Neferousobek

Neferousobek est la première femme à avoir assumé pleinement les fonctions royales et à avoir eu le contrôle du territoire égyptien. En effet, Nitocris, connue pour avoir régné à la VIème dynastie, était probablement une personnalité fictive.

Son règne

Le règne de Neferousobek marque la fin de la XIIème dynastie. Elle succède au très long règne de son père, Amenemhat III, ayant duré 48 ans, et à celui de son frère ou demi-frère, Amenemhat IV, ayant régné environ 9 ans. Sa mère serait Senet, ainsi que l’indiquerait une statue mentionnant les titres d’« épouse-royale » et de « mère royale ». Si cette reine était bien une femme d’Amenemhat III, cela ferait d’elle la mère de Neferousobek, Amenemhat IV étant le fils d’Hetepti, qui n’est elle, pas mentionnée comme étant une épouse royale.

Reine Senet
Statue de la reine Senet,
musée égyptien du Caire, CG 424

Neferousobek figure sur les listes royales officielles (comme la chapelle des ancêtres de Thoutmosis III de Karnak (musée du Louvre, E 13481 bis), la Table de Saqqarah, ou encore le papyrus royal de Turin). Ce dernier document nous apprend qu’elle aurait régné trois ans, dix mois, et vingt-quatre jours. Elle ne figure cependant pas dans la liste royale d’Abydos du temple de Séthi Ier, mais beaucoup d’autres rois ont été par ailleurs volontairement oubliés dans cette liste (comme entre autres Akhénaton).

Les dates exactes de son règne ne sont pas connues, et les hypothèses avancées diffèrent selon les égyptologues. Jean-Luc Bovot et Christiane Ziegler nous indiquent qu’elle aurait régné entre 1789 et 1786 avant J.-C., mais Pierre Tallet ou encore Marc Desti prennent parti dans leurs ouvrages pour une datation entre 1800 et 1797 avant J.-C. La plus haute attestation de son règne date de la troisième année de celui-ci, et est une marque de crue retrouvée à Semna, en Nubie.
Son règne s’établit dans une période que les historiens ont pour habitude de nommer « Late Middle Kingdom », « Moyen Empire tardif », commençant avec le règne de son grand-père, Sésostris III (1872-1854 avant J.-C.) et s’étendant jusque vers 1650 avant J.-C. Les souverains de la XIIème dynastie rétablissent l’autorité royale, après la Première Période intermédiaire. Ils pacifient également les régions limitrophes de l’Égypte et font construire des bâtiments imposants, qu’il s’agisse de complexes funéraires, ou de temples pour honorer les dieux. Cette dynastie est une période d’extrême stabilité politique. Selon Pierre Tallet, on peut cependant avoir l’impression que ce moment traduit un affaiblissement du pays, une perte de capacités militaires et économiques. En effet, on ne retrouve plus sous le règne de Neferousobek de traces d’expéditions afin d’importer des matériaux, devenues annuelles sous le règne d’Amenemhat III, et ayant perduré de manière moindre sous le règne d’Amenemhat IV.

Le court règne de cette souveraine est peut-être dû au très long règne d’Amenemhat III, épuisant ainsi la succession, ce qui fait que Neferousobek était déjà âgée lors de son accession au pouvoir. Il a pu être supposé qu’elle était co-régente avec Amenemhat IV, ou qu’elle y aurait été mariée. Cela est cependant très peu probable selon Pierre Tallet, car on ne retrouve pas de traces d’une réelle association entre ces deux souverains,comme plus tard avec Hatchepsout et Thoutmosis III dont les noms seront souvent associés. Il n’y a pas non plus de division apparente du pays à cette époque, et l’on retrouve des inscriptions au nom de la reine sur tout le territoire.

