La phénomène Hamilton : an American Musical

En à peine 3 ans d’existence, la comédie musicale Hamilton, an American musical s’est élevé au rang de phénomène de société et d’icône de la pop culture. Comment une comédie musicale racontant en rap l’histoire d’un père fondateur a-t-elle pu conquérir non seulement les États-Unis, mais aussi le reste du globe ?

En France, la culture des comédies musicales est bien moins développée que dans les pays anglophones. Certes, tous les cinq à dix ans, la scène française se retrouve sous le feu des projecteurs avec une comédie musicale « culte », comme Les Dix Commandements ou Mozart l’Opéra Rock. Mais le reste du temps, les comédies musicales françaises restent bien souvent dans l’ombre, et ne connaissent pas de véritable continuité de représentations, contrairement à leurs équivalents de Broadwayou de West End* (rappelons ici que Le Fantôme de l’Opéra est joué à Broadway depuis 1988, et ce, sans interruption !). Il est donc difficile d’expliquer au public français, qui ne semble pas très sensible au genre des comédies musicales, le véritable engouementque connaît Hamilton, non seulement Outre-Atlantique, mais aussi partout dans le monde.

La genèse d’Hamilton

En 2009, après le succès de sa première comédie musicale à Broadway, In the Heights, nbc-news-1Lin-Manuel Miranda, jeune compositeur, parolier et auteur, décide de lire pendant ses vacances la biographie d’Alexander Hamilton écrite par Ron Chernow. Alexander Hamilton est l’un des pères fondateurs ayant contribué à la création des États-Unis, et notamment à son système financier. Premier secrétaire au Trésor américain, il a marqué l’histoire du pays, comme en témoigne sa présence sur le billet de 10 dollars, mais paradoxalement, il est relativement peu connu, comparé à d’autres noms qui nous sont plus familiers, comme Benjamin Franklin, Washington ou Jefferson.

Au fil de sa lecture, Lin-Manuel Miranda en est arrivé à l’évidence qu’il voulait raconter l’histoire de ce père fondateur méconnu pour sa prochaine comédie musicale. Commence alors une véritable Genèse de création, qui s’étendra de 2009 à 2015, date de la première représentation.

Avec des soutiens comme celui de Barack Obama, pour lequel il a performé en avant-première à la Maison Blanche la première esquisse de la chanson d’ouverture, la comédie musicale a vite gagné en popularité, et, dès les premières représentations, le public et la critique ont accueilli avec ferveur Hamilton. La consécration a lieu en 2016, lorsqu’elle est nommée 16 fois au Tony Awards* remportant au total 11 récompenses. Cet accueil dithyrambique ainsi que la rupture de stocks des tickets pour les performances n’ont fait que confirmer qu’Hamilton était bien partie pour devenir bien plus qu’une comédie musicale : un phénomène de société.

Hamilton : une comédie musicale novatrice

Si l’on peut souvent avoir en tête le cliché du Broadway un peu kitsch, avec moult

gopnik-hamilton-progressive-heroism
Un débat politique entre Jefferson et Hamilton se transforme en battle de rap

envolées lyriques, il n’en est rien pour Hamilton, qui se distingue avant tout par sa musique contemporaine, mêlant hip-hop, rap, R’n’b, jazz et popà des airs plus traditionnels de comédie musicale. Ce mélange de genres apporte beaucoup de modernité, et contribue à attirer les jeunes générations. Les chansons arrivent non seulement à raconter parfaitement l’histoire (puisque Lin-Manuel Miranda a fait le choix d’écrire très peu de dialogues parlés), mais aussi à contenir dans leurs paroles de nombreux jeux de mots et références, notamment à des classiques du rap et du hip-hop.

En plus de ces styles musicaux peu communs pour Broadway, Lin-Manuel Miranda a également fait le choix de ne caster que des personnes de couleur pour les rôles principaux. Il s’agit avant tout, comme l’auteur l’a lui-même dit, de « raconter l’Amérique d’hier par l’Amérique d’aujourd’hui », et donc d’établir un lienplus immédiat et accessibleà une audience contemporaine. En effet, même si le monde de la scène commence à se diversifier peu à peu, il reste tout de même assez inégalitairedans la distribution des rôles. Et lorsque des tentatives sont faites, comme le choix d’une actrice noire pour le rôle d’Hermione dans la pièce Harry Potter and the Cursed Child, le public peut se révéler assez récalcitrant. Avec son casting mettant en avant des acteurs et actrices afro-américains, d’origine hispaniques (comme Lin-Manuel Miranda lui-même, fils d’immigré porto-ricain) ou asiatiques, Hamilton tente d’ouvrir la voie pour une plus grande diversité dans le monde de la scène.

