Un été avec Homère, de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson a d’abord débarqué sur les ondes, non celles des vagues et de la houle, mais celles de France Inter. Un été durant, il a endossé avec brio son rôle d’orateur, ressuscitant pour ses auditeurs les plus anciens monuments de la littérature grecque, l’Iliade et l’Odyssée. Il est remonté jusqu’à l’âge des héros, de la guerre de Troie et de la quête d’Ulysse. Son livre Un été avec Homère aurait pu être une simple retranscription de ces émissions, mais Sylvain Tesson ne s’en est pas contenté. Il a décampé sur la petite île de Tinos dans les Cyclades pour retoucher et compléter ses textes, mais surtout pour « souffrir d’isolement (p. 41) ». Bercé par le murmure de l’eau et le bruissement du vent, abreuvé de la lumière de la Grèce, il a renoué avec les temps homériques.

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Mais qu’apportent ces nouvelles élucubrations à la masse déjà considérable d’études sur Homère, sur l’Iliade et l’Odyssée ? Qu’apportent les scolies d’un voyageur, titulaire d’un DEA de géographie, alors que de grands universitaires, philosophes ou éminents critiques littéraires ont déjà analysé, ausculté et décortiqué les moindres aspérités de cette épopée ? Très peu de sémiologie pour Sylvain Tesson, et plus de poésie ! Il ne discourt pas comme un spécialiste de la langue mais célèbre le texte comme l’amoureux transi du chant conté par un aède. Qu’importe de s’écharper sur l’identité d’Homère (une ou multiple ?), sur la localisation géographique des lieux parcourus par Ulysse, ou sur d’interminables considérations historiques ou biographiques. Il écrit justement : « Quand on tient un diamant entre les mains, on ne s’éberlue pas de la structure moléculaire du carbone, on s’émerveille d’abord des reflets (p. 229) ».

Approcher une œuvre, pour cet ermite-aventurier tiraillé entre « le désir de cultiver son jardin et celui de sauter à la gorge de l’aventure (p. 213) », c’est s’y engouffrer totalement et sans retenue, comme on plaquerait tout pour partir en cavale. D’un tour de main, ou plutôt de voix, il ressuscite ces classiques connus de nos cours de sixième, et pourtant mal connus. Ses compagnons de route sont les traductions de Philippe Jaccottet et celles de Philippe Brunet, imprimées en bleu, « bleu comme le ciel et comme sa sœur, la mer (p. 11) ». Le recueil est divisé en plusieurs thèmes composés chacun de courts chapitres. Ainsi, on retrouve pêle-mêle dans le thème de la géographie homérique la lumière, les tempêtes, les îles ; tandis que le thème du héros regroupe, entre autres, la ruse et l’art oratoire, la curiosité, l’oubli et le renom, le rapport aux dieux ou l’acceptation du sort.

Dans son entreprise, Sylvain Tesson déconcerte en rapprochant les enseignements d’Homère à notre « siècle XXI », et propose ainsi de précieux repères pour éclairer l’architecture générale du poème. Il fait sienne la belle formule de Charles Péguy :

« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui » – Charles Péguy.

Des exemples disparates mais percutants révèlent notre proximité avec l’Iliade et l’Odyssée. La complexité des intérêts et des stratégies en jeu dans les guerres du Moyen-Orient a son pendant avec les joutes de Zeus plaçant ses pions pour satisfaire l’assemblée des dieux. Mark Zuckerberg n’est autre qu’un Narcisse contemporain, inventeur de la version numérique de la flaque d’eau. La dérégulation par l’homme de la nature, c’est le débordement du fleuve Scamandre contre la rage démesurée d’Achille. L’actualité d’Homère est décidément toujours brûlante.

Alix Meynadier


Un Été avec Homère, Sylvain Tesson, éditions des Équateurs / France Inter, avril 2018, 253 p.
– Éditions La Découverte, 1982, Poche, 2004, pour la traduction française de l’Odyssée (traduit du grec par Philippe Jaccottet).
– Éditions du Seuil, 2010, Points, 2012, pour la traduction française  de l’Iliade (traduit du grec par Philippe Brunet).
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1 commentaire