ASAE planche VIII copie
Le symbole des Neuf Arcs : statue de Neferousobek, XIIème dynastie, retrouvée à Khatana-Qantîr

Elle est de plus représentée comme un roi, comme sur une statue retrouvée à Khatana-Qantîr avec le symbole des Neuf Arcs. Les neufs arcs représentent les ennemis de l’Égypte, qu’elle écrase ainsi sur son socle. Elle apparaît ainsi comme la garante de la Maât. Ce symbole s’ancre dans une iconographie du pouvoir royal ancienne, étant en effet attesté dès le règne de Djéser à la IIIème dynastie.
Sa féminité n’a pas été niée dans les documents ou sur ses différentes représentations. Elle adopte ainsi le nom de « fille de Rê », et féminise les différentes appellations royales. En outre, elle n’a pas subi de damnation mémorielle postérieure à son règne.

Socle de la statue de Djéser - musée Lauer, Saqqarah
Le symbole des Neuf Arcs : socle d’une statue de Djéser, IIIème dynastie, musée Lauer de Saqqarah

Sa tombe

Le lieu d’inhumation des derniers rois de la XIIème dynastie, soit Amenemhat IV et Neferousobek, est inconnu. On leur a longtemps attribué deux pyramides à Mazghuna, au sud de Dahchour, bien qu’aucun de leurs deux noms n’ait été retrouvé sur le site.

south dahshur map.jpg

La pyramide sud de Mazghuna est la plus petite. Elle mesure 52,5 mètres de côté, mais sa superstructure n’a jamais été achevée. Elle est entourée d’un mur d’enceinte en brique crue. Le complexe funéraire est la copie conforme de la tombe d’Amenemhat III à Hawara, ce qui fait qu’elle est souvent attribuée à son successeur direct : Amenemhat IV. Cependant, aucune inscription n’y a été trouvée, et elle pourrait aussi bien être attribuée à Neferousobek. On y a cependant découvert des objets de qualité, ce qui prouve qu’une inhumation y avait bien eu lieu.

La pyramide nord de Mazghuna était prévue pour être plus grande, mesurant plus de 60 mètres de côté. Sa construction n’a cependant jamais débuté. Elle n’a jamais été occupée, ce qui est prouvé par le fait que le couvercle du sarcophage ait été retrouvé dans sa position d’attente. De plus, le plan des appartements funéraires s’apparente très clairement à celui de la XIIIème dynastie. Il est donc très peu probable que cette pyramide ait été destinée à Neferousobek.

Il est par ailleurs possible que des pyramides dans la région de Dahchour ou de Saqqarah n’aient pas encore été découvertes et abritent ces rois.

Selon une autre hypothèse, rapportée par Pierre Tallet, Neferousobek aurait pu être inhumée dans le Fayoum, épicentre de son activité et de celle de son père, Amenemhat III. En effet, le papyrus Harageh 6, datant du Moyen Empire, nous indique un complexe funéraire de Neferousobek appelé « Sekhem-Neferousobek », c’est-à-dire « Neferousobek est puissante », dans le voisinage de la ville d’El-Lahoun.

Sa titulature

Le nom de Neferousobek signifie « beautés de Sobek ». Il est attesté sur les listes royales et plusieurs représentations de la reine. Un sceau-cylindre conservé au British Museum nous permet de plus de restituer sa titulature exacte.

Nom d’Horus : Meryt-Rê (l’aimée de Rê)
Nom d’Horus d’or : Djedet-Khaou (stable d’apparitions)
Nom des deux maîtresses : Sat-Sekhem, Nebet Taouy (la fille du Puissant, la maîtresse des Deux-Terres)
Nom de roi de Haute et de Basse Égypte : Ka-Sobek-Rê (le Ka de Sobek-Rê)
Nom de fille de Rê : Neferou-Sobek OU Neferou-Sobek-Shedty (la Beauté de Sobek OU la beauté de Sobek de Shedet)
Sceau-cylindre indiquant la titulature de Neferousobek, XIIème dynastie, British Museum, 1868,1102.230. – Etude du sceau-cylindre du British Museum – Michel Vallogia, « Remarques sur le nom de la reine Sébek-Ka-Rê Néférou-Sobek », Revue d’Égyptologie, numéro 16, 1964.
Neferousobek est la première souveraine à adopter le nom de « Sobek » dans son propre nom. Elle est également associée au Fayoum, notamment de par la ville de Shedet (liée au dieu Sobek) dans son nom de fille de Rê, ce qui accentue son attachement à cette région.

