L’estampe japonaise

Les estampes japonaises sont des impressions de gravures qui se différencient des autres productions par leur richesse narrative, leur simplicité mais aussi par leurs aplats de couleur. Toutes ces particularités ont permis aux impressionnistes comme Claude Monet (1840-1926) de les apprécier au point de s’en inspirer pour de nouvelles productions japonisées. Les estampes ont la particularité de présenter des points de vues inhabituels avec un mise en scène de l’espace, un cadrage serré mais surtout une véritable importance des vides qui dialoguent parfaitement avec les pleins, créant par la même occasion une oeuvre moderne. Mais qu’est ce qui les rend si unique ? Il faut alors retourner dans le temps pour comprendre l’évolution de ces peintures si singulières.

Un bref résumé d’histoire japonaise

Avec la réforme du shogunat, le Japon va progressivement s’isoler du reste du monde. Commence alors l’ère Edo (1603-1868). Les contacts qu’entretenait le pays avec le reste du monde occidental vont alors se faire rares. Pendant ce laps de temps, la peinture japonaise va évoluer sans aucun impact extérieur. Cette singularité, une fois découverte par les Occidentaux, va susciter un véritable enthousiasme et une mode qui va marquer l’art avec la naissance du japonisme.

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Rokô Segawa VI dans le rôle de Tomoe Gozen – 1800 – Utagawa Toyokuni

Les estampes arrivent parfaitement à retranscrire le quotidien, le travail, les divertissements, des paysages et des images contemplatives. Mais d’autres œuvres comme celles d’Utagawa Toyokuni peuvent également aborder les thèmes du kabuki ou les divers aspects de la vie comme les fantasmes sexuels.

Une des essences de la réalisation des ukiyo-e (les images du monde flottant) est le bouddhisme. En effet, l’âme qui donne la vie peut se retrouver dans tous les éléments naturels, tous les êtres vivants qui représentent les différents aspects de la vie. Très populaire dès le XVIIe siècle, les estampes sont également un miroir des mentalités d’une époque aujourd’hui révolue, notamment sur la bourgeoisie. La popularité de ces productions ont finalement permis une production de masse ainsi qu’une diminution des prix. Ces « images du monde flottant » à l’esthétique ambitieuse se sont finalement répandues en Occident.

Un quotidien fascinant 

Au travers de ses productions artistiques les changements politiques du pays sont parfaitement retranscris. En effet, la nouveau centre névralgique du gouvernement se situe à présent à Edo, l’actuel Tokyo, et des activités citadines vont donc servir de modèles pour les ukiyo-e.

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Un acteur-prostitué séduit un client par une agréable conversation – Utamaro Kitagawa – c. 1788

Le graveur Utamaro va se spécialiser dans les scènes du quotidien faisant intervenir des personnages fémininsDeux Jeunes femmes à la toilettes ou encore Deux Jeunes femmes à la coiffure  sont parmi ses œuvres les plus célèbres. Le type de visage qu’il a employé est l’un des plus réutilisé par ses comparses avec de petits yeux, un nez légèrement long et droit ou encore sa petite bouche rouge les éléments les plus reconnaissables. Son trait va également se répercuter sur les personnages masculins qu’il dessine au point de rendre ces derniers androgynes. Cette peau laiteuse reste encore de nos jours l’un des critères de beauté japonais par excellence. Femmes comme hommes sont alors montrés dans la vie de tous les jours, dans leur intimité ou au travail. De nombreux autres artistes se concentrent sur le quotidien du paysage avec des estampes telle que Chasse à la baleine devant les îles Gotô qui concentre le regard sur la mer et le mammifère marin ou sur les navires plutôt que sur les figures humaines. Hiroshige et Hokusai, les artistes parmi les plus connus de cette période produisent beaucoup de scènes portant sur le quotidien. Mais des productions sur la bourgeoisie foisonnent également. Des estampes telles que Observation de la pêche aux cormorans, depuis un bateau de plaisance d’Utagawa Kunisada explore l’habillage mondain avec de nombreux kimonos à motifs floraux.