  1. Bonjour,
    Hemœra est une Déesse dont le nom et l’histoire remplissaient l’Europe, qui joua un grand rôle en Grèce et particulièrement dans l’ancienne Achaïe.
    Hemœra signifie la lumière, et il semble bien que Diane, dont le nom signifie aussi le jour, soit la même Déesse dont le nom serait exprimé dans une autre langue (Diane vient de Dia, qui signifie jour, lumière, et ana, ancien).
    Mais ces surnoms sont ajoutés à un nom réel qui devait être Europe, lequel nous a été conservé dans les Mystères de la Grèce et dans la mythologie des Prêtres. On confond Eôs, l’aurore, avec Hemœra, Déesse du jour ; elle a des ailes aux épaules, elle plane dans l’espace et verse la rosée sur la terre.
    De ce nom Hemœra, on fit, par la suite, un nom collectif : les Hemœrides, désignant les prêtresses de la grande Déesse. Dans de nombreuses inscriptions trouvées sur les bords de la Méditerranée, les Prêtresses sont appelées Moeres, d’où le mot Mère. Hemœra c’est la mère spirituelle. Les Muses sont surnommées Mœmonides (1).
    Par toute la Gaule, on trouve des inscriptions portant Deabus Mœrabus (Déesses Mères) ou bien Deœ Mœrœ (Encycl. méthod.).
    Les prêtresses d’Hemœra sont « celles qui regardent » (les astronomes). Du temps de Strabon, on voyait à Dianeum, en face des Baléares, le célèbre observatoire appelé Hemeroscope, tour pyramidale servant, selon la science de ces anciens peuples, à déterminer l’instant précis de l’arrivée du soleil aux tropiques (Odyssée). Hemœra est certainement celle qui est désignée par le surnom Uranie.
    C’est la Déesse Hemœra qui écrivit les poèmes dits homériques, qui sont considérés comme les livres saints de la Grèce. On les faisait remonter à la Divinité, donc à la Femme Divine, comme les livres sacrés de toutes les autres nations.
    Les vers de ces poèmes étaient portés de ville en ville, par des chanteurs appelés « Aèdes », qui excitaient le plus vif enthousiasme. Ces Aèdes, appelés aussi « Hémœrides », faisaient la plus active propagande des vers de l’Iliade, ce qui prouve qu’ils prenaient une grande part dans la lutte, qu’ils avaient un grand intérêt dans le triomphe des idées qui y étaient exposées. On les voyait dans les festins, chanter ou réciter les vers de l’Iliade qui passaient de bouche en bouche et qui devinrent l’ornement des plus brillantes fêtes.
    Le nom d’Hemœra masculinisé est devenu Homère. Fabre d’Olivet nous apprend ceci :
    « Le nom d’Homère n’est pas grec d’origine et n’a point signifié, comme on l’a dit, aveugle. La lettre initiale O n’est point une négation, mais un article (ho) ajouté au mot phénicien mœra, qui signifie au propre un foyer de lumière et au figuré un Maître, un Docteur » (Vers dorés, p. 73).
    Mais le mot mœra est féminin, et c’est l’article féminin he (la) qui le précédait. Ce nom alors était Hemœra.
    Il est facile de comprendre comment le nom fut altéré : en voulant le masculiniser, on remplaça l’article féminin He par l’article masculin Ho, et Hemœra devint alors Homeros. Ce fut tout simplement un changement de genre pour consacrer un changement de sexe. Donc, c’est par antithèse que de mœra, lumière, voyance, on fait d’Homère un aveugle.
    Le sujet de l’Iliade est la colère d’Achille. Or, pour qu’Achille ait été en colère, comme Médée, à propos de la conquête du pays par les hommes, il faut qu’Achille ait été, dans le poème primitif, une personne bien attachée à l’ancien régime gynécocratique. Du reste, on nous dit que sa Mère l’avait rendu invulnérable, excepté au talon, en le trempant dans le Styx.
    Or, nous savons que cette légende représentait alors la Femme « mordue au talon » par le serpent, qui représente l’homme vil, celui qui l’attaque lâchement, « par en bas », c’est-à-dire dans son sexe.
    (1) Dans la langue celtique, le mot Mère se dit Ma. (Ce mot répété a fait Mama.) Il a servi de racine au mot Mère dans toutes les langues (Matri, Mater, etc.). On s’est étonné que le mot français Mère n’ait pas la même racine ; c’est qu’il a une autre origine : il signifie Mère spirituelle. Il y a donc en français deux mots pour désigner la même personne : Maman et Mère.
    Suite : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/la-grece-antique.html
    Cordialement.

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