CYLINDRE British Museum
Etude du sceau-cylindre du British Museum, Michel VALLOGIA, « Remarques sur le nom de la reine Sébek-Ka-Rê Néférou-Sobek », Revue d’Égyptologie, numéro 16, 1964.
Sceau-cylindre British Museum 2
Sceau-cylindre indiquant la titulature de Neferousobek, XIIème dynastie, British Museum, 1868,1102.230.

Les différentes représentations de Neferousobek

Les représentations avérées

Très peu de représentations certaines de la reine Neferousobek ont été retrouvées. De plus, elles sont toutes fragmentaires et acéphales.

 

  • Torse de Neferousobek, XIIème dynastie, grès silicifié rouge à galets de quartzite blanche, 48 centimètres de haut, provenance inconnue, achetée en 1973, conservée à Paris au musée du Louvre (E 27135)

L’œuvre représentant Neferousobek la plus connue est sans doute cette statue fragmentaire, dont seul le torse subsiste, conservée au musée du Louvre.
Elle est adossée à un pilier dorsal fragmentaire, prolongeant l’arrière du némès. Sur le devant de la statue, se trouvent de chaque côté les deux retombées latérales du némès. Elle porte un pendentif en forme de coquillage bivalve, orné de chaque côté d’une alternance entre de perles tubulaires plus ou moins allongées, typique du Moyen Empire. Ce même pendentif est présent sur les statues de Sésostris III, et est caractéristique de la royauté à la XIIème dynastie. Elle est vêtue d’une robe moulante échancrée à col trapézoïdal et à larges bretelles, visibles à l’arrière, rappelant la robe de la statuette de la reine Khénémet-néfer-hedjet au musée du Louvre (E32564), datant de la XIIème dynastie. Une ceinture marque sa taille, avec ce qui semble être un nœud ou un pli du tissu, formant une bosse, ce que l’on peut également retrouver sur une statue de Sésostris III exposée au British Museum. La ceinture présente un décor et porte des inscriptions, indiquant le nom de la reine. Elle redescend ensuite sur le pagne de manière verticale. Elle porte également un pagne masculin, ce qui traduit une ambivalence dans sa représentation de par ses caractéristiques féminine et masculine.
Les épaules sont, de ce que l’on peut en voir, assez larges. Le modelé du personnage est doux, comme il est possible de le voir sur l’épaule droite, puis sur la poitrine. Sur les côtés du torse ont été préservées les traces d’un évidement partiel entre les bras, disparus, et le corps. Le vêtement laisse largement apparaître les formes féminines, avec des seins menus et une taille fine, évasée en des hanches plus larges. Cette représentation du corps est typique du Moyen Empire, et plus particulièrement de la XIIème dynastie, durant laquelle on observe un resserrement de la taille par rapport aux époques antérieures, et un élargissement des épaules.
Cette œuvre est faite de grès silicifié, provenant probablement de Gebel Ahmar. Ce matériau, souvent appelé « quartzite », était utilisé dans de nombreuses représentations royales, en raison de sa couleur solaire.
Elle devait initialement mesurer environ 1,60 mètres. La position de ses bras et de ses jambes ne peut pas être avérée. Il existe plusieurs hypothèses : elle aurait pu avoir les mains le long du corps ou sur son pagne, être dans l’attitude de la marche ou en position statique. En effet, une des attitudes très représentées à la XIIème dynastie est celle où le personnage a les mains posées sur son pagne, en signe de prière. On la retrouve sur des statues de Sésostris III du British Museum, où le souverain est néanmoins en position statique. Sous le règne d’Amenemhat III, en revanche, plusieurs représentations du souverain le figurent avec les mains sur le pagne également, mais dans l’attitude de la marche. Cette attitude est de plus reprise chez les particuliers, comme on peut le voir sur la statue d’Amenemhatânkh au musée du Louvre (E 11053). Le fait qu’elle se trouve dans l’attitude de la marche renforcerait quant à lui le fait qu’elle occupe une fonction.

