak des Chevaliers, avant et après les destructions de 2014.         En rouge, les parties détruites. ©Iconem

La vidéo ci-dessous permet également de se faire une idée de leur travail sur la même façade :

 

Palmyre,

Le site de Palmyre, avec celui du Krak des Chevaliers et de la vieille ville d’Alep, fait partie du projet d’Iconem intitulé « Syrian Heritage Initiative ».

Il s’agit certainement du site syrien dont les destructions par l’organisation Etat islamique ont été les plus médiatisées. L’équipe d’Iconem est arrivée sur place en avril 2016, après la libération de la ville mais aussi après la destruction de monuments comme le Temple de Bel ou l’arche monumentale. La modélisation 3D d’Iconem va notamment permettre d’identifier des blocs au sol et permettre des planifications de remontages des monuments détruits, à distance.

Photographie du temple de Bel avant sa destruction le 14 mars 2014, devant ses ruines après le départ de l'organisation Etat islamique. Joseph Eid AFP
Une photographie du temple de Bel avant sa destruction, devant les ruines du temple après le départ de l’organisation Etat islamique, le 14 mars 2014 ©Joseph Eid/AFP

Pour Palmyre, la volonté de la start-up n’était pas seulement d’enregistrer l’état actuel du site mais également d’accéder aux archives pour reconstituer des états antérieurs comme celui des années 1930 pour lequel on conserve des photographies anciennes, et ainsi montrer son évolution.

 

Les vieilles villes d’Alep et de Damas

Iconem va également s’intéresser à la citadelle de la vieille d’Alep qui a beaucoup souffert  pendant les affrontements ainsi que la célèbre grande mosquée des Omeyyades de Damas. Comme pour Palmyre, les équipes d’Iconem ont bénéficié de très peu de temps sur place.

Ci-dessous, la grande mosquée des Omeyyades de Damas reconstituée par Iconem : 

 

 

 

Faire connaître le projet au grand public

Afin de sensibiliser le grand public aux destructions, notamment opérées en Syrie, l’exposition Sites éternels s’est tenue au Grand Palais du 14 décembre 2016 au 9 janvier 2017 en s’appuyant sur les modélisations 3D d’Iconem. Ainsi quatre sites archéologiques en danger ont été présentés au public : L’ancienne capitale du roi Sargon à Khorsabad en Irak, le site antique de Palmyre, le Krak des Chevaliers et la mosquée des Omeyyades de Damas. Les travaux d’Iconem, associés à la présentation d’objets archéologiques, permettaient aux visiteurs d’être immergés dans ces quatre sites.

 

 

 

Pour faire connaître ses projets, et mieux travailler avec les archéologues, Iconem envisage d’ouvrir une plateforme où il sera possible de consulter les modélisations 3D. En attendant que le projet aboutisse, vous pouvez consulter leur site internet : http://iconem.com/

 

Renovatio InstituteProtection et restauration du patrimoine en temps de guerre. 

Renovatio Institute est une association qui a plusieurs objectifs : Restaurer le patrimoine en danger, former des archéologues et des professionnels sur place pour l’entretenir, mais aussi médiatiser ces monuments et sensibiliser les populations locales.

Elle intervient à la fois dans des zones de conflit, mais aussi dans des pays qui n’ont pas les ressources nécessaires pour entretenir leur patrimoine ou qui ont subi des catastrophes naturelles.

Comme pour Iconem, leur première intervention a été en Syrie, dès juillet 2017. Il s’agit du temple de Baalshamine à Palmyre, presque totalement rasé par l’organisation Etat islamique.

Temple de Baalshamin à Palmyre
Le temple de Baalshamin avant sa destruction ©Wikipédia

Après une étude sur le terrain, les archéologues de l’association ont pu identifier les blocs qui pourraient être remontés, permettant de penser que le temple pourrait être reconstitué à 70% si une opération de reconstruction était envisagée par la suite.

Pour sensibiliser le public, Renovatio Institute organise prochainement un événement intitulé « Ex Lumine » près de l’emplacement du temple de Baalshamin à Palmyre. Pour cette performance seront associés le danseur classique syrien Ahmad Joudeh et le plasticien français Rémi Petit qui reconstitue des architectures avec des lasers. Ainsi à l’intérieur de ce temple fait de fils lumineux, le danseur effectuera une performance qui lancera la prochaine reconstruction du site de Palmyre et rendra hommage au personnel du site qui a essayé pendant sept ans de protéger la ville antique.

 

 

 

Ahmad Joudeh avait été menacé dès 2011 par l’organisation Etat islamique pour la pratique de son art, et avait déjà dansé dans les ruines de Palmyre en 2016. La performance sera rediffusée en direct.

L’association est également engagée dans d’autres pays comme le Soudan, où elle tente d’empêcher la construction d’un barrage sur le Nil qui détruirait plus de 500 sites archéologiques dans la région de Merowe, le lieu d’origine des pharaons noirs. Des contre-propositions au barrage électrique sont ainsi faites, comme le développement de l’énergie solaire.

Ses prochains projets seront donc en Syrie, au Soudan mais aussi au Népal pour la ville de Katmandou touchée par un séisme en 2015.

Page Facebook de Renovatio Institutehttps://www.facebook.com/renovatioinstitute

 


Si le sujet vous intéresse…

-Découvrez trois objets archéologiques présentés dans le cadre de l’exposition Sites éternels au Grand Palais numérisés en 3D : https://www.grandpalais.fr/fr/article/la-numerisation-en-3d-par-lagence-photographique 

 

 

 

 

 

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