Rodin : Rencontres

Pour la première conférence de l’année, l’Aumônerie de l’Ecole du Louvre accueillait Antoinette Le Normand-Romain, ancienne directrice de l’INHA. La thématique de la rencontre va être développée tout au long de l’année et ce mardi 9 octobre, elle était inaugurée par Auguste Rodin et Camille Claudel. Pour Madame Le Normand-Romain, ce thème de la rencontre peut être pris de diverses façons. Ce sont des regards qui s’échangent et qui peuvent apprendre autre chose sur les artistes. Ceci se passe au sein de l’atelier mais aussi dans la vie des artistes.

La vie de Rodin a été déterminée par deux rencontres importantes : la première est celle d’Edmund Turquet qui va se laisser convaincre que l’Age d’Airain est modelé de la main de l’artiste, ceci suite au scandale du Salon de 1877. Turquet commande alors une fonte en bronze de cette oeuvre qui est au musée d’Orsay de Paris et une porte décorative pour un futur musée à la place de la Cour des Comptes qui avait été incendiée. Cette porte est vue aujourd’hui comme le réservoir de toute l’Oeuvre de Rodin : La Porte de l’Enfer.

Alfred Boucher est cette seconde rencontre qui a eu lieu peut-être vers 1880. Il a obtenu le second Prix de Rome qui l’amène en Italie. L’un et l’autre s’écartent de la sculpture officielle pour quelque chose de plus vivant et chaleureux. On peut voir qu’ils sont proches par le biais de leurs oeuvres comme les Enfants s’embrassant. Celle de Boucher date de 1880 et est conservée au Musée Claudel de Nogent-sur-Marne et celle de Rodin datant de 1883 est conservée à Melbourne. Quand Boucher obtient le prix du Salon grâce auquel il part en Italie, il confie à Rodin l’atelier de jeunes femmes et c’est là qu’il rencontre Camille Claudel.

En 1882, Camille Claudel et un groupe de jeunes femmes ont un atelier à Notre-Dame-des-Champs. Une fois par semaine, Rodin vient corriger leur travail. Il s’éprend de la jeune femme et une correspondance permet de dater cette relation d’au moins de 1884. Cette même année est réalisée L’éternel printemps qui représente une union très étroite entre un jeune homme et une jeune femme. Cet état heureux ne dure pas longtemps, Camille Claudel a peut-être eu peur. Un contrat de Rodin d’octobre 1886 stipule que les deux artistes s’engagent profondément. Camille a sans doute dicté le texte où Rodin promet aussi de faire faire des photographies d’elle et de lui offrir une sculpture. Le résultat est Galatée réalisée vers 1887-1889. Elle est similaire à une terre cuite de la femme artiste nommée Jeune fille à la gerbe qui est réalisée en 1886. Beaucoup accusent Rodin d’avoir pris l’oeuvre de Claudel. Il sculpte un marbre reprenant une de ses compositions, c’est plutôt un hommage à l’artiste créatrice de la première figure. Mais, en réalité, il est vendu à une collectionneuse d’Amérique du Sud et non pas offert comme prévu. Peut-être qu’à la suite d’une scène de colère il a décidé de vendre ou c’est elle-même qui l’a vendu. On est alors au coeur de l’osmose entre les deux artistes qui dure quelques mois mais pas définitivement.

William Elborne vient rendre visite à Paris à sa fiancée Jessie Lipscomb qui est une des élèves de Rodin, pratiquant dans le même atelier que Claudel. Par ces photographies, il donne de grands témoignages aussi bien sur les oeuvres et l’atelier de Rodin que de Claudel.

Claudel fréquente de plus en plus l’atelier. Rodin l’a fait participer à la Porte de l’Enfer et aux Bourgeois de Calais notamment pour les têtes et mains. Sakountala de Claudel est exposée en 1888 et Rodin fait alors L’éternelle idole en prenant deux figures de la Porte de l’Enfer. L’homme a encore plus glissé sur la femme. Peut-être est-ce à lier au fait qu’elle a attendu un enfant de lui vers 1891 mais ne l’a pas gardé. C’est un hommage à la femme qui porte l’enfant mais aussi à son génie artistique car il reprend une de ses compositions.

En 1891 ils sont très proches et vont au château de l’Islette à Azay-le-Rideau. Au même moment, elle commence le Portrait de Rodin de 1892.