Statue Sésostris III (British Museum)

Amenemhatânkh
Statue d’Amenemhatânkh, fonctionnaire à Shedet,
XIIème dynastie, règne d’Amenemhat III (1843 – 1798 avant J.-C.), Paris, musée du Louvre, E 11053.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La XIIème dynastie est très présente sur le site de Khatana Qantîr ; on y a en effet retrouvé des monuments au nom d’Amenemhat Ier et Sésostris III. Ce site a été occupé jusqu’à la XIIIème dynastie, et une résidence royale se trouvait peut-être dans la région. Quatre statues au nom de Neferousobek y ont été retrouvées.

ASAE planche VI.png

  • Sphinx de la reine Neferousobek, découvert à Khatana Qantîr par Edouard Naville en 1885, laissé sur place

Ce sphinx présentait un motif de serekh sans inscription à l’intérieur, ainsi qu’un nom, inscrits entre ses pattes. Naville l’a attribué à Neferousobek en reconstituant le nom de la reine grâce à d’autres inscriptions. Il n’en porte aujourd’hui plus trace, et Labib Habachi nous apprend qu’il est visité par les femmes stériles du voisinage qui viennent parfois y casser les vases avec lesquels elles se lavent. Il a en effet été laissé sur place après sa découverte.
Les statues de Neferousobek retrouvées à Khatana Qantîr en 1941 le sont par Labib Habachi (sphinx excepté). Trois autres statues en basalte, quasiment grandeur nature, ont été découvertes en 1941 par Labib Habachi, avec une autre statue du roi Hetepibre Iamu-Sahornedjheriotef (XIIIème dynastie).

ASAE planche VII B.png

  • Statue of Queen Sobeknofru showing her kneeling upon a rectangular pedestal, 85 centimètres de haut, basalte, découverte à Khatana Qantîr, lieu de conservation inconnu (probablement Musée égyptien du Caire)

Seule la partie inférieure est conservée. La reine est à genoux sur un piédestal inscrit de lignes de hiéroglyphes, supportée par un pilier dorsal dans le dos. Les mains ne sont plus présentes, mais on peut supposer qu’elles effectuaient le geste de présentation des vases nou, attitude royale attestée dès la VIème dynastie et que l’on retrouve également sur des monuments de Sésostris III et Amenemhat III. L’objet présente, selon ce que nous dit Labib Habachi, une bonne facture, notamment en ce qui concerne le modelé des muscles des jambes, détaillé. L’inscription sur son socle nous renseigne sur son nom : « Que vive la reine de Haute et Basse Égypte Sobek-karê, aimée de Sobek du Fayoum, et d’Horus résidant dans le Fayoum, celle du Khenteshe-en-per‹a puisse-t-elle vivre. »
« Khenteshe-en-per‹a » signifie « le jardin du palais », ce qui laisse à penser qu’il y avait sans doute à Khatana Qantîr un palais où la reine aurait résidé. De plus, selon Labib Habachi, le fait qu’elle porte dans son nom le nom de Sobek, dont le sanctuaire le plus important se situe dans le Fayoum, signifierait qu’elle serait née dans ce district ou aurait été élevée là-bas.

