Exposition Klimt à l’Atelier des Lumières : quand les formes transcendent la matière

C’est « l’exposition parisienne du moment », la rétrospective sur Klimt à l’Atelier des Lumières, dont les affiches peuplent les couloirs du métro. Mais point de scénographie typique et traditionnelle dans cette halle culturelle où les œuvres elles-mêmes ne sont pas présentes, du moins pas comme on les attend. Dans ce centre d’art numérique, qui expose pour la première fois, l’œuvre du peintre expressionniste autrichien est déconstruite pour mieux révéler les clés de sa compréhension.

Gustave Klimt

Le peintre naît à Vienne en 1862. Il intègre la Kunstgewerbeschule (Ecole d’art appliqués) à 14 ans. Intégrant ensuite avec son frère Ernst la Künstlercompagnie (compagnie d’artistes), il crée par exemple des décors pour le théâtre de Vienne. En 1897, cinq ans après la mort de son père et de son frère, il cofonde et préside la Sécession Viennoise dont la première exposition a lieu un an plus tard. En 1903, alors que 80 de ses œuvres sont exposées dans le bâtiment de la Sécession, il découvre et admire à Ravenne des mosaïques dorées qui inspirent son art. Dans les années qui suivent, il quitte la Sécession Viennoise suite à des divergences d’opinion et rencontre Egon Schiele. En 1908, Le Baiser est exposé pour la première fois lors de l’exposition Kunstchau. Il meurt à Vienne en 1918 et conserve à ce jour une immense notoriété.

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Le Baiser, Gustav Klimt, 1908, Palais du Belvédère (Vienne)

Une nouvelle façon de vivre une exposition : une conception plus proche du spectacle ?

La Halle qui accueille l’exposition, sobrement qualifiée par ce nom fonctionnel, ne cache pas sa nature première : l’espace immense (superficie et hauteur) est scandé par quelques colonnes de béton et autant de portes, le tout en matériaux et couleurs bruts. Les projections de très grande taille couvrent entièrement les murs, débordant parfois sur le sol, et la musique emplit la salle entière. Mais, surtout, les projections sont multiples, se répétant sur plusieurs murs, et c’est là que réside peut-être la rupture : si la déambulation n’est pas proscrite, elle est néanmoins inutile, et les visiteurs s’installent confortablement pour toute la durée de l’exposition, sur des bancs pour les plus chanceux, à même le sol pour les autres. En ce sens, la participation du visiteur est nettement plus passive que dans d’autres expositions.

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La Halle

Ce qu’apporte cette expérience

Amateurs confirmés ou presque de Gustav Klimt, cette exposition est pour vous. Ses tableaux, bien que toujours sublimes, sont si connus, montrés, utilisés en référence, que nous finissons par ne plus les voir pour ce qu’ils sont. Le Baiser est un mug, un tapis de souris, un tote-bag, ou plus sérieusement le porte-parole de son œuvre entière, un tableau doré, orné, reconnaissable du premier coup d’œil… Mais à l’instar de La Joconde, universellement reconnue comme un chef-d’œuvre, prenons-nous vraiment le temps de nous arrêter devant, et de le regarder ? Voyons-nous encore au-delà de la forme générale ?

A l’Atelier des Lumières, ces œuvres ultra connues se redécouvrent pour mieux s’apprécier. En grand format d’abord, elles affirment généreusement et fortement leur présence, en dépit de leur absence matérielle. Se superposant et se mêlant les unes aux autres, elles créent ensuite de nouvelles œuvres, ou du moins donnent pleinement naissance à un dialogue entre formes et couleurs.

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L’Arbre de Vie, Klimt, 1909

Des ornements textiles aux bijoux multiples, en passant par les paysages forestiers et urbains, Klimt semble poursuivre une constante recherche de formes et de couleurs. Ici, la mise en scène, ou en écran, permet d’isoler ces formes, de les faire correspondre entre elles (parfois pour mieux les opposer), ou d’y associer de nouvelles couleurs. Se crée alors, aidé par la musique de Luca Longobardi qui fait le lien d’une projection à l’autre, une œuvre d’art nouvelle, globale et complète, et propre à chaque visiteur. En effet, alors que l’attitude est passive, la réflexion est nécessairement active : si des liens préconçus sont donnés à voir par le biais du travail numérique, ils ne sauraient être évidents ou valables pour tous. Chacun est libre de choisir ce qu’il apprend de nouveau sur ces tableaux, en lien avec sa propre connaissance et sensibilité déjà existantes des œuvres.

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A droite : L’Espoir II, Gustav Klimt, 1907, Museum of Modern Art (New York)

Quant à ceux qui, au-delà du baiser ou d’un autre « blockbuster », ne connaissent pas déjà les œuvres présentées, soyez prévenus : cette exposition n’est pas le meilleur moyen de découvrir et d’aimer Klimt. Peut-être l’ambiance et le concept vous plairont-ils, mais les risques sont réels. Les gros plans qui isolent des formes décoratives peuvent faire moins sens lorsque leurs relations aux modèles humains ne sont pas déjà connues, et les rapprochements, voire les mélanges d’œuvres au départ bien distinctes, font se demander au novice où commence et où s’arrête(nt) le ou les tableaux… Par ailleurs la qualité numérique d’une œuvre n’a rien de comparable à sa présence matérielle, que ce soit en terme de couleurs, de lumière, etc, ce qui peut être dérangeant pour une première rencontre avec un tableau. Il s’agit donc de garder à l’esprit qu’une première confrontation dans ces conditions très spéciales peut en rebuter certains, et cela se comprend. Néanmoins, une fois avertis, n’hésitez pas à tenter l’expérience si le cœur vous en dit !

En résumé

Bien que le prix puisse un peu déranger et que l’espace ne soit pas pleinement exploité (la projection ignore les reliefs que forment par exemple les portes), le pari d’une nouvelle expression culturelle est réussi. Le numérique se met au service de l’art comme vecteur de transmission, changeant ici notre perception de ces œuvres pourtant cent fois vues. L’exposition est encore visible jusqu’au 11 novembre, de même qu’une plus courte à propos du peintre et architecte autrichien Hundertwasser, qui repose sur le même principe immersif.

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1 commentaire

  1. Merci beaucoup pour ton article! Je suis plutôt nulle en art et je découvre toujours de nouvelles choses grâce à toi 🙂 J’ai découvert Klimt il y a quelques semaines et j’ai très envie d’aller voir Le Baiser à Vienne, j’ai d’ailleurs particulièrement flashé sur Le portrait d’Adele Bloch Bauer qui m’a donné envie de découvrir cet artiste . J’étais très contente d’entendre parler de cette expo, mais effectivement après avoir lu ton article, ce n’est certainement pas la meilleure expo pour que j’aille le découvrir 🙂

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