De Bonaparte à Napoléon : un génie en action

Le musée de l’Armée accueille jusqu’au 22 juillet l’exposition « Napoléon Stratège ». Cette exposition a quatre principaux commissaires issus de ce musée : Emilie Robbe, conservatrice en chef, Grégory Spourdos, chargé d’études documentaires, Hélène Boudou-Reuzé, assistante de conservation et Julia Bovet, assistante de commissariat d’exposition. Par leurs regards et parcours différents, ils offrent un contenu complet, ludique et facile d’accès. Une exposition pour tous les âges et générations pour approfondir une thématique de l’Histoire de France.

Petite mise en bouche : https://youtu.be/gPN5xUoqs04

“On ne conduit le peuple qu’en lui montrant un avenir : un chef est un marchand d’espérance.” Napoléon Bonaparte

Napoléon, quand il n’était que Bonaparte, s’est inspiré de nombreux stratèges d’exception qui lui étaient antérieurs. Ceux-ci sont mis en images par des bustes alignés et représentent Alexandre le Grand, Hannibal, Jules César ou encore Turenne. Cependant, le mot stratégie n’apparait qu’après 1815.

L’apprentissage militaire du futur empereur se fait à l’école de Brienne où il se passionne pour l’histoire-géographie. Mais, ses bonnes notes en mathématiques le conduisent à entamer une carrière dans l’artillerie.

Après l’obtention de son diplôme, il profite des guerres face aux Anglais à Toulon ou des soulèvements royalistes pour s’élever dans la hiérarchie jusqu’à devenir général de division à seulement 26 ans.

“L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord.” Napoléon Bonaparte

Napoléon est un homme expert dans le domaine que l’on appelle aujourd’hui la communication. En effet, nombre de ses batailles livrées ne se sont pas déroulées de la manière dont il les rapporte.

On retrouve cela notamment dans le domaine des arts avec Le général Bonaparte sur le Pont d’Arcole réalisé par Gros vers 1796. Sur ce tableau, le jeune général Bonaparte semble mener ses troupes avec fougue et audace mais la réalité est bien autre puisqu’il est tombé dans l’eau en voulant traverser ce pont. C’est le jeune tambour André Estienne qui se chargea de conduire les soldats de l’autre côté de la rive. Mais, de cette histoire nous ne retiendrons que cette peinture mettant en gloire une personne qui ne devrait pas l’être, le général maîtrisant alors son image au point de changer la vérité historique dans l’esprit des communs.

“On ne fait bien que ce qu’on fait soi-même. ” Napoléon Bonaparte

Napoléon porte la triple casquette de chef d’état, commandant en chef des armées et général en chef sur les champs de bataille. Il est ainsi omniprésent dans la vie politique et militaire en fixant les objectifs qui servent ses projets. Il prend ensuite la tête de ses troupes afin de les conduire à la victoire.

Cette exposition souhaite aussi montrer comment Napoléon travaillait, réfléchissait et enfin réalisait ses stratégies élaborées.

La troisième partie, nommée « la campagne idéale », présente un expot bien particulier qui est une carte de l’Allemagne utilisée afin de préparer les campagnes face aux Autrichiens et Russes. Napoléon et son état-major visualisaient les troupes alliées et ennemies en plaçant des drapeaux sur la carte et en les faisant évoluer selon la situation du terrain.

Son sens de l’organisation et de la planification se traduisent également par un immense tableau où sont listés les différents corps d’armée avec leurs effectifs, matériels, ravitaillements, officiers. Napoléon peut ainsi connaitre précisément ses forces disponibles et transmettre ses ordres aux généraux commandant les armées.

“Ce n’est pas possible ; cela n’est pas français.” Napoléon Bonaparte

En ce qui concerne la bataille à proprement parler, Napoléon aime bénéficier de l’effet de surprise en adoptant une tactique offensive qui laisse l’ennemi en position désavantageuse.

Il applique aussi les leçons de ses précurseurs en choisissant le terrain, la disposition de ses troupes mais aussi en usant de son sens tactique, le fameux « coup d’œil » qui lui permet de saisir le moment opportun et renverser la bataille. Napoléon peut ainsi en remporter face à des ennemis deux à trois fois plus nombreux que lui tel que ce fut le cas lors d’Austerlitzen 1805 ou Friedland en 1807.

Il poursuit ensuite l’ennemi et remporte de nombreuses petites victoires afin de forcer l’ennemi à capituler et à signer des traités de paix avantageux pour l’empereur des Français.

“Ce que je cherche avant tout, c’est la grandeur : ce qui est grand est toujours beau.” Napoléon Bonaparte

De ses victoires prolifiques, Napoléon se forge une image de conquérant invincible, aimé de ses troupes, les grognards mais aussi du peuple qui voit la guerre s’éloigner de son territoire.

Ces victoires font aussi découler une production artistique vaste et destinée à glorifier le chef.