 

ASAE planche VIII.png

  • Statue of the queen showing her sitting on a throne, 73 centimètres de haut, basalte, découverte à Khatana Qantîr, lieu de conservation inconnu (probablement Musée égyptien du Caire)

Cette statue figure la reine assise sur un trône, supportée par un pilier dorsal, les deux mains posées sur ses genoux. Le haut de la statue est manquant. Deux inscriptions figurent sur le devant du trône, et continuent sur le haut du piédestal. Sur le côté droit, où l’inscription est la plus complète, est inscrit : « L’Horus femelle « Meritrê », roi de Haute et Basse Égypte, maître des cérémonies « Sobekkarê », aimé de Sobek du Fayoum, l’Horus résidant dans le Fayoum en paix, Sobek qui est dans le Khenteshe-en-per‹a… ».
Elle est conservée jusqu’à la taille, et l’on peut voir qu’elle est vêtue d’une robe fourreau descendant jusqu’à mi-mollet, assumant ainsi une fois de plus sa féminité. La main gauche est posée à plat, tandis que la droite devait tenir un tissu plié. La reine est ainsi dans une attitude royale que l’on retrouve chez les souverains précédents, notamment sur la statue de Sésostris III conservée au musée du Louvre sous le numéro d’inventaire E12960. De plus, le symbole des neuf arcs est représenté sous ses pieds. Cette iconographie est un symbole de pouvoir, de domination des ennemis, attestée dès Djéser à la IIIème dynastie, comme vu précédemment.

  • Statue of the queen, 64 centimètres de haut, basalte, découverte à Khatana Qantîr, lieu de conservation inconnu (probablement Musée égyptien du Caire)

La partie du haut, les pieds, et le piédestal sont manquants. Elle a probablement la même position que la statue précédente, et devait faire la même taille. Les inscriptions sur les deux côtés semblent être les mêmes que sur les statues précédentes.

Les lieux de conservation de ces œuvres ne sont référencés nulle part, que ce soit dans les écrits relatant leur découverte ou les études postérieures. Toutefois, selon Labib Habachi, ces statues n’ont pas été trouvées loin de l’endroit où elles avaient initialement été érigées. Cela montre que le pouvoir de Neferousobek s’était étendu au nord et que l’art durant son règne conservait les mêmes traditions qu’auparavant.
Les pieds d’une autre statue, retrouvés à Tell Gezer, appartenaient également à une statue de Neferousobek (BASOR 213).

Les représentations non-avérées

 

 

  • Tête de reine en sphinge, XIIème dynastie, 9,8 centimètres de haut, gneiss, découverte à Saqqarah, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Monnaies, Médailles, et Antiques, Caillaud 1822.1.

Il s’agit là d’une tête de sphinge coiffée d’une perruque hathorique. Or, cette coiffure était réservée aux femmes de la famille royale du Moyen Empire. La présence de l’uraeus confirme de plus sa royauté. Dans le livre Reines d’Égypte d’Hétéphérès à Cléopâtre, Christiane Ziegler note son importante ressemblance avec les représentations d’Amenemhat III, de par « les grandes oreilles très décollées, les longs yeux horizontaux, la forte mâchoire portée en avant ». Elle indique de plus que les sphinx de cette période représentent généralement les filles du roi, et attribue ainsi cette représentation à Neferousobek. Ces différents éléments ne sont cependant pas suffisants pour l’affirmer de manière certaine, la statuette fragmentaire ne portant de plus aucune inscription.

 

 

  • Statuette of a Late Middle Kingdom Queen, fin de la XIIème dynastie – début de la XIIIème dynastie, 16,3 centimètres de haut, 11 centimètres de large, 7,5 centimètres de profondeur, grauwacke, provenance inconnue, New-York, The Metropolitan Museum of Art, 65.59.1.