Lin-Manuel Miranda's Final Performance In
L’OBC* d’Hamilton

Hamilton à Londres

Face à l’engouementtotal des fans et des médias, et pour combler la demande croissante de places, Hamilton s’est exporté dans d’autres villes américaines (Chicago, Washington, Las Vegas, etc), mais aussi à Londres, ce qui est bien plus accessible pour nous autres Français ! Lorsqu’il a été annoncé qu’Hamilton allait être joué Outre-Manche, j’ai rapidement pris ma décision : je voulais y aller, pour vivre enfin en direct le show que j’écoute en boucle depuis deux ans !

J’ai eu la chance de pouvoir réserver une place rapidement, et heureusement, car les tickets se sont vendus en quelques minutes ! Contrairement à Broadway, où les prix peuvent s’envoler jusqu’à plusieurs centaines de dollars (et parfois atteindre un millier pour les places premium), les tickets des représentations londoniennes étaient plus abordables, certaines places étant à £20, et les plus chères ne dépassant pas les £200 pour les places premium.

En cette fin du mois de mars 2018, plus d’un an après avoir réservé ma place, me voilà donc au Victoria Palace Theatre de Londres, prête à entendre enfin en direct ces chansons qui accompagnent chaque instant de ma vie depuis deux ans ! Malgré mon excitation, je ne pouvais m’empêcher de me demander si j’allais apprécier le casting anglais, après avoir écouté tant de fois l’OBC*, dont l’interprétation des chansons était donc gravée dans ma tête.

Toutes mes inquiétudes se sont envolées dès que les premières notes de l’ouverture ont retenti dans le théâtre. Durant les deux heures quarante-cinq de la performance, j’ai été complètement plongée dans l’histoire, dans les chansons, interprétées à la perfection, mais surtout dans les chorégraphies, absolument incroyables. Le travail de mise en scène est impressionnant, dans un décor minimaliste qui révèle en élément central un plateau tournant, permettant des chorégraphies très originales. Le casting s’est révélé à mes yeux tout à fait à la hauteur de celui de Broadway, en particulier Rachel Ann Go, l’interprète de Eliza Hamilton.

Pour résumer, je suis sortie du théâtre avec une seule envie : y retourner le plus vite possible ! 

'Hamilton' musical, Press Night, London, UK - 21 Dec 2017
Le casting de Londres. De gauche à droite : George Washington (Obioma Ugoala), Eliza Hamilton (Rachel Ann Go), Alexander Hamilton (Jamael Westman), Aaron Burr (Giles Terera), John Laurens / Philip Hamilton (Cleve September) et Angelica Schuyler (Rachel John)

Lexique :

*Westend : terme utilisé pour désigner la scène théâtrale londonienne, équivalent de Broadway à New-York.

*Tony Awards : la cérémonie consacrée aux comédies musicales et pièces de théâtre américaines.

*OBC : Original Broadway Cast : le premier casting officiel d’une comédie musicale de Broadway, généralement celui qui est présent sur l’album d’enregistrement.

Pour aller plus loin :

-L’album d’Hamilton est disponible partout en téléchargement légal et en écoute sur Deezer, Spotify, etc. Je conseillerais une première écoute avec les paroles sous les yeux pour une meilleure compréhension de l’histoire (on trouve facilement sur youtube des vidéos de paroles, ainsi que sur le site Genius, qui a pour avantage d’avoir des annotations expliquant certaines paroles, dont certaines rédigées par Lin-Manuel Miranda lui-même !)

-Un petit reportage rapide à visionner : 

-Un documentaire très fourni sur la création de Hamilton et la vie d’Alexander Hamilton par PBS : Hamilton’s America (facilement trouvable en streaming)

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2 commentaires

  1. Whaou!!!! Mais ça a l’air vraiment trop trop bien!!! J’en ai entendu parler lorsque je suis allée à New York comme LA comédie Musicale à voir. Nous avions choisi le Roi Lion car la compréhension de l’anglais n’était pas optimale pour tout le monde. Mais j’avoue avoir très très envie d’aller la voir à Londres! Surtout que je ne savais pas que c’était ce style de musique!!

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