Henri-Edmond Cross, un néo-impressionniste à Giverny

Après le succès de l’exposition « impressionismes/japonismes » au printemps 2018, le musée des impressionnismes de Giverny, a décidé de mettre à l’honneur, du 26 juillet au 4 novembre, Henri-Edmond Cross, un peintre néo-impressionniste qui, bien que très connu à son époque, est tombé en désuétude après la première guerre mondiale. En effet, c’est la première monographie consacrée à l’artiste en 20 ans.

Pourtant Henri-Edmond Cross, a constitué avec Seurat et Signac, la tête de proue du mouvement néo-impressionniste au début du XIXème siècle et à la fin du XXème siècle.

Ainsi, si on est nombreux à se souvenir de Seurat et Signac, c’est parce qu’ils ont eu des familles, des amis ou de fervents admirateurs pour défendre son œuvre. Tandis que Cross a été progressivement oublié. C’est cet oubli que le musée des Impressionismes a décidé de remettre à l’honneur le peintre en collaboration avec le musée Barberini de Postdam. Pour l’occasion, plus de 110 oeuvres de l’artiste ont été rassemblées dans cette exposition, soit près d’un tiers de son travail.

Spleen alsacien et arrivée du soleil

L’exposition est organisée chronologiquement. C’est donc assez logiquement que l’on commence par l’enfance du peintre et ses premières années à apprendre la peinture auprès du docteur Soins dans la petite ville de Douai. Né Henri Delacroix en 1856, il adopte au début un style assez classique comme le montrent les deux portraits présentés, l’un de sa mère et l’autre du docteur Soins qui a financé ses études. Il étudie le dessin et la peinture à Lille en 1878, et expose trois ans plus tard dans le Salon des artistes français. Il adopte alors le nom d’Henri-Edmond Cross pour se différencier.

A partir de 1883, l’artiste va passer l’hiver dans le Sud près de Monaco avec ses parents, et là, le changement est radical. La lumière du soleil entre dans les tableaux du jeune peintre. Les couleurs deviennent plus claires, mais il y a encore un côté très naturaliste des visages. Ce sont des scènes de genre à la campagne, avec la belle lumière de Provence, mais les silhouettes, traitées soigneusement et très détaillées, se détachent totalement du paysage, dessiné à grand traits, dans lequel on sent déjà l’importance primordiale de la lumière, comme on peut le voir dans le paysage ci-dessous. Il s’agit ici d’une peinture décorative dans des tons pastels. D’après la commissaire de l’exposition, toutes ces oeuvres de jeunesse, réunies dans la première salle d’exposition, ont probablement été rejetées par l’artiste lui-même une fois après avoir rejoint le mouvement néo-impressionniste. Ce qui expliquerait pourquoi ces oeuvres sont moins connues.

Basculement vers le néo-impressionnisme…

A partir de 1884, Henri-Edmond Cross rentre en contact avec les membres du Salon des peintres indépendants, parmi lesquels Seurat et Signac. Il devient lui-même un membre de ce salon. Grâce à ce salon, il suit la naissance du néo-impressionnisme après 1986, qui se fonde sur le principe de la division des couleurs en points.

En 1891, il est élu Vice-président de la Société des artistes indépendants, il rencontre également Mme Hector France, sa future femme, dont il réalise et expose le portrait. Ce portrait est présenté entre deux salles, pour montrer le changement. L’une des études préparatoires, également exposée, montre à quel point Cross a évolué dans ce qu’il voulait de ce portrait. C’est une représentation mondaine dans un style très japonisant, avec un travail autour du bleu et du rose, qui ressort de ce long travail préparatoire.

En 1891, aussi, il part s’installer avec sa femme dans le Sud, à Saint-Clair, près du Lavandou et ne remonte plus à Paris que pour le fameux Salon. Les peintures qu’il peint sont principalement des paysages, marqués à la fois par ce néo-impressionnisme tardif, par des représentations presque abstraite, et par les influences japonaises de l’époque. On peut voir par exemple dans le paysage ci-dessous, le traitement des arbres en aplats de couleur, est directement tiré des paravents japonais. Tandis qu’à droite, sur la photo de couverture, on voit comment la mer est traitée dans un unique dégradé en pointillés.

A la tête du mouvement…

Chaque salle du parcours principal présente à partir de ce moment son évolution dans le mouvement même. En effet, il attire de nombreux peintres, au moins de manière saisonnière dans le Sud : Signac, Matisse, Manguin… C’est là que le style s’élabore. Après 95, Signac et Matisse vont conclure que la division optique atténue trop la lumière du Sud. C’est pourquoi ils augmentent l’écart de couleurs, et font des points plus gros. Il y a un plus grand jeu de contrastes, et encore quelques hommages à Puvis de Chavannes dans sa peinture.

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Henri-Edmond Cross Nocturne , 1896 Huile sur toile, 65 x 92 cm Genève, Association des Amis du Petit Palais, 7059 © Studio Monique Bernaz, Genève

Dans deux salles encore, on voit comment Henri-Edmond Cross participe à la libération de la couleur, et les points deviennent de plus en plus des arabesques. Les couleurs n’ont plus rien de réalistes, et les tableaux virent parfois à l’abstraction. C’est en ce début du XXème siècle qu’il acquiert une assez grande notoriété dans la scène artistique. Il expose dans différentes galeries parisiennes et une première monographie est réalisée dans la galerie Druet.

Enfin, la dernière salle, consacrée aux dernières années de sa vie, montre le retour de l’artiste au nu, dans des représentations de satyres ou de paysans. Deux salles, comme des appendices au parcours principal, chronologique, mettent en valeurs deux autres styles auxquels l’artiste était formé : les aquarelles et les dessins. Tous magnifiques, ils sont cependant tellement nombreux qu’on se perd à les admirer, et l’on ne distingue pas ou difficilement les vrais chef-d’oeuvres.

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Henri-Edmond Cross Le Cap Layet , 1904 Huile sur toile, 89 x 116 cm Grenoble, musée de Grenoble, legs Pierre Collart, 1995, MG 1995-2-1 © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble – J. L. Lacroix

En somme, cette exposition, audacieuse après une exposition blockbuster qui a attiré un public monstre, et qui permet de satisfaire les curieux et les initiés. Elle nous permet de découvrir un peintre quasiment nouveau, même si l’on se noie parfois dans la multitude des oeuvres présentées dans cette exposition, l’ébahissement et la joie face à de si beaux paysages restent intacts.

Image de couverture : Henri-Edmond Cross, Les Îles d’Or , 1891-1892 Huile sur toile, 59,5 x 54 cm Paris, musée d’Orsay, achat de l’État, 1947, RF 1977 126, AM 2735 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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