Cette statuette fragmentaire non inscrite représenterait probablement Neferousobek. Elle présente en effet différents insignes royaux. Elle porte une perruque boule à mèches horizontales stylisées, surtout connue au début de l’Ancien Empire, et arbore à son front l’uraeus, remontant jusqu’au somment du crâne. Sa tête est ceinte par deux vautours. Elle est vêtue d’un manteau de fête sed, ce qui confirme sa royauté, et serait le principal élément faisant penser qu’il s’agirait de Neferousobek.
Cette statuette fragmentaire a été datée de la fin du Moyen Empire en raison de sa physionomie marquée, soulignant des traits accentués, comme par l’action de l’âge. Elle peut être comparée stylistiquement à une autre représentation présumée de Neferousobek, disparue aujourd’hui, détaillée par la suite. On y retrouve les mêmes caractéristiques physiques comme de grandes oreilles haut placées, mais encore une arcade sourcilière marquée surmontant des yeux en boutonnière, assez effilés.

 

  • Schieferstatuette einer Königin, 14 centimètres de haut, grauwacke, provenance inconnue, Berlin, Egyptian Museum von Berlin, 14475.

Cette statuette fragmentaire a été perdue durant la Seconde Guerre Mondiale. Elle représenterait cependant Neferousobek. Elle n’est pas idéalisée.
Elle ne porte pas d’inscription permettant de l’identifier comme étant la souveraine, mais Biri Fay l’identifie comme telle dans « Amenemhat V – Vienna/Assuan », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Kairo Nummer 44.

Amenemhat V
Amenemhat V, XIIIème dynastie, grauwacke, Kunsthistorisches Museum Wien, Ägyptische Sammlung, INV 37

Il la compare en effet avec la statue d’Amenemhat V conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, et datant de la XIIIème dynastie. Il se base en effet sur une continuité stylistique entre les représentations d’Amenemhat III et Amenemhat V. Sachant que le règne de Neferousobek se situe entre ces deux rois, et que la période séparant les règnes d’Amenemhat III et V est d’environ une vingtaine d’années, il paraîtrait possible que les mêmes artistes aient été en activité durant cette période. De plus, le même matériau est utilisé : le grauwacke.
On peut également la comparer à la statuette d’Amenemhat III conservée au musée du Louvre (N 464). Cette dernière est également en grauwacke, et était du même ordre de grandeur. Les traits du visage présentent des similitudes, comme les sillons sous les yeux, les commissures, l’absence de sourcils, ou encore la fossette au menton.
Elle proviendrait, selon Jacques Vandier dans son Manuel d’archéologie égyptienne III de Haute Égypte. Ce dernier confirme de plus son extrême ressemblance avec Sésostris III. Elle a en effet des traits marqués, non idéalisés, présentant ce qui semblent être des marques de l’âge, mais aussi de grandes oreilles et de grands yeux. S’il s’agit réellement d’une représentation de la reine. Neferousobek, elle pourrait, comme son grand-père, traduire par là le fait d’un rapprochement avec le peuple pour veiller sur lui, avec de grands yeux pour tout voir, de grandes oreilles pour tout entendre.

 

Bibliographie

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FAY Biri, « Amenemhat V – Vienna/Assuan », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Kairo Nummer 44, 1988.

FECHHEIMER Hedwig, Die Plastik der Ägypter, Berlin, 1914.

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NAVILLE Edouard, The Shrine of Shaft el Henneh and the land of Goshen, Londres, 1885, page 21, planche 9C.

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TALLET Pierre, Sésostris III et la fin de la XIIème dynastie, Paris, 2005.

TALLET Pierre, 12 Reines d’Égypte qui ont changé l’histoire, Paris, 2013.

VALLOGIA Michel, « Remarques sur le nom de la reine Sébek-Ka-Rê Néférou-Sobek », Revue d’Égyptologie, numéro 16, 1964, pages 45 à 53.

VANDIER Jacques, Manuel d’archéologie égyptienne III, Paris, 1958.

ZIEGLER Christiane, Reines d’Égypte d’Hétéphérès à Cléopâtre, Paris, 2008.

CATALOGUE D’EXPOSITION : Sésostris III, pharaon de légende, Palais des Beaux Arts de Lille, 2015.

 

Article écrit par Lucile Lidy-Holweck

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