Une des plus grandes preuves de cette manière de faire est la colonne Vendôme qui d’ailleurs a été récemment restaurée. Cet édifice élevé sur le modèle de la colonne Trajane à Rome, a été fondu avec les 1200 canons pris à l’ennemidont certains d’Austerlitz. Le côté artistique quant à lui est assuré par le décors dont les multiples artistes qui l’ont réalisé relèvent du choix de Vivant Denon. Parmi eux se trouvent notamment Claudion et Chaudet qui ont confectionné la première version de la statue trônant au sommet de la colonne.

L’art se trouve également de manière plus privée et personnelle notamment dans le domaine du mobilier. La maison Jacob-Desmaltera conçu une table et un fauteuil pliants pour les campagnes de Napoléon lorsque l’empereur devait voyager pour suivre les armées en campagne. Les noms les plus fameux de la scène artistique parisienne sont à son service. On pense ainsi à David et Gros dans le domaine de la peinture.

Mais Napoléon est finalement vaincu. C’est ce dont traite la dernière partie de l’exposition avec les raisons des défaites de l’empereur. De plus en plus isolé et avec des contestations venant de ses anciens alliés, il ne parvient plus à remporter de victoire décisive. Il se lance dans de grandes et vaines campagnes militaires en Espagne ou en Russie qui se terminent en fiasco. N’ayant pas réussi à innover ses tactiques militaires au contraire de ses ennemis, ne sachant vaincre la guérilla espagnole ou le froid et le courage des Russes, il enchaine les défaites. Devant faire face aux coalitions des Anglais, Prussiens, Russes et Autrichiens, il doit capituler après la campagne de France en 1814 et est exilé sur l’île d’Elbe. Revenu lors des Cent jours et du « Vol de l’Aigle », il échoue à nouveau à Waterloo qui signe sa fin et sa dernière abdication en 1815. Il est alors envoyé à Sainte-Hélène où il finit ses jours en 1821.

Ses défaites sont ainsi prétextes à la création avec des peintures emplies d’un certain pathos et deviennent emblématiques des problèmes que rencontrent Napoléon et sa Grande Armée à partir des années 1812. Le tableau de Paul Delaroche montrant Napoléon abdiquant à Fontainebleau en Mars 1814 présente ainsi un empereur usé physiquement et moralement et qui se retrouve face au spectre de la défaite.

“L’imagination gouverne le monde.” Napoléon Bonaparte

La scénographie que nous offre le musée de l’Armée donne un coup de jeune à cette thématique du début du XIXe siècle. L’exposition s’ouvre sur des objets du quotidien de notre époque, une mise en bouche pour que tout le monde puisse s’identifier. Ensuite, l’exposition suit un schéma classique. Le choix des expots est varié, autant des archives que du mobilier en passant par la sculpture. Ils se répondent les uns aux autres pour créer et être le support d’un contenu historiqueet non pas simplement esthétique.

On a aussi un choix de costumes conséquent mais surtout complet. Napoléon est bien sûr à l’honneur mais on retrouve aussi ses officiers et les nations coalisées contre lui. Chaque pièce est placée pour que le visiteur s’immerge et ne se perde pas dans ces vastes données. Les noms et les dates sont nombreux et comme toute exposition à visée historique, il faut être bien concentré. Heureusement, un petit glossaire se cache dans le livret de visite.

Le graphisme aide à cette concentration. Simple, percutant et esthétique, sa couleur verte donne un coup de lumière à ces histoires parfois assombries par les guerres. Mais, cela permet de changer du blanc pour mettre les objets en valeur sans qu’ils ne se fondent dans les vitrines. Dans la deuxième grande partie de l’exposition, les couleurs s’inversent pour redynamiser la vision. Cependant, certaines vitrines sont totalement transparentes pour que le visiteur puisse avoir une vision totalede l’élément auquel il fait face. Des frontières veulent être coupées, volonté de plus en plus présente dans les scénographies.

Des bornes numériques sont accessibles aux enfants mais cela ne leur est pas forcément réservé. Les adultes se prêtent également au jeu et découvrent alors de manière ludique les différents officiers qui entouraient Napoléon, les batailles et leurs différentes phases… Des choses peu explicables de manière physique.

Cette exposition qui peut paraître complexe ou déjà vue par son thème est en réalité tout le contraire. La diversité du contenu lui donne de la richesse et permet de mieux comprendre tout le contexte intellectuel et tactique de cette époque. Nombreuses sont les œuvres qui ont découlé des aventures napoléoniennes mais les clefs de lecture de celles-ci peuvent être plus floues. Ici, on est porté par ce schéma logique avec les thématiques qui se suivent sans se répéter pour mieux retenir et approfondir ses connaissances. Des pièces rares, une scénographie qui se veut jeune et moderne et un empereur qui a une place primordiale dans l’Histoire de France. Bref, si ce n’est pas déjà fait, vous avez un mois pour la visiter !

Co-écrit avec Julien REYNES 

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