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Joueuse de tsuri-daiko – Yashimada Gakutei – c. 1827

D’autres graveurs comme Yashimada Gakutei expriment les intérieurs de grands palais habités par des personnages solennels et aisés. Ces derniers pratiques alors leurs loisirs comme la Courtisane de haut rang jouant du shamisen à trois cordes.

 

La beauté des paysages et des personnages

Les bijin-e, les estampes prenant pour modèle de belles jeunes femmes se sont rapidement différenciées des autres peintures. Présentées individuellement ou en groupe, ces dernières étaient alors magnifiées tout en restant réaliste, se rapprochant alors des déesses shintoïstes ou bien des bodhisattvas féminins. Femme de cour ou femme du peuple, toutes étaient alors montrées dans différents contextes. Déjà entraperçu avec Kitagawa Umataro, d’autres artistes comme Kikukawa Eizan (1787-1867) expriment la beauté féminine par la coiffure, la complexité des vêtements ou encore par la pâleur de la peau. Parfois entourées de fleurs, les femmes resplendissaient alors dans un cadre idéal et naturel. Mais cette même nature était également au centre de nombreuses créations. Oiseaux, fleurs ou enocre poissons, tous ces éléments servaient alors de vecteur à la méditation et à la contemplation.

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Moineaux et pissenlits – Teisai Hokuba – c. 1820

Ces productions influencées par les arts chinois expriment les liens étroits qui existent entre artiste et nature. Quelques éléments comme les moineaux étaient même codifiés, ces derniers signifiant la candeur, la joie de vivre, la douceur ou la diligence de chacun.

Le théâtre et les estampes sexuelles une production d’homme à homme

Les estampes qui nous montrent le théâtre japonais excluent toute représentation de femmes. Pourtant, ce sont elles qui étaient à l’origine du kabuki mais dès 1629, seuls les hommes étaient autorisés à présenter des spectacles. Les acteurs étaient alors de très jeunes hommes à la beauté et à la morphologie proche des éphèbes Grecs ou Romains. Ainsi, les spectateurs venaient admirer plus la grâce des interprètes que les pièces de théâtre. Une nouvelle réforme a alors décidé que seuls les hommes adultes pourraient jouer mais pour le public qui était alors habité à la présence d’androgynes sur scène, les acteurs ont commencé à utiliser différents stratagèmes pour recréer les individus. Ainsi, la peau était peinte en blanc pour raviver les codes des estampes alors en vogue au Japon.

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Ichikawa Komazô II (1764-1838) dans le rôle de Hikyakuya Chûbei et Nakayama Tomisaburô I ? (1760-1819) dans le rôle de Keisei Umegawa – Sharaku Toshusai – c. 1794

Le maquillage permettait de lire le rôle des personnages comme le rouge qui symbolisait le guerrier. Ces estampes ont alors contribuer au nouvel idéal masculin japonais qui est toujours d’actualité : l’androgynie. Mais les hommes ont tout de même créé des peintures, les shunga, qui présentaient des scènes de sexe à l’attention du public masculin. Créées en suivant la candeur du mythe fondateur du Japon décrivant l’accouplement des déités Izanagi et Izanami, ces peintures mettent le plaisir de l’homme au centre de tout. La femme, passive et aimante, et alors vue avec son amant dans différentes positions laissant entrevoir leurs sexes. Les « images de printemps » bien qu’étant interdites ont continué à être produites et à se répandre dans tout le Japon.

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Shunga de Suzuki Harunobu – c. 1750

 

 

 

LES ESTAMPES JAPONAISES QUI ONT DONNÉ NAISSANCE AUX PRODUCTIONS DU JAPONISME EN FRANCE ET EN EUROPE ONT EGALEMENT CONTINUÉ À INFLUENCER LA CULTURE DU PAYS DU SOLEIL LEVANT. AUJOURD’HUI IL EST POSSIBLE DE RETROUVER CERTAINS CODES DE REPRÉSENTATION DANS LES MANGAS QUI SE VEULENT COMME DES SUCCESSEURS DE CES IMPRESSIONS DE GRAVURES.

 

Article écrit par Andres Camps

 

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