Les Hackin, archéologues et résistants

Jusqu’au 16 Septembre 2018, le Musée de l’Ordre de la Libération met le couple de Joseph et Marie Hackin à l’honneur dans sa superbe exposition De l’Asie à la France libre. Célèbres archéologues du XXe siècle qui ont, entre autres, découvert le Trésor de Begram conservé au Musée Guimet, ils ont été parmi les premiers à rejoindre les rangs des résistants aux côtés du Général De Gaulle. Partez avec eux, de la France aux confins de l’Afghanistan !

Réalisée en collaboration avec le Musée National des Arts Asiatiques – Guimet et en partenariat avec le Musée de l’Armée voisin, cette exposition retrace dans un parcours chronologique la vie, les découvertes fabuleuses et le fort engagement résistant du couple Hackin. Pourtant peu connu, il s’agit du seul couple compagnon de la Libération, distinction attribuée, rappelons-le, à 1038 personnes dont 6 femmes uniquement.

Le couple

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Ria Hackin et Joseph Hackin (3e en partant de la gauche), extrait d’un album de photographies de voyages (Japon, Inde, Afghanistan) © Musée national des Arts Asiatiques – Guimet

L’exposition commence dans le couloir qui mène au musée. Le spectateur est invité à deux rencontres : entre Joseph et Marie (appelée Ria), et avec le couple lui-même. Par d’importants textes explicatifs, nous arrivons à mieux cerner la vie personnelle du couple et des deux protagonistes. Joseph, après avoir été le secrétaire d’Emile Guimet en 1907 puis conservateur adjoint au musée éponyme en 1913, il participe à la guerre 1914-1918 en France et en Orient dont il ressort décoré de la Légion d’Honneur. Désormais conservateur du musée Guimet en 1923, il participe à sa première fouille en Afghanistan l’année d’après. La rencontre avec Marie, de vingt ans sa cadette, a lieu à l’Ecole du Louvre où Joseph donnait des cours et leur mariage fut célébré en 1928. Elle aussi passionnée d’archéologie, c’est ensemble qu’ils vont effectuer quatre missions en Asie, notamment en Afghanistan, au Japon et en Corée, entre 1929 et 1940, en lien avec la nouvelle fonction de directeur de la Délégation archéologique française de Joseph, en 1934.

Ces présentations introductrices de la visite permettent un rapprochement fort avec le couple, nous plongent dans leur vie et leur soif de connaissances archéologiques. En parallèle, de magnifiques photographies des endroits visités et fouillés par le couple, prises récemment par les soldats reporters au moment de l’implication française dans le conflit en Afghanistan, parachèvent notre immersion dans le quotidien du couple.

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Vallée de Bamiyan, Afghanistan © Pierre Cambon

L’archéologie, au cœur de leur vie

Les deux premières salles de l’exposition (qui en compte seulement 3) sont consacrées aux travaux et aux produits de fouilles des missions du couple Hackin. Ce qui les rendent extrêmement pertinentes, c’est le mélange de divers objets et médias utilisés, trouvés et/ou produits par les archéologues. Pour cela, le musée Guimet a prêté de nombreuses œuvres comme le splendide Bouddha de Païtava, mis au jour en 1924, ou encore des pièces du Trésor de Begram, trouvé par Marie lors de sa campagne de fouilles de 1937. Tout autour s’expose le fruit de leur travail : carnets de fouilles, films (1937-1938), photographies, rapports… De magnifiques cartes de 1920 à nos jours permettent également de situer chaque lieu visité et les étapes clés de leurs voyages comme la mission Citroën Centre Asie, aussi appelée « Croisière Jaune », entre 1931 et 1932, au cours de laquelle fut découvert le site de Bamiyan.

Au delà d’une simple biographie du couple, l’exposition permet de comprendre les enjeux des fouilles et des archéologues au XXe siècle : les camions bloqués dans la boue, les rencontres avec les autochtones, l’organisation des expéditions puis des fouilles sur des terrains plus ou moins compliqués… Cela est merveilleusement bien explicité par les documents personnels des Hackin et leurs propres acquisitions.

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Mary Hackin filmant Joseph à Begram en 1937 @Musée national des Arts Asiatiques – Guimet

Si les deux personnalités sont des figures de renom de l’archéologie française, Marie est également connue pour son fantastique travail ethnographique réalisé auprès des populations locales, notamment auprès des femmes afghanes, comme s’attache à nous le montrer la deuxième salle. Ses livres, ses films et les objets récoltés sont venus enrichir les collections du Musée du Quai Branly et son travail est reconnu comme une grande source documentaire.

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Marie Hackin avec la population afghane @Musée national des Arts Asiatiques – Guimet

Un couple au fort engagement politique

Dans le couloir menant à la troisième et dernière salle, une grande photographie du Général De Gaulle oblige le visiteur à un triste et violent retour vers la guerre qui gronde en France vers 1939. La politique prend en effet dans cette exposition une part égale avec l’archéologie puisque tout au long du parcours nous sont présentés les différents postes et engagements de Joseph Hackin, notamment à Kaboul lors des bouleversements dus à la prise de pouvoir de Nadir Shah. Dès l’armistice établi, les Hackin avait déjà contacté le Général De Gaulle avec un message d’adhésion. Tous les deux gagnent alors Londres en octobre 1940 et s’engagent dans les Forces françaises libres le 19 octobre pour Joseph et le 26 décembre pour Marie. Alors que Joseph est chargé du service des Affaires Etrangères et commence à former les futurs comités de la France Libre, Marie rejoint en tant que sous-lieutenant les 29 premières femmes formant le nouveau corps féminin des volontaires françaises, permettant l’obtention d’un statut militaire aux Françaises de toutes origines. Elle participe à la mise en place de ce nouveau corps, tant d’un point de vue encadrement que des uniformes et insignes.

L’exposition se termine au paroxysme de l’émotion puisqu’en février 1941, Joseph est appelé à diriger une nouvelle mission diplomatique en Asie. Il embarque avec Marie, en qualité de secrétaire, sur le Jonathan Holt le 20 février mais malheureusement, au large des Iles Féroé, le navire est torpillé par un sous-marin allemand. Quasiment toutes les personnes à bord sont portées disparues, y compris le couple Hackin et leurs accompagnateurs, avec l’intégralité de leurs biens personnels… Ces pionniers de la résistance ont alors reçu, à titre posthume, la distinction de compagnons de la Libération le 13 mai 1941.

Si vous ne connaissez pas encore ce couple, si vous êtes curieux ou passionnés d’archéologie, courez au Musée de l’Ordre de la Libération pour cette exposition inaugurale post-travaux. Bien que courte, nous sommes ressortis enchantés et bouleversés par ce couple unique et fort, dont l’engagement intellectuel et politique a marqué les débuts du XXe siècle et d’une période troublée.


Pour plus d’informations :

De-lAsie-à-la-France-Libre

« De l’Asie à la France libre. Joseph et Marie Hackin, archéologues et compagnons de la Libération », Exposition du 15 juin au 16 septembre 2018, Musée de l’Ordre de la Libération.
Tous les jours de 10h à 18h (21h le mardi)

Plein : 12€
Réduit : 10€
Gratuit pour les moins de 18 ans

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