Durant cette période, elle expose le groupe de La Valse en 1893 et c’est là une rupture car cette oeuvre clot la période de bonheur. Ce sont deux êtres dans le tourbillon et la première version de l’oeuvre est nue. Il y a plusieurs versions dans des matières différentes et le drapé autour de la femme a totalement disparu par la suite.

En 1893 elle expose aussi Clotho qui est le commencement de la seconde période où elle est séparée de Rodin. Une italienne décide de rendre visite à son fils qui est modèle pour artistes à Paris. Il l’oblige aussi à poser car il ne peut pas l’entretenir. On retrouve cette vieille femme chez Rodin mais aussi chez Jules Desbois avec La misère. Cette femme est la figure de Claudel pour Clotho. Rodin répond à Camille avec La jeunesse triomphante où on peut voir les ciseaux de la Parthes qui sont tombés.

La tête est une sorte d’objet. Rodin semble inspiré quand il réalise sa Pensée dont l’histoire est que Victor Peter, praticien, ne fait que la tête et demande à l’artiste comment faire le reste. Rodin trouve cela magnifique dans son aspect actuel et l’oeuvre n’est alors pas pas achevée, restant avec tous les trous de mise au point. Si Rodin a cet avis, c’est parce que Camille l’avait entrainé dans cette voie que la tête est une sorte d’objet en soi comme avec le Psaume conservé au musée Boucher de Perthes d’Abbeville. Une autre de ses oeuvres, L’aurore, montre le contraste avec un visage perçant des nuages.

Un assemblage de Rodin vers 1895 reprend un masque de Camille Claudel avec la main gauche de Pierre de Wissant. Cette main disproportionnée est annonciatrice de malheur. Rodin ne peut pas imaginer le destin de Claudel qui est dans une situation difficile. L’oeuvre est une sorte de pendant de la Main de Dieu. Pour Rodin, Dieu est un sculpteur.

L’adieu est le dernier portrait de Claudel. Elle a encore une frange sur le front donc le masque doit dater du tout début de leur liaison. C’est le moment où elle est elle-même en grande difficulté.

La période de la fin des années 1890 marque son éloignement de Rodin. La Vague de 1897 tire plus vers le décoratif. Elle est de plus en plus prise par sa propre vie avec de grandes difficultés financières. L’âge Mur est une jeunesse penchée en avant, sur un grand vide. Il réalise aussi le Grand Persée en marbre gris avec des souvenirs du passé car Persée a la figure de la Valse et elle réalise un autoportrait dans la Gorgone.

Le dernier groupe qu’elle a réalisé est Vertumne et Pomone vers 1805. C’est inspiré de Sakountala, revenant alors au groupe de sa jeunesse n’étant pas capable de créer quelque chose de nouveau. Le poli fait penser à de l’ivoire. La direction des beaux-arts veut faire un geste, Armand Dayot revient de son inspection et dit que vu l’état de Claudel il est impossible qu’elle puisse créer. Mais, il a trouvé la Niobide qui est une figure de la Sakountala. Une Niobide Blessée est d’ailleurs retrouvée en Algérie pleine de calcaire car elle était sous l’eau. Elle est alors revenue en France et a été restaurée. Depuis, elle est conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers.

En 1913, Claudel est internée. Paul Claudel trouve des oeuvres cassées et d’autres qu’il décide de faire fondre comme le Torse accroupi de 1885-1913 qui est peut-être une figure partielle. Il en existe deux fontes dont une est conservée à la Piscine de Roubaix et l’autre au J.P. Getty Museum de Los Angeles. En réalité, c’est une Jeune Femme Accroupie de 1885 et non quelque chose de partiel. Les deux moitiés de la figure n’ont pas été assemblées. Peut-être que l’autre moitié de la figure a été perdue ou cassée lors d’un des nombreux déménagements de Claudel.

La place des mécènes est aussi très importante. Mrs Simpson rencontre Rodin en 1802 et l’introduit aux États-Unis d’Amérique. Le Penseur et L’homme qui marche de la National Gallery of Art de Washington sont les premières oeuvres arrivant sur le territoire. Il n’y a pas que des marbres, il y a aussi des terres cuites. On suit le fil depuis les premiers modelages à la figure définitive. Les dessins donnent les étapes de cette amitié. Vers 1810, Mrs Simpson s’inquiète de sa mauvaise représentation et a alors contribué à faire un ensemble de Rodin qui est au Metropolitan Museum of Art de New York. Elle a donné L’Age d’Airain et a convaincu des gens de son entourage de donner des oeuvres à leur tour.

Pour aller plus loin : exposition du musée Bourdelle.

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