Le pouvoir royal s’expose à Fontainebleau

Beaucoup ont encore en tête la superbe exposition de la collection des joyaux de la Fondation Al Thani au Grand Palais, au printemps 2017. Le château de Fontainebleau accueille, pendant un mois seulement, du 8 Septembre au 8 Octobre, des chefs d’oeuvre inédits de la collection Al Thani pour l’exposition Rois du Monde, art et pouvoir royal.

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The Al Thani Collection / Alexandre Halbardier

Le propos de l’exposition :

Soixante-trois pièces composent le spectaculaire florilège soigneusement choisi parmi une collection riche de plus de 6 000 pièces par le commissaire de l’exposition, Vincent Droguet, en collaboration avec Amin Jaffer, conservateur de la collection de la famille régnante qatari, afin d’illustrer le thème du pouvoir à travers les âges et les civilisations.

Le pouvoir est associé à une démonstration, avec ses règles et ses registres particuliers, allant de la possession de richesses à une représentation codée de la figure du souverain. Celle-ci se déploie sur plusieurs registres – roi héros, guerrier, bâtisseur ou encore divinisé – traversant la Mésopotamie et l’Égypte, le monde ottoman et l’Inde moghole, la Renaissance, jusqu’aux XIXe et XXe siècles. L’exposition témoigne que depuis toujours, gouverner consiste en l’art de se mettre en scène pour asseoir son autorité et sa légitimité. Cette mise en scène transparaît aujourd’hui à travers de nombreux objets possédant ainsi une indéniable puissance historique.

Le choix du château de Fontainebleau pour accueillir l’exposition n’est pas anodin et a été mûrement réfléchi. Quoi de plus légitime en effet que d’élire la demeure des rois de France, surnommée « maison des siècles » par Napoléon Bonaparte ? Lieu de permanence du pouvoir, le château a également longtemps figuré comme un lieu d’accueil des trésors artistiques amassés par les souverains, puisqu’un cabinet situé sommet du donjon de Saint-Louis abritait, jusqu’à la période troublée des guerres de religion, quelques 800 objets précieux, et qu’un cabinet de curiosité perdurera tout au long du XVIIe siècle. Il s’agit donc, par l’exposition « Rois du monde » de renouer avec cette tradition de conservation des trésors et des richesses.

La scénographie : 

Pour la première fois, en raison des travaux en cours dans la salle de la Belle Cheminée, l’exposition temporaire se tient dans la splendide salle de Bal du château. Etape incontournable du parcours de sa visite, le public ne va pas avoir d’autre choix que de pénétrer dans ce véritable écrin à bijoux. Car c’est bien une plongée au cœur du luxe, de la splendeur que nous sommes invités à faire. L’environnement joue parfaitement avec cette idée de démonstration du pouvoir puisque la destination même d’une salle de Bal était la représentation de la puissance. Le velours du tapis, les rideaux baissés, le plafond à caissons, les fresques couvrant les murs… Le lieu apparaît comme un écrin de richesses incommensurables.

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The Al Thani Collection / Alexandre Halbardier

La scénographie, pensée avec brio par François-Joseph Graf, participe de cette immersion totale dans ce qui ressemble à un cabinet de curiosités, ou plutôt ici de préciosités de la Renaissance. En effet, quinze vitrines ont été conçues comme des excroissances des lambris et pour un visiteur n’ayant jamais été à Fontainebleau, l’illusion est totale. Ces trompe-l’œil correspondent parfaitement avec les objets exposés puisqu’au vu de leur qualité et de leur beauté, il n’y a nul besoin d’une muséographie trop surchargée. L’éclairage est parfaitement équilibré grâce aux demi-lustres et aux torchères tout juste restaurés, baignant toujours plus le spectateur dans l’ambiance d’une réception royale. Du point de vue de la médiation, les textes de salle sont parfaitement clairs et concis, bien que le visiteur soit obligé d’aller chercher dans le catalogue pour obtenir des renseignements plus précis sur telle ou telle oeuvre. Tout est fait pour que rien ne vienne entraver la communion entre le visiteur et les chefs d’oeuvre exposés.

Les chefs d’oeuvre : 

A l’exception du buste de Ramsès II placé étrangement au début de l’exposition qui n’apporte rien de particulier, toutes les pièces sont uniques et splendides, rivalisant en matériaux précieux, historicité et beauté formelle.

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The Al Thani Collection / Alexandre Halbardier

Les vitrines s’ouvrent sur une superbe collection d’antiquités orientales parmi lesquelles figurent un superbe pendentif achéménide et un aquamanile iranien représentant un héros combattant un taureau ailé, l’unique autre exemplaire étant exposé au Musée Miho du Japon. Habile manœuvre de la part du commissaire d’avoir privilégié, pour illustrer la période gréco-romaine majoritairement républicaine, la figure d’Alexandre par une pièce frappée par Ptolémée 1er. S’en suit de sublimes pièces mêlant Orient et Occident médiévaux dont le firman adressé à Louis XIV par Mehmet IV daté de 1666 (année 1076 de l’Hégire).

A mi-parcours, trônant au centre de la salle, devant la cheminée, le trône palanquin du roi de Siam, seul objet exposé n’appartenant pas à la collection Al Thani mais à celle du château de Fontainebleau. Celui-ci fait écho à l’actuelle exposition du tableau Réception des ambassadeurs siamois par l’empereur Napoléon III au palais de Fontainebleau peint par Jean-Léon Gérôme au musée chinois, prêté par le château de Versailles.

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The Al Thani Collection / Alexandre Halbardier

Le parcours nous entraîne ensuite à la Renaissance européenne, lorsque la démonstration du pouvoir passait par un retour à l’Antique, illustré parfaitement par une des 12 coupes Aldobrandini dont la création fut inspirée par les Douze Césars de Suétone. La maîtrise des techniques de taille des pierres dures telles que l’ambre, surnommé « l’or du Nord », légitime et assoie l’autorité des pouvoirs en place, devenant également, à l’occasion de cadeaux diplomatiques, un symbole de puissance.

Afin de ne pas oublier que le collectionneur est un passionné de gemmologie, les dernières vitrines présentent quelques pierres précieuses montées en broches et bijoux, ou encore en un sublime diadème aux fleurs de lys porté par la princesse Marie-Françoise de Savoie, donné en cadeau de mariage en 1939 par son père Victor-Emmanuel III. Aux XIXe et XXe siècles, le port de joyaux acquiert en effet une portée politique dans les cours européennes royales, témoin et preuve de richesses dans une société monarchique en déclin.

Alix Meynadier et Marine Baron


Plus d’informations :

dlsp1m11Exposition  Rois du Monde, art et pouvoir royal à travers les chefs d’oeuvre de la collection Al Thani, du 8 septembre au 8 Octobre dans la salle de bal du Château de Fontainebleau.

Tarif : l’exposition est accessible avec le droit d’entrée au château : 12€/ 10€
Accès gratuit pour les moins de 26 ans ressortissants de l’Union Européenne sur présentation d’un justificatif.

L’exposition est ouverte de 9h30 à 18h (dernière entrée à 16h45) et de 9h30 à 17h (dernière entrée à 15h45) à partir du 1er octobre.

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